En cette belle journée de repos de la St-Jean - alors que les bruits de la rue reprennent mollement après la pluie - je trouve enfin le temps d’écrire ce que je voulais dire à nos cousins français depuis une semaine : ne vous en faites donc pas tant.
Votre équipe a été pourrie; les dissensions qui l’habitent ont été exposées au regard du monde; ses défauts se sont avérés plus que de simples travers ou lacunes - ce furent des éléments destructeurs, immobilisant son talent, éliminant son énergie, révélant l’individualisme borné de ceux qui croient au «je» jusqu’à la lie - au détriment du «nous» même dans les moments sacrés. Et puis, il y a cette sourde assurance-dégoût que la machine à peopolisation qu’est devenue votre télé, réhabilite dans quelques jours ou dans quelques semaines les goujats qui vous ont humilié - tant il est vrai qu’en France la popularité médiatique est toujours la plus importante des valeurs.
Mais tout cela, n’est rien - ou mieux encore - n’est que le côté négatif de biens des qualités qui vous font briller en d’autres circonstances. Vous êtes un peuple génial dont la surprenante hystérie n’efface pas la valeur. Les anglais et les italiens sont aussi mauvais que vous cette année ; les Espagnols l’ont été depuis toujours, les allemands n’impressionnent pas. Tous ces peuples choisiront de régler leurs lacunes différemment: les italiens en tentant de justifier, les anglais en cherchant un prochain succès réparateur, les Espagnols en mettant les projecteurs sur les autres cancres. Vous, à votre bonne habitude, vous claquez les portes, cassez la vaisselle, déchirez votre chemise. Est-ce pire ? Il me semble que le premier psychologue venu dirait au contraire que c’est plus sain.
Vous vous sentez nuls de n’avoir marqué qu’un seul but - comme si la position en fonds de baril était une expérience typiquement française. Vous avez donc oublié l’innommable équipe américaine de basket à Athènes en 2004 . Rossée par Porto Rico, la Lituanie et l’Argentine, elle n’avait tiré des américains moyens qu’un vague haussement d’épaules. Ce n’est pas d’être nul qui est une expérience typiquement française: c’est d’y trouver tant de déception.
Vous pensez que la zizanie des bleus est typique de votre société, ses clans, leur mutuelle exclusion ? J’aime mieux vos problèmes que de constater combien facilement d’autres grandes nations les ont évités en s’assurant que le blanc domine outrageusement leur alignement alors que la couleur remplit leurs rues.
Le seul défaut que je vous reconnaisse est d’être trop durs envers vous-mêmes et donc envers les autres. Alors si Raymond, Patrice ou Nicolas, vous sentez que vous avez besoin de repos, il me fait plaisir, en tant que maire de l’arrondissement le Plateau Mont-Royal de vous inviter à rejoindre les dizaines de milliers de vos concitoyens qui ont aussi quitté la France - parfois momentanément - pour venir goûter une Amérique française moins articulée peut-être, moins développée souvent, mais aussi plus prompte au pardon - et donc plus confortable. Sans l’avoir vérifié, je suis certain que la «Vache qui pète» vous offrira le café et «le Barouf » l’apéro. Et moi j’irai vous chercher à l’aéroport.
Et maintenant… Força Portugual !!!!

Je me rappelle de 1998, j’étais dans ma chambre d’étudiant sur les toits du deuxième arrondissement. J’étais bien placé pour entendre lors des derniers matchs, par les hurlements de joie, à quel point la France avait besoin de se ressouder, de se réconcilier. Absolument pas fan de foot, je me suis mis à écouter les retransmissions sur Europe 1, au lieu d’écouter mes habituels concertos pour piano, plus utile pour la concentration qui m’était alors nécessaire. Ce fut un moment extraordinaire, jusqu’à cette marée humaine sur les Champs-Élysées.
Notre France en perte de valeur aurait certainement eu grand besoin d’une victoire, d’un point de vue quasiment médical. Les manifestations d’aujourd’hui, 100.000 personnes à Paris pour la réforme des retraites, auraient sans doute été moins importantes, moins virulentes.
Mais ne s’agit t-il pas que de baume, sur une plaie béante? La crise des valeurs est accentuée par l’exemple peu inspirant de notre gouvernement. Chasse aux immigrés clandestins, débat sur l’identité nationale, etc. Je sens que celui-ci l’a bien compris et tente des manœuvres désespérées. Le matraquage du Gaullisme auquel nous avons eu droit comme valeur de secours pour rassembler les Français, pour réparer des années de presse, de télévision people, et de vide intellectuel sidéral est en cela symptomatique. Le plus drôle est que cette valeur ne peut être portée par Nicolas Sarkozy, étant le champion de l’atlantisme et de la fin de l’indépendance militaire française. Sans parler du libéralisme qui est le dénominateur commun de toute cette équipe…
Je pense que les français sont perdus. Le capitaine est absent et peu inspirant. Et nous venons de perdre notre chance d’avoir du baume artificiel sur notre société divisée.
Haha, ça sent l’expérience vécue! Sauf que les Français vivant ici n’en ont pas forcément perdus leurs travers d’origine.
Et parole de Français, si Nicolas ou Raymond pointent le bout de leur nez au Barouf, nombreux seront ceux à les attendre avec le traditionnel duo local: la brique et les fanal!
(Je me demandais à quel point l’immigration française se faisait ressentir statistiquement dans le Plateau. La France représentait en 2002 le lieu de naissance de 14% des résidents, ex-aequo premier avec… le Portugal