Je sais que je n’écris plus ou presque. L’écriture sert à sensibiliser. Or il me semble que la sensibilisation touche à sa fin pour les enjeux qui concernent la vie de quartier. Tout le monde sait qu’on a besoin de plus de vert et moins d’autos ; de plus d’enfants qui dessinent sur les trottoirs, de plus de fermiers dans nos rues vendant leurs produits le dimanche, de plus de moments d’évasion dans la ville, de plus d’étudiants cassés mais heureux (même s’ils ne le réalisent pas toujours), de plus de personnes âgées se mêlant à la foule, de plus de commerces abordables pour les mères et les pères qui ne sont pas encore partis. Le temps de l’action est arrivé et l’action prend du temps à préparer. Alors voilà je travaille et j’ai pas le temps de bloguer.
Ah oui ; j’ai quand même pris le temps d’écrire deux articles sur l’Université de Montréal parce que je n’arrive pas à comprendre la petitesse des gestionnaires qui se laissent arrêter par les défis dont la résolution fonde les grandes villes. Messieurs les agents immobiliers de l’Université de Montréal comprenez donc une fois pour toutes que votre Université (la nôtre aussi) a moins besoin d’espace que de grandeur. La gestion immobilière dont vous vous rendez coupables n’est qu’un jouet pour les désœuvrés. Mais au passage, vous pillez les patrimoines historique et écologique de la ville. Bon, j’espère que vous avez bien lu - nous aurons le plaisir de nous rencontrer à la prochaine table de concertation du Mont-Royal. Venez nombreux, il serait bête que je déverse tout mon désarroi sur un seul.
Donc disais-je, le temps de l’écriture achève, ou du moins a pris la seconde place derrière celui de l’action. Parlons d’action.
Je suis surpris par le nouveau métier que je découvre. Tout est si facile. La fonction publique est excellente ; le financement relativement disponible ; les lois et les règlements sont justifiés et solides. La division de la ville en arrondissements, loin de compliquer la prise de décisions, nous permet d’agir rapidement et de façon structurante sur plusieurs enjeux cruciaux. Dès lors, vous demandez-vous - comment se fait-il que l’action prenne tant de temps à se concrétiser. À mon avis c’est fort simple : il faut des décennies de discussions publiques avant que tous les élus, les fonctionnaires, les législateurs et les journalistes acceptent l’idée selon laquelle la demi-mesure ne suffit plus. Et nous - PAF - on se fait élire juste à ce moment béni. Tout le monde ayant réalisé qu’on ne règle rien en contournant tout - la société est prête à appliquer et accepter les vrais changements. À ce moment tout devient possible. Tout… à condition d’accepter qu’il va y avoir de la résistance. Eh oui. C’est la dernière étape ; accepter d’être décrié par une meute de scribes qui proclamaient hier qu’il est minuit moins cinq et qui diront demain que toute action qui n’est pas insignifiante à force d’être mesurée n’est rien d’autre qu’une lubie radicale. Ces scribes sévissent bien sûr dans les journaux mais on en trouve partout où l’intérêt individuel trace les contours de ce qui est jugé possible et de ce qui est considéré comme une hérésie. Les plus mous sont souvent les politiciens. Confondant l’envie d’être élus avec celle d’être aimés, ils hésitent à passer par le chemin emprunté par Lévesque - celui qui l’amena à 16% de popularité au moment où il fondait le Québec d’aujourd’hui. Dieu soit loué, il n’y en a pas autour de moi. Je suis entouré de vrais soldats.
Bon, foin de philosophie et de gribouillage - mes amitiés dans vos maisons.

Même rares des billets comme ceux portant sur l’Université de Montréal sont essentiels. Ces billets avaient tout le nécessaire (et je compte aussi le pti sapin) pour voir le problème de l’aménagement de ce campus et constater le manque étourdissant de vision de certains gestionnaires. Bravo. Ça pense chez vous et ça fait du bien. Ça agira et ça fera aussi du bien. Vos amitiés et vos gribouillages sont bien reçus dans nos maisons.
tu sais ce que j’en pense et ça n’a pas changé d’un iota, alors je ne le répèterai pas… sauf qu’un tout petit peu sera toujours mieux que rien du tout.
