Ce texte a été publié en anglais dans The Gazette, le 30 août
Le projet de l’Université Mc Gill d’éliminer le stationnement sur la partie centrale de son campus est une nouvelle extraordinaire qui change, à mon avis, le statut de l’université dans son rapport avec la ville et avec l’histoire – du moins pour moi.

J’ai été élevé dans un esprit de ressentiment face à l’université Mc Gill. Mon père, nationaliste convaincu, était un des manifestants les plus enthousiastes et persévérants des revendications et des manifestations pour un Mc Gill français en 1969. Encore aujourd’hui, on ne peut passer dans un rayon de 500 km de l’université sans qu’il me parle du mépris des élites anglophones des années 50. Par la suite, je suis devenu ami de plusieurs étudiants de Concordia qui avaient pour Mc Gill un malaise aussi profond - mais pour d’autres raisons. On lui reprochait d’être arrogante, conservatrice, froide, insulaire et déconnectée de la réalité montréalaise.

Étudiant à l’UQAM en sciences politiques, nationaliste moi-même, barbu de surcroit, j’y suis allé à quelques reprises et je m’y sentais invariablement comme un étranger. Bref, j’ai toujours considéré que Mc Gill s’était accaparé les plus belles terres du centre-ville pour servir en exclusivité une population de riches anglophones déconnectés de notre monde.
Ces dix dernières années, j’ai traversé le campus tous les jours pour me rendre au travail – soit en courant par le Mont-Royal ; soit en arrivant en vélo par la rue Milton. Tranquillement et sans m’en rendre compte, le fait que le campus soit toujours ouvert, a fait tomber mes préjugés. Le traverser était toujours un moment de subtil plaisir: parfois, c’était le calme paisible et la fraîcheur des arbres un soir d’été ; parfois la curiosité de croiser les parents des jeunes diplômés venus de partout à la cérémonie des diplômes dans la grande tente au printemps ; ou la débandade joyeuse des premières journées de chaleur quand l’herbe est assez sèche pour que les jeunes puissent s’étendre au soleil.
À travers ces expériences, j’ai commencé à saisir l’essentiel, sans pour autant le formuler.
C’est en lisant l’annonce de la décision d’éliminer les stationnements du campus qu’un déclic s’est fait dans ma tête ; Mc Gill n’a pas pris un terrain aux montréalais, elle leur a donné un parc. Depuis 1821, Mc Gill a protégé des espaces verts et des bâtiments historiques qui n’auraient eu aucune chance de survie s’ils avaient appartenu à l’État ou à la Ville. En ouvrant son campus à tous – aux cyclistes qui le traversent, aux piétons, aux travailleurs qui s’étendent dans l’herbe le midi, aux touristes émerveillés qui y déambulent – l’université a fait, depuis longtemps, le choix de participer pleinement à la vie qui l’entoure.
Mais en éliminant les stationnements, elle fait un pas de plus ; elle confirme son statut de havre de beauté et de culture au centre de la ville. Avec la disparition des voitures, je fais la prédiction que le campus va devenir un des plus beaux au monde. Au fil des ans, l’espace va apparaître dans toute sa beauté grandiose et de nombreuses occasions de développer encore plus finement le mariage nature/architecture vont voir le jour.
Et le mieux sans doute, c’est que les grilles de l’entrée, longtemps, pour moi, symbole d’exclusion, vont définitivement prendre un nouveau sens, celui de la protection d’un trésor au centre-ville.
Merci Mc Gill ! Désolé ppa.

Maintenant la grande question est : est-ce que l’Univeristé de Montréal - l’autre grande locataire du Mont-Royal - aura le courage de suivre cet exemple ?

Mesquines et ridicules chicanes de clochers à part, McGill est une grande instituion dont le rayonnement international fait honneur à tous les Québecois. Que les Québecois s’accaparent de cet honneur en toute inclusivité et en toute grandeur d’âme, qu’on apprenne comme collectivité à priser le savoir et l’excellence et qu’on cessent de se gratter les vieux bobos dans l’espoir de les empêcher de guérir. Oui, bravo McGill, bravo pour tout, en particulier bravo d’éliminer ces horribles parkings qui nous volent une corniche du Mont-Royal. (En passant, je n’y ai jamais étudié.)
