Être minable est un art qui s’apprend avec le temps. On ne devient pas minable d’un coup. Quand on regarde cette photo de la rue St-Hubert au nord de notre arrondissement, on ne peut pas fraire autrement que de remarquer le soin apporté par les architectes et les marchands à l’espace public. Notez, la belle allure des marquises, la générosité des auvents, la délicatesse des lampadaires Washington et la classe de l’affiche lumineuse sur le coin de la rue. .
Que s’es-il passé pour qu’on oublie cet art de vivre ?

Longtemps une auberge a occupé le coin Bernard et Saint-Laurent. Je me rapelle de ses derniers jours avant l’incendie. Elle n’était plus l’ombre d’elle même – étouffée par la médiocrité du site où elle logeait. La ville se meurt quand les rues tuent les maisons.

photos de Guillaume st-Jean.
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elle est vachement large quand me^me la rue St Hub sur la photo non ? au niveau du Plaza St Hubert elle l'est quand même bien moins maintenant… (oui je sais c'est pas sul Pléto)
une collègue m'a raconté que à 2 rues de chez elle, il y a des travaux d'asphaltage en ce moment. une fois les heures ouvrables passées, la portion de rue où elle rendait visite à des amis restait fermée aux voitures. que s'est-il passé ? TOUS LES VOISINS étaient sortis qui sur leur balcon, qui sur leur terrain en avant pour profiter des derniers rayons du soleil, laissaient jouer leurs enfants en toute liberté, etc.
ça se parlait, ça s'invitait à prendre du thé, ça s'accotait aux balustrades pour discuter, ça déambulait tranquillement… bref, ça vivait.
voilà ce qui s'est passé : la voiture est une formidable machine à tuer. même sans accidents.
Ahhh tu soulignes un des impacts les plus tristes de l'automobile – l'abandon des balcons et perrons. Une amie de Barcelone me dit que c'est aussi à cause de l'air climatisé. Semblerait qu'à Barcelone,les vieilles dames se rassemblaient au bas des immeubles pour laisser tomber la température des logements de quelques degrés entre 10h00 et minuit. Elles amenaient tout simplement leurs chaises dans la rue et jasaient en groupe. Finito avec la clim.
Mais sur le Plateau y'a pas tant de monde qui a l'air climatisé.
Il y a aussi le fait que les gens préfèrent l'arrière à l'avant – ce qui est nouveau. Une sorte de repli individualiste. Avant les gens aimaient bien voir et être vus – c'est peut-être qu'il y avait tant d'enfants qui jouaient dans la rue – mais c'est aussi parce que les cours arrières n'étaient pas aménagées.
À tout événements, je suis persuadé que la circulation est la grande cause de l'abandon des balcons et perrons, bords de fenêtres, escaliers et entrouvures de portes.
En effet, nous avons écorché une part appréciable du génie des lieux, Montréal ayant déjà été la troisième ville en importance du Dominion britannique… au début du XXe siècle.
J'en profite pour vous balancer un court extrait d'un article que j'ai composé à la gloire du génie créatif des architectes d'origine écossaise qui sévissaient à Montréal à cette époque… s'ils pouvaient sévir encore, les nouveaux technocrates de l'architecture ayant accouché de monuments monolitiques et indigestes depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Voici donc, sans plus attendre, l'extrait en question:
«L’époque victorienne représente un temps fort qui permit à la ville de Montréal de s’ouvrir sur le monde et de se positionner comme métropole d’un nouveau pays en voie de construction.
Les chemins de fer prennent d’assaut l’espace canadien sous l’impulsion de la Grand Trunk et des autres géants industriels installés sur le pourtour du Canal de Lachine, premier parc industriel
de l’époque. L’immigration en provenance des Îles Britanniques s’intensifie et plusieurs architectes d’origine écossaise débarquent à Montréal, des idées plein la tête.
Alors que le Canadien Pacifique entreprend de construire la gare Windsor, près de ce qui allait devenir le nouveau centre-ville de Montréal, l’influence de l’architecte écossais Henry Hobson Richardson se fait sentir aux quatre coins du monde».
(c) Patrice-Hans Perrier, in Carnets d'un promeneur solitaire – 15 février 2006
P.s.: Je ne suis pas nécessairement un nostalgique borné et allergique à la modernité, mais… franchement. Si on compare l'ancienne bibliothèque centrale de Montréal, face au Parc Lafontaine, et l'éléphant blanc de cette Grande Bibliothèque du Québec, sur Berri, c'est le jour et la nuit. Et, je l'admet, je préfère de loin le JOUR.
Je me suis souvent frotté à des architectes qui me reprochaient mon passéisme et mon refus d'innover en matière d'architecture. Nous avons atteint un terrain d'entente: l'architecture, toute moderne qu'elle soit, ne devrait pas faire l'économie du travail des gens de métiers (charpentiers, ébénistes, tauliers, travailleurs du verre, du cuivre, du zinc, etc) – à défaut de quoi, elle s'appauvrit.
