J’accuse 1 de 3

26 juillet 2009 | Auteur: Luc Ferrandez

La rue Saint-Viateur vient de faire l’objet de travaux majeurs de voirie. Les trottoirs ont été entièrement repensés et reconstruits. Bravo pour les efforts de verdissement (les arbres n’ont pas encore été plantés mais des fosses bien construites sont prêtes à les accueillir et on aperçoit que le trottoir est ouvert sur près de 45 cm pour laisser pousser l’herbe – assez cool !).

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L’endroit est nettement plus beau après qu’avant. J’aime particulièrement l’élargissement devant l’entrée de l’usine  qui donne de l’importance à ce qui pourrait un jour devenir un portique. Cet endroit devient tout à coup un lieu confortable pour jaser devant la porte d’entrée alors que les trottoirs typiques de ces quartiers ont été pensés comme des vilains petits corridors d’évacuation des esclaves.

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J’aime aussi la très grande section de trottoir élargie sur la photo ; on peut facilement imaginer un commerce mettant à profit cette section pour aménager une terrasse.

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Mais avez vous remarqué que les élargissements de trottoirs laissent intacte la largeur de la rue. Ce sont les stationnements qui ont disparu – pas l’espace de rue.

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Ça, c’est la grande surprise; le grand détournement des mesures d’apaisement en quelque chose qui y ressemble mais qui n’en n’est pas. La grosse supercherie.

Ces bouts de trottoirs ne permettent pas de réduire le volume ou la vitesse de circulation; ils ne permettent pas par conséquent de réduire le bruit; et surtout, ils ne permettent pas de changer l’esprit et le statut du lieu. La rue règne en maître.

Mis à part les quelques saillies exposées, les trottoirs sont d’ailleurs reconstruits à l’identique sur la quasi totalité du parcours.

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C’est la même chose sur la rue Gilford où on est en train de refaire à grands frais les coins de rues sans appliquer le principe des saillies de trottoir pourtant largement vantés dans le PDU.

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Pourquoi avoir pris tant de notre temps et de notre énergie; pourquoi avoir monopoliser tant de bénévoles et investi dans d’argent dans les relations publiques si c’était pour laisser de côté les principes d’apaisement au moment où on procède aux reconstructions?

Ce ratage suscite  la colère pour deux raisons. D’abord, parce que c’est une utilisation insignifiante et déraisonnable de fonds publics. La modification d’un trottoir comme celui de la rue Saint-Viateur coûte aisément 200 000$, soit 200 années de paiement des taxes d’un logement moyen sur le Plateau.

J’aimerais arrêter 5 payeurs de taxe sur la rue et leur demander s’ils sont satisfaits de constater qu’une vie complète de paiement de taxe pour chacun d’entre eux  a servi à construire ce trottoir. Y en a-t-il un seul qui dirait : oui, je suis fier et heureux que ma contribution financière ait permis de construire ça !

Deuxio, et c’est ce qui me met vraiment hors de moi, c’est que le ratage était voulu. Les projets portent en leur sein le refus d’atteindre l’objectif proclamé de réduction de la circulation. Ce qu’on a voulu faire, c’est faire comme si. Comme si on mettait en œuvre une des mesures du plan des déplacements tout en s’assurant en sous main qu’il n’en n’est rien. Que des fonctionnaires formés et engagés pour faciliter la fluidité aient proposé l’immobilisation des objectifs même de l’apaisement, on peut comprendre. Mais comment accepter la même chose de l’élu responsable.

Alors monsieur Labrecque, je vous accuse. Je vous accuse d’avoir utilisé le temps de centaines de citoyens qui ont participé de bonne foi au PDU; je vous accuse d’utiliser les fonds publics sans vous soucier des résultats réels; je vous accuse de proclamer des objectifs en tête même de votre plan d’action tout en abandonnant la responsabilité de mettre en œuvre des mesures correspondantes.

Vous trouvez dure cette accusation; c’est la première de trois et les autres sont plus sévères.

Categorie: Réflexions
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  1. John dit :

    J’ai toujours pensé que le PDU était un plan de distraction, afin d’occuper l’espace médiatique avant toute chose, plutôt que d’agir concrètement sur les problématiques réelles. Lorsqu’on a vu que le premier document du PDU, le “diagnostic des déplacements”, était tout sauf un véritable diagnostic, il ne fallait pas être devin pour voir que l’intention de nos élus n’était pas de s’attaquer avec vigueur aux vrais enjeux mais de poursuivre la même politique de pas de tortue observée jusqu’ici: un dos d’âne par-ci, une saillie de trottoir par-là. Il leur fallait un Plan, un logo et un slogan (”se réapproprier le quartier”) , afin de faire tourner la machine des communications.

    Avant le PDU, on construisait 3 dos d’âne par année (dans les bonnes années) sans outil de communication. À présent, on construit toujours 3 dos d’âne par année (toujours dans les bonnes années!) mais on dépense en plus en outil de communication et de visibilité. C’est cela le PDU. Se donner les outils de visibilité sur un sujet sensible aux résidants du Plateau. Ni plus, ni moins. Le reste n’est que papier.

    Le fameux 30 km/h, clé de voûte du PDU, qui a fait les titres des journaux, vous le voyez dans votre quartier, vous? Nos chers élus ne prennent même pas les moyens de faire respecter la limite de 30 km/h autour des parcs…. Voilà la triste réalité.

  2. Richard Pitre dit :

    Bonjour Luc,

    Cela m’a fait plaisir de te rencontrer. Je te souhaite plein de succès dans ta campagne.
    J’ai assez apprécié ton article où tu te demande si les citoyens considèrent en avoir pour leur argent lors de la réfection des trottoirs. je crois d’ailleurs que les politiciens devraient plus souvent se poser une telle question lorsqu’ils font leurs dépenses.
    Par exemple, pourquoi ramasser les vidanges deux fois par semaines, alors qu’on souhaite que les gens recycle et composte. Il s’agit d’un discours creux de recycler si on ramasse les vidanges deux fois par semaine. De mon côté, puisque je composte depuis plus de 20 ans, un sac par mois ou au plus au deux semaines m’est nécessaire.
    au plaisir.
    Richard

  3. Christine Gosselin dit :

    euh … Luc … je savais pas ou insérer ce commentaire niaiseux, mais vu l’été qu’on a, peut-être devrais-tu revoir ta description de ton programme local en tant que pluie de projets …

    Mais super-bravo pour ton super beau site rayonnant d’idées!

  4. Nigel Spencer dit :

    Bravo, très bien recherché, pensé et présenté! C’est très encourageant de voir une réflexion comme ça. Quand ils financent (directement ou indirectement, avec des bénévoles, par exemple) des projets comme celle-ci, est-ce qu’on sait quelle fraction une voiture de métro cela a coûté? Ça pourrait être très intéressant et mobilisant de le savoir. Bravo encore!

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