Et vive le CUSM aussi, tenez!
Hon, c’tu touchant
Moi qui n’ai pas grandi ici (et qui ai “un peu” de mal avec le nationalisme, rapport à mes origines sans doute), McGill me fait rêver depuis que je suis là. D’ailleurs dans cette ville qui manque cruellement de perspectives (longues avenues dont le point culminant est quelque chose de beau), celle de la rue McGill College vers le nord en est une absolument magnifique, un vrai régal pour l’oeil.
(Allez, un petit aveu : quand je travaillais à Ho-Ma, c’était elle qui me manquait le plus… Bah quoi, entre la beauté de l’architecture, la séculaire sagesse qui se dégage de ces pierres, la verdure omniprésente et la renommée mondiale de ce lieu de savoir, on ne peut que se sentir plus intelligent quand on est à proximité… Le contraire exact de ce qui se passe derrière la track au fin fond du faubourg à M’lasse…
)
L’Université de Montréal ne fera pas ça bientôt, à mon avis. Elle fait d’autres choses pour inciter les gens à prendre le vélo et le TC, mais je ne crois pas qu’elle en soit rendue à enlever des places de stationnement…
Quant à McGill, il faut sans doute saluer le geste et tu notes bien qu’elle publicise ce magnifique espace au bénéfice de tous. Mais en termes d’institution de savoir, il est assez vrai qu’elle est très aristocrate, élitiste, et décrochée de la vie montréalaise - à quelques professeurs d’exception près. Il n’y a là aucune trace du type de l’Université de la rue que mène Concordia. C’en est aussi une de celles qui embrasse le plus la logique débile d’entrepreneuship dans laquelle sont enfermés les profs universitaires aujourd’hui. C’est la seule université montréalaise dont les profs ne sont pas syndiqués… les contrats sont négociés à la pièce (je n’oserais pas dire de viande pour qualifier les profs, mais bon).
Par ailleurs, tu te rappelles, Luc, que la directrice du département d’urbanisme de McGill s’était prononcée publiquement pour l’autoroute Notre-Dame? Il y a des choses nécessaires, avait-elle dit! Sans commentaires.
Oui c’est vrai pour l’autoroute (je l’avais d’ailleurs oublié - c’est dire comme j’ai bon caractère) comme madame Juncat Adenot DG de l’AMT à l’époque, comme madame Harel, comme monsieur Ménard, comme la grande majorité des profs d’aménagement de l’Université de Montréal, enfin comme tous ces gens qui disent aujourd’hui le contraire. Que veux-tu nous étions des précurseurs.
Pour ce qui est des qualités de la maison d’enseignement tu me l’apprend. C’est triste.
Même en termes d’aménagement, on s’entend que Mc Gill a encore du chemin à faire. Pour moi le vrai test est de savoir ce qu’il vont faire avec les stationnements du Royal Vic quand les bâtisses vont leur appartenir. Il parait qu’ils vont être retournés au parc du Mont-Royal (puisque ces terrains leur avaient été donnés par la ville en ??). On verra.
Il reste qu’en éliminant les stationnements de la partie centrale du campus, l’Université de prive de 600 000 $ de revenus par année et qu’elle encoure l’ire de plusieurs de ces clients. Pour moi, ça suffit à me faire comprendre qu’elle a mille ans d’avance sur les autres institutions provinciales -et en particulier sur l’Université de Montréal et sur la Régie de la Santé qui exploite honteusement un terrain de stationnement dans le parc Lafontaine.
Oké bon, il va falloir qu’on m’explique quelque chose là.
Donc nous vivons à Montréal, 2e métropole francophone au monde après Paris, excusez du peu.
)
Nous sommes fiers d’être des Montréalais, entre autres parce que c’est une métropole qui a — convenons-en — un certain prestige. Un prestige certain même.