Merci de nous rappeler ce chapitr de NOTRE histoire. Mais attends-toi de faire traiter de néo-colonialistes par les Jeunes Patriotes et leur affreuse bande de berneurs.
bon, euh.
comment dire.
vous me traitez de snob si je vous dis que j'aime pas tellement l'ancienne bibliothèque, notamment en comparaison avec la nouvelle ? notamment parce que l'ancienne essaye de se la jouer monument historique ?
en-dehors des considérations de sécurité qui l'entourent (la BAnQ), je la trouve belle, audacieuse, originale, elle ne ressemble à rien d'autre autour et elle ne cherche surtout pas à ressembler à quoi que ce soit. elle se pose là, elle a fière allure.
l'ancienne bibliothèque me fait plutôt l'effet d'une pâle imitation de ces grands bâtiments "à l'ancienne", genre "aha, vous voulez me poser un défi ? vous croyez que j'y arriverais pas de construire à la grecque ? ben TIENS !" et je trouve ça plate….
(mais je suis une Européenne qui a vécu à Bordeaux, j'ai des circonstances atténuantes
)
D'accord pour l'ancienne. Mais pas pour la nouvelle qui – de l'extérieur – a l'air d'un Futur Shop. La nuit, quand les lumières de l'intérieur sont allumées; elle prend une toute autre allure; elle devient plus complexe et plus belle; mais le jour ses murs inutilement en angle, les lamelles de verre qui jouent mal leur rôle de coquille complexe (l'architecte avait prévu du cuivre) et la base en aluminium (l'architecte avait prévu du bois) sont décevantes.
Quoiqu'il en soit, contrairement à PH, l'architecture moderne que je voulais dénoncer n'est pas celle-là – qui malgré tout à mon avis obtient la note de passage (tout juste) – c'est celle des tours banales qui tentent d'impressionner le passant mais jamais de l'accueillir; des centre d'achats où tout est internalisé, des cinéplexes monstrueusement prétentieux ; des couche tards qui ont remplacé les vrais dépanneurs ; des chaînes de restaurants qui veulent faire comme si tout n,était pas en plastique en mettant de la fause brique à l'entrée et un milliard d'autres dégeulasseries putassières et bas de gamme.
Alors, là, c'est une métaphore excellente Luc: un Futur Shop du savoir. C'est ça.
Je comprends le propos du challenger à la mairie d'arrondissement, simplement les grands projets commandités par l'état devrait, normalement, montrer l'exemple, non ?
Bien sûr, hormis le Futur Shop du Savoir, le Palais des Congrès «camp de concentration pour raves» et la Place d'Armes qui sera sous peu défiguré… il y a des centaines de petits projets ignobles !!!
Les Couches Tard, les devantures de boutiques de revendeurs de matériel volé (et commandé par les propriétaires faut-il préciser svp), les Jean Coutu (même son siège social est horrible sur Ste-Catherine près de Guy), certains restaurants et bars branchés qui empruntent TOUS le même genre de «lounge design» insipide et calqué sur les grandes métropoles étrangères, les centres GUZZO, les milliards de chaines de commerces insipides et, pour reprendre les termes de Luc, putains… tous participent à l'assassinat de Montréal.
Pour revenir à la Grande Bibliothèque du Québec, une oeuvre commandé au célèbre couple Patkau de Vancouver, dont je fut un chaud partisan pendant mes études en Design de l'environnement, c'est l'exemple d'un projet soviétique imposé aux payeurs de taxe. Et l'attitude intransigeante de sa directrice donne mal au coeur, d'ailleurs le professeur Marsan est parti en guerre contre ce genre de projet «coup de poing sur la gueule» qui lamine des quartiers entiers.
L'Îlot Voyageur, un autre «strip» à la Las Vegas. Vous savez, il y a une MAFIA DE L'ARCHITECTURE et du DESIGN à Montréal qui tripe sur les … «strip» ! Comme dans les essais décervelés de quelques prétendus intellectuels français qui fabulent devant le «génie» de Las Vegas.
L'idée c'est de raser des ilots de logements entiers, de déplacer des milliers de gens et de construire des projets sous formes de BLOGS CONCENTRATIONNAIRES. C'est du néo-fachisme esthétique, point à la ligne.
Je prépare un site à propos de DÉVELOPPEMENT URBAINE et de DÉMOCRATIE MUNICIPALE et, croyez-moi, je vais m'employer avec une ferveur de missionnaire à dénoncer et à critiquer l'activité criminelle des responsables du MASSACRE en règle d'un centre-ville qui fut, jadis, assez beau, vivant et humain. Merci.
wow la passion
non mais vraiment, la passion
ça fait du bien de lire ça – je ne suis donc pas seul dans la ville. Il m'est arrivé de ne pas dormir tant je trouvais certains immeubles laids. À mon retour de Paris – où j'ai vécu cinq ans – je faisais toujours le même rêve : je rêvais que je découvrais un quartier magnifique de Montréal que je n'avais jamais vu avant. Parfois un quartier en terrasse sur une rivière que je ne connaissais pas; parfois des usines immenses et austères sur le bord de notre fleuve coulant à la même hauteur que la rive; parfois des milliers de maisons modestes construites en bois. En bref, j'aurais voulu que Montréal soit plus surprenante et significative. Eh bien nous allons nous y affairer.
Juste un mot pour dire que la photo de l'hôtel est inversé horizontalement…
Juste un mot pour dire que la photo de l'hôtel est inversée horizontalement…
Merci Guillaume
J'en profite pour te féliciter pour ton immense travail de recherches. Ça m'est extrêmement utile.