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Urbanisme 101

9 juillet 2010 | Auteur: Carl Boileau

Voici le texte intégral de la réponse de Luc Ferrandez à Luc Chartrand paru dans La Presse hier.

Dans sa lettre d’opinion du lundi 5 juillet, Luc Chartrand prétend que les projets d’apaisement et de réduction de la circulation que nous entreprenons sur le Plateau sont «l’aboutissement de l’embourgeoisement du quartier».

Il a tort. Ils sont plutôt l’aboutissement de quelque chose à la fois de plus généralisé, de plus ancien et de plus dangereux: la tendance nord-américaine à utiliser l’auto pour tout déplacement - travail, école, achats - et l’incapacité de plusieurs de décrocher, malgré les impacts bien connus sur la santé des citoyens et des communautés, sans même parler de l’environnement.

Depuis 20 ans le nombre d’autos à Montréal a augmenté de 50% et les rues du Plateau - un quartier parmi les plus densément peuplés sur le continent - ont subi l’engorgement correspondant. Il y a aujourd’hui plus de 500 000 autos qui traversent notre quartier sans arrêter quotidiennement: ce qui représente 84% de toute la circulation automobile sur nos rues.

C’est certain que cela cause de la congestion et des embouteillages pour des gens comme M. Chartrand - ou, en réalité, que M. Chartrand cause de la congestion et des embouteillages pour lui-même et pour les autres - mais l’effet de cette croissance fulgurante du nombre d’autos sur l’arrondissement et sur ses résidents est bien plus néfaste que la seule perte de temps, surtout quand les automobilistes transitaires empruntent les rues locales.

Par où commencer? Les enfants heurtés par les autos en se rendant à l’école Laurier? Les problèmes respiratoires? L’abandon du Plateau (et d’autres quartiers centraux) par les jeunes familles à la recherche de paix et de sécurité? Le fait que, parmi tous les arrondissements de Montréal, le Plateau occupe honteusement la première place quant au nombre de piétons et cyclistes victimes de la circulation par km2 (30,4) et la seconde place si on compte par tranche de 100 000 habitants (232, après Ville-Marie)?

Les vrais enjeux

M. Chartrand a omis de parler de ces enjeux, les vrais enjeux. Ce n’est pas pour permettre aux gens de prendre un apéro tranquille sur leur balcon qu’on entreprend de canaliser la circulation de transit sur les artères, axes prévus à cette fin. C’est pour sécuriser les rues locales et collectrices, et les rendre plus vivables pour tout le monde, surtout les jeunes familles et les personnes âgées. C’est d’ailleurs ce qui explique que les spécialistes de la Direction de la Santé publique font l’éloge de nos projets.

Mais ce n’est pas seulement la santé de nos résidents qui nous préoccupe.

C’est aussi la santé et la vitalité du quartier en général. Un quartier sain et vivant a besoin de parcs, de commerces de proximité, de transports en commun, d’une vie de quartier et d’une mixité sociale et générationnelle. Ça, c’est de l’Urbanisme 101.

Or, c’est avec des démarches comme nos projets de circulation, nos projets de verdissement, nos projets de logement social et abordable, nos projets d’animation des espaces publics ou de marchés publics, qu’on assurera la santé et la vitalité de notre quartier.

Ce n’est pas par méchanceté ni sectarisme envers les non-résidents du Plateau que nous cherchons à éliminer autant que possible la circulation de transit sur les rues non artérielles?; c’est par respect et obligation envers nos résidents. Le droit des gens comme M. Chartrand de rouler en tout confort et fluidité avec 1200 kg de métal, plastique et caoutchouc n’est pas supérieur au droit des résidents du Plateau d’avoir une vie de quartier un tant soit peu paisible et sécuritaire.

Rue Gauthier 2

8 juillet 2009 | Auteur: Luc Ferrandez

Vous vous rappelez de mon petit billet sur la rue Gauthier. Je vous disais que c’était une rue idéale pour la transformer en petit coin de paradis. Cette photo d’apaisement de la circulation (de Christian Boulais) donne un exemple d’une façon possible de transformer la rue en zone 15km/h.

Comme Gauthier est aussi une rue commerciale, cet aménagement devrait être adapté  - mais bon, ça donne une idée.

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Je sais que nous avons très peu d’argent sur le Plateau. Mais remarquez comme cet aménagement pourrait être fait à peu de frais. Le bosquets et les arbres sont disposés comme des objets dans la rue. On peut donc laisser en place le tracé de la rue et aménager à différents endroits des fosses vertes qui cassent son tracé. Il est important de ne pas  modifier le tracé du trottoir par rapport à la rue parce que ça supposerait de refaire la canalisation. Remarquez que sur cette photo il y a bel et bien un trottoir qui a été laissé en place mais les arbres et bosquets ont été plantés dans la rue.

