Notre équipe (Projet Montréal) s’apprête à annoncer des douzaines de proposition de verdissement du Plateau. Bien entendu, on va consulter les résidents et c’est eux en bout de ligne qui décideront d’accepter ou de refuser ces projets.
Parfois on a l’impression que c’est une formalité: que tout le monde va accueillir ces propositions avec enthousiasme. Tout le monde veut plus de nature et de calme non ?
Eh bien non. Pour bien des gens, le verdissement (et le ralentissement qui va souvent avec) est un objectif loufoque et inutile et, pour les plus réticents, le dernier des emmerdements.
Les plus enthousiastes d’entre nous ont le réflexe de croire que ces gens sont simplement mal informés. Il s’imagine qu’ils n’ont pas encore vu la lumière, mais qu’ils comprendront un jour (grâce à nous) les bienfaits d’un monde moins matérialiste, plus humain et plus vert et qu’ils nous seront reconnaissants.
Je pense au contraire qu’il y a face à l’aménagement du territoire des dissensions profondes entre les individus -aussi profondes que dans les autres débats politiques (droite/gauche ou souverainiste/fédéralistes). Pour des millions de personnes - dont je suis, la cohérence écologique d’un lieu ainsi que sa poésie et sons sens (historique, social, urbain) priment sur toutes autres considérations. Pour bien d’autres gens, le caractère fonctionnel d’un espace est le seul élément à considérer.
Les deux photos qui suivent montrent les murs aveugles qui encadrent une caisse populaire dans le quartier. Pendant des années, le CRE a courtisé la caisse pour les verdir. Il a reçu une fin de non recevoir extrêmement ferme de la caisse.

Mur vide, mort, chaud et laid . Sur l'affiche il est écrit: interdit de jouer en tout temps.

Le même parking de l'autre côté. Vide, mort, chaud, laid.
Je suis certain que la caisse avait ses raisons…mais je pense qu’on peut affirmer sans se tromper que ni les critères écolos ni les critères esthétiques ont pesé trop lourd dans la balance.
Sur la photo suivante, on aperçoit (pardon pour la mauvaise photo) le terrain vert qui entoure l’église St-Stanislas. Le curé actuel a fait planter des arbres, a collaboré aux initiatives de lutte aux ilots de chaleur et laisse gentiment les résidents faire courir leur chien sur le terrain. Le précédent voulait plutôt les raser tous pour faire un stationnement. C’était un bon gars (il était curé à mon école secondaire - un formidable animateur et pédagogue) mais quand il a su que le chrétien à qui il demandait un don pour faire un parking n’était pas d’accord; il a été fâché pendant un an. Il disait «c’est rendu que les chrétiens aiment mieux les arbres que Dieu».

Le beau terrain vert mal photographié de l'église St-Stanislas
Sur le petit bout de ruelle suivant un gars a organisé une fête de printemps le lendemain de la st-Jean (cette année). Un voisin qui l’utilisait comme raccourci pour accéder à la sienne, s’est plaint qu’il obstruait le passage (pendant qu’il faisait le ménage après la fête). Le citoyen s’est ramassé avec une amende de 200$. Il parait que le monsieur qui voulait passer était tellement fâché (alors qu’il pouvait très bien passer par l’autre côté), qu’il l’a agrippé par le collet pour l’insulter. C’est pourtant pas un axe de transport prioritaire!!!

Le petit bout de ruelle où la fête a eu lieu.
La photo suivante: une très belle petite ruelle que les citoyens rêvent de transformer en ruelle sans voiture (elle est tellement étroite et difficile d’accès de toutes manières). Ils ont presque la majorité absolue (nécessaire avec la loi actuelle pour faire cette transformation). Pourtant, malgré la force de leur groupe, ils n’arrivent pas à convaincre la toute petite résistance à laquelle il font face.

Projet de ruelle piétonne
Il faut s’attendre à des débats vigoureux. La grande fête verte va créer quelques remous et laisser plusieurs schtroumpfs bougons sur les lignes de côté. Quoiqu’il arrive, on laissera la démocratie s’exprimer.

quand on est sincèrement convaincu de quelque chose, c’est difficile de concevoir que d’autres puissent avoir l’avis contraire… avec parfois la même sincérité…
“Il y a 2 sortes de salauds. Les salauds égoïstes, et les salauds altruistes. Les premiers ne travaillent que pour l’avancement de leur propre petite personne. Mais les plus dangereux sont les seconds, car ce qu’ils pensent être le Bien, ils veulent l’appliquer à tous.”
Eric-Emmanuel Schmitt, La Part de l’Autre (à quelques virgules près)
et pourtant, si je pouvais, je voterais pour les salauds altruistes…
Les propositions de Projet Montréal ne sont pas des dogmes, mais il faut que les anti-écolos respectent la démocratie et la majorité.
Je paye présentement pour des infrastructures routières que je n’utilise pas parce que je n’ai pas d’auto. Est-ce que je réclame la fin des investissements pour les routes et les ponts? La morale de l’histoire: nous aussi on a le droit d’être fâché parce que l’on paye beaucoup plus pour des projets polluants que pour des initiatives vertes à travers nos taxes et impôts.
Si Projet Montréal est élu, je ne crois pas que nous aurons à nous ”excuser” pour mettre de l’avant nos projets….tout en consultant