C’est une ville qui en fait rêver beaucoup à travers le monde. Une ville qui concentre une densité incroyable de cultures, d’intelligence, de pouvoir créatif. Une ville qui, au même titre que Londres, New York ou Tokyo, fait se croiser des cohortes de penseurs et bâtisseurs du monde dans lequel nous vivons et que nous nous préparons. (oui des fois je fais dans le lyrisme
Et McGill fait partie intégrante de ce prestige : dois-je rappeler que c’est une des premières universités nord-américaines pour ce qui est du droit et de la médecine ? (sans doute aussi pour d’autres matières, mais je ne suis pas assez “branchée” pour savoir lesquelles
) Que c’est ce prestige-là qui amène des étudiants étrangers qui participent de la richesse culturelle de notre environnement quotidien ? Que c’est toujours le même prestige qui attire des professeurs étrangers qui apportent leur bagage, parfois énorme, pour enrichir l’échange intellectuel par le simple fait de former plusieurs dizaines voire centaines d’étudiants qui vont ensuite essaimer soit ici, soit ailleurs ? Cet ailleurs où ils pourront dire avec fierté qu’ils ont été formés “à McGill, Montréal”… et où toute personne un tant soit peu éduquée reconnaîtra la valeur de ce lieu, autant que celui du MIT, Boston, ou de Stanford, Californie.
Alors avec mes yeux d’étrangère, je me pose une question : c’est quoi ce problème avec l’élitisme !?? Juste parce que c’est un élitisme hérité des Anglos, alors il faut le basher ?
La Ville dont rêve Projet Montréal, croyez-moi qu’elle apparaît élitiste à plus d’un : un rêve taillé sur-mesure pour les riches bobos qui peuvent se payer quelque chose en centre-ville. Oui c’est bien plus que ça, mais le pékin moyen, c’est ça son idée préconçue.
On veut rendre à Montréal le prestige que l’équipe Tremblay et ses brillants prédécesseurs lui ont fait perdre ? Il va falloir apprendre à l’intégrer à notre façon de penser, l’élitisme. Oui, on peut être élitiste, ce n’est pas un drame, au contraire c’est une locomotive pour toute une société du savoir, de la culture, de la pensée qui gravitent autour. Qui a honte de l’élitisme de son école ? Même moi qui pourtant crache bien fort, pour plein de raisons différentes, sur la grande école d’où je suis sortie (celle de la rue St Guillaume à Paris…) j’ai quand même une once (une seule !) de fierté de savoir que l’espace de quelques années, j’ai fait partie “du cercle”.
L’élitisme, c’est ce qui tire une société vers le haut. Il y a des dérives, évidemment, dans un pays européen dont le nom commence par un F par exemple. Au hasard. Mais sans élitisme, sans sommet à atteindre, sans être poussé ou amené à se dépasser soi-même, on reste scotché au plancher, on ne bouge pas, on ne serait même pas tenté d’essayer de nouvelles solutions parce que -ô mon dieu quelle horreur !- elles sont trop élitistes. Pas assez populaires. Les petites gens vont pas les comprendre, il faut les aider voyons, ces concepts sont trop complexes pour elles.
Et coller au plancher, c’est prendre les gens pour des cons.
Nous valons mieux que ça.
Ahhhhhh Geneviève - tu mets le doigt dans un engrenage dangereux. Je reconnais là ton courage. D’une part tu t’attaques à François (le plus grand intellectuel élitiste de Hochelaga Maisonneuve); d’autre part tu proposes d’intégrer la notion d’élitisme dans notre projet de société; finalement tu proposes de mesurer la valeur de notre société en incluant des produits de l’élite anglophone ?
hummmm hummmm quelque chose me dit qu’ on aura pas fini d’en parler à Noël. Même moi, pour tout te dire, je trouve que tu vas trop loin. Mais bon, peut-être qu’on a besoin d’aller plus loin qu’à l’ordinaire.
Il n’y a aucun problème à développer des savoirs de haut niveau à l’université en soi. Mais lorsque le développement en question sert à reproduire, voire à accentuer, les inégalités de pouvoir, il peut, et doit être à mon avis, remis en question. Tu peux différer d’opinion. Je vais simplement identifier deux façons dont McGill le fait, par omission, et contraster cela avec la façon dont deux autres universités montréalaises se comportement (une francophone, l’autre anglophone, alors pas question de faire du anglo-bashing gratuit comme tu m’en soupçonnes).