Tambours et trompettes pour écraser la voie de la raison

8 juillet 2009 | Auteur: Luc Ferrandez

Voilà 10 ans, (l’infâme) Christian Boulais, débarquait dans le quartier avec des photos d’apaisement de la circulation qu’il avait prises en Hollande je crois - il me corrigera  (il est très fort là dedans).

Sa grande force (je vous fais grâce de ses faiblesses) c’est qu’il ne s’est pas contenté de prendre ces photos; il les a montrées à tout le monde; il a fait le tour de la ville pour rencontrer les élus et les policiers. Nous nous étions associés brièvement pour faire ce travail sur le Plateau. Mais avant moi, il l’avait fait avec Marcel, Gabriel et les citoyens de la rue Christophe-Colomb et après moi il a continué de le faire avec Projet Montréal et avec la Maison d’Aurore. Il a aussi tenté ce travail à Pointe Saint-Charles et à d’autres endroits sans doute dont je n’ai pas connaissance.

Ces photos les voici - du moins trois d’entre elles que j’ai conservées du temps où on les exposait aux citoyens avec un petit stand qu’on montait sur l’esplanade du métro Mont-Royal:

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Partout, Christian véhiculait le même message qui est la base de l’apaisement de la circulation:  la rue parle aux automobilistes. Pour réduire la vitesse, les panneaux annonçant l vitesse de circulation permise ne servent à rien. Il faut modifier le tracé des rues  ou leur largeur (parfois avec des moyens très simples) pour que la vitesse devienne impossible.

À l’époque, nous avions rencontré les deux commandants des postes de police du Plateau. Nous avions aussi demandé à monsieur Prescott et madame Fotopulos de venir se prononcer sur la philosophie d’aménagement du territoire qu’elles suggéraient dans le cadre d’une assemblée citoyenne pré-électorale.

Moi, j’ai arrêté de suivre cette cause, absorbé par un danger que je trouvais encore pire ( la construcion de l’autoroute Notre-Dame) mais aussi rassuré par le fait que la maison d’Aurore a pris le relais - et de quelle façon! Pendant 4 années, inlassablement, des gens  comme Isabelle Gaudette, Huguette Loubert, Marianne Tassé, Gabriel Deschambault, Pierre Dodin et compagnie (je ne les connais pas tous) ont non seulement milité dans la rue, mais ont, en plus, élevé le débat en documentant systématiquement leurs demandes et en faisant un formidable travail d’éducation populaire.

J’ai une question pour vous ? Est-ce que vous pensez que nos élus ont compris la leçon ?

La réponse, bien entendu, est un gros non. Mais c’est pire encore qu’un gros non: c’est l’histoire de gens qui tentent de se faire du capital politique en s’assurant que rien ne change et en niant non seulement les citoyens mais aussi les études qu’ils ont en main. C’est évidemment à partir de ce point que ça devient intéressant. Voici les faits.

Aujourd’hui, 7 juillet André Lavallée un journal de quartier nous annonce la décision de l’administration municipale de réduire la vitesse de circulation à Montréal :

« Notre Administration a fait de la sécurité une priorité au cours des dernières années et les résultats sont là pour le prouver, comme en témoigne notre bilan de sécurité routière 2008. Compte tenu du fait que la probabilité de décès d’un piéton est de 70 % à 50 km/h et que cette même probabilité se trouve abaissée à 25 % à 40 km/h, cette réduction de la vitesse engendrera systématiquement une réduction significative de la gravité des blessures.», a déclaré M. Lavallée.

Je crois avoir compris que le seul changement de tous les panneaux de circulation va coûter plus de 2 millions de dollars (je confirme et vous reviens). À ce point de l’histoire vous vous dites «ah quel dommage, ils n’ont pas écouté les citoyens;  ils n’ont pas été voir ailleurs dans le monde ; ils n’ont pas compris qu’il ne sert à rien de changer les panneaux».

Mais c’est bien pire. Ce sont leurs propres experts qu’ils n’ont pas écouté.

En 1996, la ville a lancé un projet pilote sur la vitesse. La limite de vitesse de plusieurs rues du Plateau Mont-Royal (environ la moitié) ainsi que de l’arrondissement CDN a été abaissée, passant de 50 km/h à 40 km/h. Cette initiative, qui ne s’accompagnait d’aucune mesure d’aménagement propre à restreindre physiquement la vitesse, n’a eu aucune incidence sur les vitesses observées, dixit la Ville de Montréal elle-même, selon ses propres relevés « avant-après »  : la vitesse du 85e centile, qui s’établissait à 48 km/h avant l’instauration du changement s’est même élevée à 51 km/h après la modification apportée à la signalisation ! Changer les panneaux de signalisation n’à donc aucun effet notoire sur le comportement des automobilistes, si, dans le même temps, la rue n’est pas réaménagée en conséquence.

L’administration en place sait. Elle nous enfonce dans la gorge une mesure inutile et coûteuse à l’approche des élections au lieu de faire ce que tout le monde lui demande depuis 20 ans. Le travail bénévole de centaines de citoyens est couvert par le son assourdissant et vain des tambours et des trompettes.