Je sors du comité de sélection du chef de la police de Montréal. Bien sûr je ne dirai rien, même sous la torture (au Taser ;)). Mais ce matin, je suis un peu plus fier d’être montréalais.
Je me permets de partager quelques impressions plus importantes au final que le nom du candidat retenu. D’abord, je déclare que le Service de police de Montréal est une organisation en santé. En santé ne veut pas dire exempte de problèmes. Nous savons tous que le nouveau chef va devoir en régler un char pis une barge (le profilage racial, la perte de confiance des troupes envers la direction, le déficit annuel de 20 millions, les relations tendues avec le président du syndicat, les enjeux éthiques liés à la commercialisation, la commission d’enquête de Montréal Nord et j’en passe). Mais les organisations malades sont fuies par les candidats intéressants. Or, les 5 officiers qui ont déposé leur candidature pour le poste de chef étaient exceptionnels. Tous les 5 pourraient diriger le service de police d’une grande métropole– ici à Montréal ou n’importe où dans le monde.
Chacun a démontré sa maîtrise des compétences de base d’un gestionnaire moderne (leadership, écoute, transparence, mobilisation, engagement), ses compétences dans les métiers de base (patrouille, enquête, service à la clientèle, relation avec la communauté, événements spéciaux, interventions spéciales), sa compréhension de l’administration (contentieux, acquisitions, ressources humaines, finances, convention collective), sa compréhension de l’organisation et de la gouvernance (postes de quartier, régions, unités corporatives, modèles de direction) sa compréhension des différentes facette du crime (du crime organisé au terrorisme en passant par les enjeux urbains, les incivilités, les enjeux de voisinage, etc. ).
Mais le plus frappant sans doute c’est que chacun des candidats a su développer une compétence particulière à un niveau supérieur – rare dans la population – mais aussi chez la moyenne des gestionnaires : un leadership contagieux chez l’un, le courage managérial chez l’autre, la compréhension fine et détaillée des enjeux urbains pour un troisième, la capacité de planification financière dans des contextes difficiles chez un autre encore.
En bref, si vous voulez être le prochain chef de la police de Montréal : commencez tout de suite votre développement personnel et professionnel ; il vous faudra des années avant d’être prêts.
Si je me réjouis tant, c’est que je suis convaincu de ceci : les candidats exceptionnels ne peuvent être produits que par les organisations exceptionnelles. La valeur exceptionnelle des individus se raffine, par la pratique, dans les entreprises qui donnent à leurs employés les moyens pour se développer. Y a-t-il 5 candidats de ce calibre dans la moyenne des entreprises québécoises ? sans doute que non. Dans les autres corps policiers de la province : certain que non. Parmi les élus municipaux ou provinciaux ? Pas à première vue. Au fédéral ? hahaha.
Quel écart immense entre ce constat et les nouvelles frelatées que les medias nous servent sur nos policiers. À lire les journaux, nos policiers sont des gros jambons, élevés en banlieue, scotchés dans leurs chars, cachés derrière leurs lunettes soleil et incapables de faire la différence entre un servant de messe noir et un évadé de la même couleur. Seul l’exorcisme – et encore – permettrait de corriger la situation.
Je suis certain qu’il y en a des gros jambons. Mais il y a aussi des êtres sensibles qui échappent à ces défauts primaires. J’en ai rencontré 5 en deux jours (et un en particulier qui était fulgurant par la finesse de sa vision sociale et urbaine). Ces cinq personnes – élevées et formées par le SPVM – comprennent la nature de la ville, du crime, de la détresse et de la démence. Ils savent que les épouses ont 10 fois plus de chance de se faire tabasser par leur mari que par un étranger ; que les pires fraudeurs sont les propriétaires de jolies maison à ville Mont-Royal ; qu’il ne sert à rien de donner une troisième contravention à un itinérant ; que le jeune qui commet un délit a bien moins de chance de recommencer si on lui pardonne et qu’on l’encadre que si on l’enferme ; que le risque pour un enfant de se faire abuser ou maltraiter est bien plus grand dans le sous-sol de sa maison que sur un banc de parc ; que dans les 25 prochains crimes, 22 seront commis par des gens qui n’ont jamais eu l’intention de le commettre et qui vont le regretter leur vie durant dès le lendemain de l’acte ; que la source première du crime est la détresse et non la violence organisée et finalement – puisque c’est de saison – que le profilage racial est un problème complexe auquel il faut s’attaquer.
Alors me direz-vous, s’ils savent tout – y compris les enjeux de profilage racial – le problème est réglé non ?
Bien non justement.
Parce que la plupart des problèmes auxquels la police fait face sont des problèmes de société avant d’être des problèmes policiers. Prenons le profilage racial.
Je suis personnellement persuadé que toute entreprise de plus de 1000 employés est le reflet de la société dans laquelle elle évolue. Or, force est d’avouer que comme société il nous reste du chemin à faire avant de ne pas tomber dans le panneau du profilage racial.
Nous qui crions au scandale parce que la police interpelle plus de noirs que de blancs – est-ce que nous sommes indifférents à la présence d’un jeune noir qui porte une casquette croche sur la tête, un bandeau qui lui cache pratiquement un œil et un pantalon où il est susceptible de cacher un chalet ? Non. Quand nous voyons un arabe qui engueule sa femme, est-ce qu’on se dit spontanément que c’est une petite dispute de famille ou un exemple de la domination de tous les arabes sur leurs épouses ? Quand on voit un ptit tough qui porte une capuche de la taille du mont Saint-Sauveur est-ce qu’on se demande s’il va faire des graffitis ou s’il va à la bibliothèque rapporter ses livres avant la date d’expiration ? Nous sommes racistes. Point à la ligne. Et les policiers, en règle générale ne sont pas mieux que nous.
L’itinérance astheure. Les policiers donnent des billets à répétition à des itinérants qui ne pourront de toute manière pas les payer. Et que voulez-vous qu’ils fassent d’autres ? Bien sûr, ils peuvent appeler les organisations communautaires qui tentent de les aider. Mais ces mêmes organisations sont terriblement sous-financées et de leur aveu même elles n’arrivent qu’à patcher les problèmes. Le même itinérant va être dans la rue dans 4 jours hurlant à la nuit, déclenchant les plaintes des citoyens qui vont appeler la police. La police ne va rien pouvoir faire d’autres que de donner un billet. Et vous, vous faites quoi à part d’appeler la police ? Le nombre de chambres dans des maisons de chambres est passé de 30 000 à 3000 en 20 ans et je peux vous garantir que pas un citoyen en veut une à côté de chez lui. Alors on fait quoi ? On appelle la police quand un gars dort sur le banc du parc au coin de la rue.
So give me a fuc..ing break avec les défauts de la police. Ce sont nos défauts à nous tous.
Peut-être, si je peux me permettre une critique ; 80% des policiers viennent de la banlieue et c’est en côtoyant la ville au quotidien qu’on la comprend le mieux. La banlieue c’est peut-être pas idéal pour développer les réflexes des habitants du vrai Montréal - celui de la mixité sociale, de la densité et de la proximité. Mais ça aussi c’est un défaut de société qui n’a rien de spécifique à la police. Par contre, si un jeune policier lit ces lignes et qu’il voudrait un jour devenir le chef du SPVM. À mon avis, un petit déménagement devrait faire partie de sa préparation.










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