Dans cette série de 10 articles je vais tenter de démontrer qu’une partie de la laideur de notre ville n’a rien à voir avec sa pauvreté relative, le climat ou la géomorphologie.
La laideur est très souvent le fait d’un décision de quelqu’un qui n’a pas besoin de la beauté.
Je connais de près des gens qui n’ont pas besoin de la beauté - à commencer par mon père. S’il rénove un truc tout seul, ses principales préoccupations vont être de s’assurer que c’est solide; c’est pas cher; c’est propre. Point final. C’est vraiment un mystère insondable: il peut passer une heure à fraiser une plaque de métal pour que les têtes de visses ne soient pas apparentes (au cas où un enfant passerait par là dans dix ans) mais il ne ne passera pas dix minutes à consulter un magazine d’architecture pour déterminer le style de la pièce qu’il rénove.
La voirie de Montréal est comme ça. Ceux qui la dirige aussi. Ils ne comprennent pas la beauté. Ils n’en n’ont pas envie; ils ne savent pas à quoi ça peut servir. Est-ce que ça se mange ? Est-ce que ça vole? Est-ce que ça s’achète ? Est-ce que c’est froid quand on y touche, comme la neige ?
En tous les cas, quoiqu’il en soit des intentions des femmes et des tapettes qui tenteraient de l’implanter quelque part, il faut surtout, surtout, surtout pas que ça gêne à la circulation, au déneigement, à la sécurité et aux autres choses immensément importantes qui constituent le monde réel.
Voilà comment on en arrive à faire un chemin comme Camilien Houde en plein milieu d’un parc prestigieux alors que nos voisins du sud ont réussi avec des moyens bien moindres (à Acadia Park dans le Maine) à faire les routes de Cadillac Mountain et de Carriage Road.
1) Comparaison entre deux tournants de la même pente et la même courbure.

Carriage Road - Acadia Park

Camilien Houde - mieux connu sous le nom de chemin de la dump - Parc du Mont-Royal
Deux exemples de sécurisation d’une courbe

Cadillac Mountain - simples roches disposées en bordure de la route.

Parc du Mont-Royal : angulation de la route, jersey de béton, accotement pour boeing, signalisation pour aveugles - chemin de la dump.
En voyant ces photos, vous appelez peut-être de vos voeux une re-qualification du chemin Camilien Houde ? Malheureux, retenez vos prières. Il n’y a personne aux services des travaux publics en ce moment à Montréal qui peut construire autre chose que ce qui est déjà là. Plus neuf oui. Mieux non. Tant que nous n’aurons pas pris le pouvoir, priez pour qu’ils n’investissent pas un sous de fonds publics dans la restauration d’ouvrages dont ils ne comprennent pas le sens réel. Ce serait un gaspillage de l’argent durement gagné par les citoyens.

Effectivement, il y a une différence entre le savoir faire et savoir couler du béton. Lorsque je suis arrivé au québec il y a 5 ans, 2 choses m’ont particulièrement frappé, étroitement liées entre elles:
1) aucun soin du détail, pourvu que cela soit fonctionnel: cet adage est malheureusement généralisé dans la plupart des aménagements et des réalisations.
2) tout le monde ou presque est qualifié pour faire la job, puisque personne n’exige précisément de savoir faire, et cela est généralisé à l’ensemble du québec: tout le monde s’improvise peintre, plombier, électricien, couvreur, déménageur, aménagiste du paysage, etc.
Peut-être faudrait-il que le client, le payeur, soit plus exigeant et intolérant envers tout défaut, tout travail butché, etc. Or, ici, il n’en est rien. Le mauvais travail est accepté, tant qu’il est fait. Il faudrait également que ceux qui réalisent le travail aient l’amour du travail bien fait.
“faut pas que ça gêne (…) la sécurité”
haha
je ris
de me voir si belle… euh non
de parler de sécurité sur le “chemin” (prfrfmpff) C.Houde
quiconque l’a déjà pris autrement qu’en voiture comprendra mon hilarité.
et un automobiliste doté de cerveau qui l’aurait déjà pris en voiture l’hiver la comprendra aussi d’ailleurs. (non mais faut pas croire, ça existe)
Salut Luc,
Je suis d’accord avec l’idée qu’il faut cesser d’appliquer l’utilitarisme comme une religion dans l’élaboration des travaux publics. En fait, c’est malheureux, mais la beauté à un prix et ce prix vaut toujours la peine dans les quartiers riches ou au centre-ville, mais jamais dans les quartiers défavorisés. Pourtant, un beau parc, une belle promenade ou un place publique, ça améliore la qualité de vie d’un quartier et du même coup, on abaisse certains effets pervers de la pauvreté (santé publique, dépression, délinquance).
Par contre, j’ai un peu de difficulté à définir “ce qui est beau”. J’ai deux frères en philosophie avec qui j’ai des débats sur leur conception de l’esthétique. La ”beauté” que tu définis, c’est une construction sociale basée sur tes expériences passées. Il n’y a donc pas UNE beauté, mais plusieurs. Est-ce que tu serais en mesure de définir la beauté pure, universelle, intemporelle? Je sais que non. Eh bien, c’est pour cette raison que tout est relatif.
J’estime donc qu’il faut parler d’opposition entre ”l’utilitarisme” et une tentavive de chercher un certain esthétisme dans l’élaboration des travaux publics. Surtout lorsqu’il s’agit d’endroits publics.
Tu as raison. C’est pour parler vite que j’ai parlé de beauté alors que dans les faits il aurait fallu parler de la mise en évidence du paysage, des vues, des traits floraux particuliers (grands arbres, bosquet, fougères) des zones d’ombres et de lumières de la résurgence de l’eau, des affleurements rocheux, des expériences spatiales fournies par l’aménagement d’un lieu (comme l’impression d’intimité ou de domination d’un paysage). Dire que nos maîtres es voirie ne sont pas sensibles à la beauté c’est dire qu’ils ne sont pas sensibles à tous ces éléments qui créent l’impression de découverte, de décrochement, de calme ou d’évasion que procure la nature.
Là tu parles
Vous marquez des points Luc ferrandez.
1- Vous utilisez des mots ouverts. Cette méthode permet aux gens de poser leurs pierres afin de vous aider à construire quelque chose qui peu prendre une forme. J’appelle ça l’étape de l’élaboration.
2- Vous montrez votre désire de travailler avec la collaboration de gens qui ont à coeur cette envie de transformer, de donner un second souffle à ce qui semble mort et morne. Vous me faites penser aux premiers français qui sont arrivés ici, sans savoir en quoi ils s’embarquaient pour ensuite construire un pays qui devient le meilleur pays du monde. Or, tout vieillie, mais la vieillesse n’est pas toujours un signe de fatalité, car la vie naît de la mort ce qui fait de la mort un cycle important pour la vie. Vous êtes de la génération qui doit se lever pour la reconstruction. J’appelle cette étape l’invitation. Donc que ceux et celles qui se sentent appelés se joignent à vous pour embélir la vie. Toute vie a besoin d’une bonne entretien pour demeurer saine.
3- Vous ne vous présentez pas comme un tyran et cela apaise les esprits. Je vous souhaite de trouver les gens nécessaires pour former l’équipe dont vous avez besoin afin d’apporter la qualité de vie que les gens attendent sur le plateau.