1. McGill n’a pas, à ma connaissance, de programme de diffusion des savoirs produits hors de la communauté universitaire. Ce qui veut dire que si tu n’es pas universitaire, tu n’as pas accès à des savoirs que pourtant l’argent public subventionne. Elle exclut les non-membres de la communauté, c’est-à-dire, au Québec, la très grande majorité. Concordia fait des efforts en ce sens. http://instdev.concordia.ca/ourprograms/universityofthestreetscafe/
2. McGill comporte fort peu (si tant est qu’il y en ait un, je n’en connais pas), de programmes de recherche avec des communautés de personnes marginalisées (je ne dis pas SUR des communautés marginalisées). Le savoir est produit par des universitaires, sur des questions déterminées par des universitaires, en tenant des propos en direction d’universitaires. Des profs de l’UQAM ont une toute autre opinion de la place de l’université dans la cité, comme par exemple Maria Mensah, qui a travaillé à un projet de recherche avec les personnes vivant avec le VIH/SIDA. Tu peux aller voir: http://www.vihsibilite.uqam.ca/
J’aime bien le lyrisme dans certains cas, mais ces métaphores qui disent qu’il faut une élite (qu’elle soit intellectuelle ou économique) pour tirer vers le haut tout le monde, quand elles servent à justifier le fait que plusieurs s’enrichissent où établissent leurs privilèges aux dépens d’autres, ne me parlent pas du tout. Fais une petite recherche sur le coefficient Gini, tu verras que les pays qui ont une élite un peu moins élite ne font pas nécessairement moins bien en terme de beauté urbaine, de santé, de qualité de vie, et ainsi de suite. Évidemment, tu peux être de mauvaise foi et comparer des pays à haut revenus et des pays à faibles revenus, mais si tu regardes les pays pas trop éloignés l’un de l’autre… Tiens, voilà le lien: http://www.statistiques-mondiales.com/gini.htm
Ouains mettre les doigts dans les prises, j’aime ça.
Ou les pieds dans le plat.
(Call me Berthe. :P)
Je serais ravie d’en débattre cela dit.
J’ai l’intime conviction que le Francophone du Québec souffre du même complexe que l’Allemand des générations d’après-guerre. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il arrive, le passé ne passe pas.
tut tut tut : la France est le pays le plus élitiste au monde et le plus beau. point final.
Danemark: vieille monarchie.
La Suède a une vieille élite qui contrôle le pyas depuis toujours (les mêmes familles à la tête des entreprises et de l’état).
Question: est-ce que Mc Gill n’a pas de groupe de cette nature parce qu’elle se spécialise dans d’autres domaines ? (comme la bière?
(je viens seulement de lire le message de François.)
Bon mais j’ai l’impression qu’en réalité c’est un débat qui se place aussi à un autre niveau. Il y a 2 choses en fait :
D’un côté l’université qualifiée/caricaturée/décriée (rayer les mentions inutiles) comme élitiste, qui est pourtant justement celle qui joue dans la cour de toutes ces autres universités à la renommée mondiale. Qui ont toutes fini par avoir la même fonction aujourd’hui (après peut-être de plus nobles intentions de départ) : reproduire une élite (vs. la former). Ça c’est le monde tel qu’il existe.
De l’autre côté, l’université “intégrée dans sa communauté” comme tu la décris, celle qui prend en compte non le seul savoir livresque ou acquis dans de rares cercles restreints de happy few de père en fils (grosso modo), celle qui valorise la différence et la multiplicité des champs de connaissance. Ça c’est le monde tel qu’on le rêve.
Alors d’accord, je vais nuancer mon propos : nous avons à Montréal une extraordinaire richesse de savoirs, de porteurs de connaissance, et aussi de façons de les mettre en valeur, façons qui ne sont pas nécessairement académiques et traditionalistes mais qui empruntent des voies novatrices qui méritent d’être approfondies. (en passant mon propos n’était tout de même pas de dénigrer tout ce qui n’est pas l’élitisme de McGill hein).