mais bon, c’est vrai que des fois, le blogue il faut pouvoir le laisser moisir dans un coin pour qu’il apprenne sa leçon. quand on le récupère, on le trouve pas si mal que ça finalement.
une suggestion pour alléger notre peine de voir ton envie de bloguer disparaître : pourquoi ne pas ouvrir cette plateforme (ou une autre, jumelle) aux présidents des comités aviseurs ?
eux, qui sont dans l’action mais aussi dans la sensibilisation parce que les enjeux qu’ils traitent la nécessiteront à nouveau tôt ou tard (et si tu n’aimes plus le mot sensibilisation, alors je te propose de le remplacer par explication), devraient pouvoir parler directement de ce qu’ils font.
oui, on le sait qu’il y a trop d’autos / pas assez de verdure / trop de bruit, etc. la sensibilisation est faite c’est vrai. mais il n’empêche que c’est comme dans l’enseignement, il faudra toujours répéter, réexpliquer, recommencer pour donner la chance à tout le monde de comprendre. il y a une certaine différence entre dire “il y a trop de bruit” et dire “sur tel axe on dépasse la norme X déclarée comme limite supérieure par l’instance Y”.
en plus, la forme du blogue est idéale puisqu’elle permet la communication à double sens — tu (l’auteur) écris(t), les gens réagissent, ça se répond, ça s’inspire mutuellement, de nouvelles idées apparaissent… les incroyables discussions qui ont eu lieu ici sur plusieurs thèmes en sont la meilleure preuve. le lectorat évolue, et ce serait dommage de fermer cette fenêtre avec vue (presque) panoramique sur l’action de l’arrondissement aux “ptinouveaux”…
(et la boucle est bouclée, je m’arrête)
Oui mais non. Cette fois je ne voulais pas dire que je veux arrêter; je voulais juste expliquer la panne. Par contre pour l’idée de laisser les potes des comités aviseurs - tout à fait d’accord - je vais leur en parler. see ya la dodin.
Je suis optimiste pour l’avenir de ce forum.
Pourquoi? Parce qu’il y aura du sang sur les murs.
Nous aurons besoin d’un peu du blogue pour faire un peu de pédago, mais aussi pour s’exprimer lorsque la pression sera trop forte. L’épisode du carré aux dattes n’est que le premier d’une longue série.
ah ben j’espère bien ! qu’on rigole un peu quoi…
Heureux d’apprendre que le blogue va rester en vie. Parce qu’avec les projets qui sortiront bientôt des comités aviseurs, on risque d’avoir besoin de toutes les tribunes pour expliquer pourquoi on fais ça.
Du sang sur les murs, c’est pas pire que des grafittis. On pourra nettoyer après…
” Parce qu’avec les projets qui sortiront bientôt des comités aviseurs, on risque d’avoir besoin de toutes les tribunes pour expliquer pourquoi on fais ça. ”
Non seulement vous faudra-t-il toutes les tribunes, mais également des arguments beton pour y parvenir.
Bon courage aux comités aviseurs et autres instances compétentes parce que de l’éducation et de la pédagogie populaire ça va un prendre une bonne dose pour faire passer votre message et vos initiatives secteur par secteur à l’échelle de l’arrondissement.
M’est-d’avis que la population du plateau est généralement réceptive aux initiatives “vertes” et socialement engagées, mais pour bien des gens la surdose de règlements en surnombres ou trop tatillons entretient une bonne dose de septicisme, et de pas-dans-ma-cours ou de c’est-bon-pour-les-autres-pas-pour-soi si souvent entendu.
Cher Luc!
J’ai tellement de plaisir à te lire mais je comprends aussi l’ampleur de la tâche et l’énergie qu’exige l’action. Comme j’ai passé la fin de semaine de Pâques à faire le ménage de ma cour, de mon bout de ruelle et d’un grand pan de l’avenue des Érables, je suis bien contente de t’entendre dire que nous sommes des “cochons collectivement”!! Je vais poursuivre mon ménage et mes explications sensibilisatrices à mon entourage en attendant impatiemment le retour de mon bac à compost…
Au sujet de la Madame d’UBISOFT, si tu crois que cela puisse apporter une certaine contribution, quelques membres du CA de la CDEC pourraient participer à la rencontre de juin histoire d’apporter une touche locale et conviviale aux échanges. Généralement, nous savons être convaincants sans renier nos racines ni notre culture. À toi de voir.