Mais il se trouve que nous vivons dans un monde qui est loin d’être parfait, et qui, je le crains, fait plus écho à “l’élite traditionnelle” (formation type McGill) qu’à celui de la formation plus holistique, moins exclusive type UQÀM ou Concordia.
(petite question subsidiaire : où range-t-on l’UdeM là-dedans ? l’élitisme francophone non ?)
Quant au coefficient Gini (merci d’étendre ma culture, décidément jusqu’où ça mène de lire des blogues) et à ce que tu impliques dans ta phrase “les pays qui ont une élite un peu moins élite ne font pas nécessairement moins bien (…)”, elle me donne l’impression que ce n’est pas l’endroit où je vis dont tu me parles. Ou alors je suis complètement biaisée…? ça se peut après tout, je suis une maudite française (demande au taulier). Mais les élites québécoises d’aujourd’hui ne sont plus exclusivement anglophones. Regarde-toi, regarde Luc, regarde tous ces gens qui mettent la force de leur pensée au service de leur communauté -proche ou moins proche- et qui ne sont pas issus de cette élite questionnable (oui parce que malgré tout je suis d’accord avec toi sur le fait que “lorsque le développement en question sert à reproduire, voire à accentuer, les inégalités de pouvoir, il peut, et doit être à mon avis, remis en question”, je suis bien placée pour l’être d’ailleurs).
Enfin (au risque de me faire engueuler parce que je ne sais pas faire court) ce qui me frappe dans les mots que tu choisis c’est la récurrence du terme “communauté”. En fait, le monde tel qu’on le rêve, le monde des cercles communautaires concentriques, c’est celui des peuples amérindiens. Encore un signe de plus à quel point la représentation du monde des Amérindiens a imprégné celle des immigrants de Nouvelle-France, par opposition aux immigrants de la Couronne. Et c’est naturellement aujourd’hui en clash total avec le monde pyramidal que ces derniers ont imposé, tel qu’il existe aujourd’hui, tel que tu veux le déconstruire, mais aussi tel qu’il permet à Montréal de jouer dans la cour des grandes métropoles mondiales.
‘tention à ce que tu dis Luc, tu risquerais de mettre de l’eau à mon moulin
je voudrais pas te faire passer pour un méchant élitiste
Aimeriez-vous que j’organise une soirée avec des profs et admininstrateurs de McGill pour pouvoir discuter avec eux directement de ce qui se fait et ce qu’il y a à faire pour améliorer le système, du moins dans certaines facultés côté sciences bio et médecine, qui sont celles auxquelles j’ai accès? Ça serait par contre pour après les élections.
J’ai adoré la phrase de Geneviève, scotché au plancher. J’ai bien peur que c’est ce qui nous arrive.
Et la référence à la communauté au sens amérindien est géniale. J’ai déjà lu un bouquin sur l’influence de ces modèles amérindiens sur la révolution américaine et par effet de ricochet, sur la française.
Misère je le savais que ce serait complexe. My two cents - en vrac:
1) la performance des universités dépend de la qualité des élèves et des profs au 2ième cycle. Partout dans le monde, les universités ont abandonné l’objectif d’émulation des élèves au bac. Ils sont juste trop molassons, trop paresseux et trop tricheurs en moyenne. Je propose la construction d’une machine à donner des coups de pieds au cul. Un chacun tous les matins partout à travers le monde et ça inclut Harvard (un ami à moi y enseigne), Standford (les enfants d’une connaissance la fréquente) et tutti quanti. La paresse s’affiche et triomphe à l’UQAM, elle se cache et triomphe à Mc Gill.
2) au 2ième cycle - la performance est au rendez-vous dans les quatre universités montréalaises. Il y a des zones de performance différentes.
3) pour ce qui est du rapport entre élitisme et aménagement du territoire, je crois que la beauté n’est pas un produit de l’élite capitaliste. L’élite capitaliste a peur de toute représentation publique. Par réflexe, elle se retire dans ses terres. Le rêve capitaliste ultime est un ranch au Texas et un char blindé qui donne accès à un club privé sur le bord d’une plage privée dans un pays privé de tout.
4) La beauté urbaine est le produit d’une élite féodo-marchande qui n’avait pas encore compris le capitalisme et qui avait gardé les réflexes de la représentation, de l’espace symbolique, du paternalisme social et qui rêvait encore à la possible hégémonie idéologique de la classe dominante sur le bon peuple: d’où les places publiques, les bibliothèques somptueuses, les jardins publics, la place de l’hôtel de ville, celle de l’université et cie.
5) L’héritage architectural des premières élites capitalistes (les féodo-marchands) est différent selon les pays, selon que l’élite s’est emparée de l’état (comme en France et en Suède) ou qu’elle a choisi de le manipuler à distance (Angleterre). Dans ce dernier pays, le faste s’exprime dans les banques/palais, les résidences et les clubs privés plus que dans l’urbanisme. Chez nous aussi….malheureusement ; ce qui explique qu’il n’y ait pas une seule place publique sur le Plateau.
5) Néanmoins, nous avons eu la chance à Montréal d’avoir une telle élite féodo-marchande qui s’est concentrée dans le Vieux Montréal (construction de banques/palais, grands magasins, etc.) et dans le mile carré doré. Toutefois, pour ce second quartier, essentiellement résidentiel, seule l’université Mc Gill constitue un espace public significatif (non, je suis injuste, il y a aussi a bibliothèque et le parc Westmount).
6) En gros, Mc Gill n’est pas responsable de sa beauté et l’UQAM de sa laideur relative et ça n’a rien à voir avec leur philosophies d’enseignement respectives. Ça dépend de leur date de fondation. La grande majorité des institutions québécoises ont été fndées dans les années 60 - particulièrement ingrates en termes d’architecture et d’urbanisme.
7) Comment retrouver le génie d’aménagement des élites féodo-marchandes et si possible françaises et suédoises d’inspiration – c’est la question du jour. Pour l’instant, toute tentative de le faire avec les deniers de l’état est décrié par les payeurs de taxes comme un gaspillage sans nom et n’est possible en bout de ligne qu’en trichant sur les coûts annoncés (ex : quartier de la finances et Caisse de dépôt ou nouveau campus es sciences de l’UQAM). Quand les administrateurs respectent les budgets ça donne quelque chose comme la Grande Bibliothèque…
“quelque chose comme la Grande Bibliothèque…”
que je trouve quant à moi très belle
(bah si)
Mais le plus beau, le plus agréable, le plus original sur le plan architectural à Montréal sont à mon avis les logements résidentiels (duplex, triplex, 4-5-6-plex) des quartiers populaires comme le Plateau, Hochelega-Maisonneuve, Rosemont. Si on pouvait réussir à verdir les ruelles derrière et humaniser les rues devant, quel patrimoine des plus estimables on aurait! Dites-donc … c’est pas ça justement qu’on voudrait faire?
Merci pour la leçon sur le fait-dodo-marchand. Cette explication colle bien à la vérité, il me semble.
Zut Christine, tu m’as volé mon punch. Ça fait des semaines que je tente d’amener subtilement le lecteur vers cet objectif logique : «exploiter cette trame de crue et de ruelles unique au monde pour faire un vrai quartier vert, humain, calme tout en en étant dense et résolument urbain».
«fait dodo marchand»simonak ça vaut bien la peine de faire des longues études pour voir ce que les gens font des concepts si difficilement maîtrisés…..misère….
« Depuis 1821, Mc Gill a protégé des espaces verts et des bâtiments historiques qui n’auraient eu aucune chance de survie s’ils avaient appartenu à l’État ou à la Ville. »
En effet, tu parles du campus centre-ville mais au campus Ste-Anne-de-Bellevue, s’il reste encore des terres agricoles sur l’île de Montréal, c’est en partie à cause de la faculté d’agriculture! Sinon, je suis d’accord avec ton propos, étant moi-même étudiant à McGill, en regardant les grattes-ciels le long de McGill College, je me dis que si James McGill n’avait pas consacré ses terres à une université, ce terrain aurait été planté de gratte-ciels, ce qui aurait enlevé un espace vert important qui est comme le prolongement du Parc du Mont-Royal au pied de ce dernier.