1420 Mont-Royal : le débat

4 mars 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Au dernier conseil de ville, l’opposition a réussi à reporter (pour combien de temps)  la vente de la Maison-mère de la Congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie sur le flanc nord du Mont-Royal.

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Rappelons que l’Université de Montréal tente à tout prix de vendre cette belle bâtisse à un promoteur privé qui veut y construire des condos pour mieux développer son second campus sur la gare de triage d’Outremont. Derrière ce projet, c’est tout l’enjeu du développement de l’Université sur la montagne qui se pose. L’université prétend qu’elle n’a plus la place pour se développer sur la montagne et/ou que les coûts de son développement y sont prohibitifs. En vendant cette bâtisse  - qu’elle dit trop chère à rénover - elle se donne un bon coussin financier pour lancer son projet de deuxième campus.

La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut ou pas vendre le 1420 ; c’est : « est-ce que l’Université doit se développer sur la montagne ou est-ce qu’il est temps qu’elle ouvre un second campus pour poursuivre sa croissance ».

La première réponse qui vient en tête c’est bien sûr que l’Université doit rester sur la montagne et que le 1420 doit rester un édifice d’enseignement. Il y a un fort consensus dans toutes les couches de population sur la non privatisation des espaces sur la montagne - surtout dans un édifice patrimonial et à plus forte raison dans une maison d’enseignement - et encore plus d’une maison située au cœur d’une université. S’il manque une couple de millions pour rénover ce n’est pas insurmontable (comme nous le verrons plus loin).

Il ne s’agit pas d’argent ; il s’agit de vision. Est-ce que oui ou non le déménagement de l’université va dans le sens de l’intérêt public.

Dans un premier temps je développe les arguments pour le oui et dans un deuxième les arguments pour le non. Je vous avertis c’est assez long.

Première section : OUI il faut que l’université déguédine de la montagne - pis ça presse

Dans les débats publics sur la montagne on laisse souvent croire que c’est la propriété privée qui détruit la montagne, et que de garder les édifices sous la responsabilité  des gestionnaires publics (universités, hôpitaux) ou religieux (couvents et maisons d’enseignement) en assure la protection et la mise en valeur. Dans le cas qui nous occupe, c’est tout le contraire. Il y a un immense danger à laisser l’Université continuer à se développer comme elle l’a fait jusqu’aujourd’hui et très peu de risque à vendre le 1420 ou d’autres édifices au privé.

Pour ce qui est de la vente du 1420 - réglons le cas rapidement : le service du patrimoine de la ville, celui d’urbanisme, le bureau du Mont-Royal, le service des grands parcs, bref toutes les unités qui travaillent sous madame Laperrière (la DG adjointe) ont fait un travail remarquable ; elles ont exigé une protection en béton de tous les éléments patrimoniaux, des vues, des boisés, des accès, de l’architecture, des matériaux, des formes, du patrimoine immatériel, etc. Le promoteur qui semble assis sur des sources financières intarissables a dit oui à tout. Il a promis d’enfouir les stationnements (ce que ne pourrait pas faire l’Université de Montréal), déplacer la zone de service, aménager un sentier en arrière pour permettre une circulation le long de son édifice dans le bois, préserver la chapelle et donner un accès public une fois par mois, préserver tous les artefacts qui ont de la valeur soit individuellement, soit cumulativement. Un meilleur dossier, ça n’existe pas.

À l’inverse, les gestionnaires d’immeubles de l’Université et surtout de la Polytechnique ont historiquement été d’infâmes besogneux incapables de faire la différence entre la montagne et la dump derrière leur ferme natale. La forêt qui entoure de moins en moins leur campus n’a jamais fait l’objet du moindre effort de mise en valeur - sauf au tout début (c’est à dire au moment de sa plantation). Depuis, la forêt avoisinante  a été utilisée pour construire  des stationnements sauvages ; parker des containers à vidanges, stocker du gravats, bâtir des entrepôts, aligner des murs aveugles et que sais-je encore. Pas l’ombre d’un début de compréhension de la valeur patrimoniale, symbolique, écologique et paysagère des lieux.

Il faut dire à la défense de ces ignorants malfaisants qu’ils ont exécuté leur méfaits à l’époque de la grande noirceur de l’aménagement au Québec (grosso modo entre 1608 et 2010). Le principe directeur qui a gouverné la réflexion sur la montagne comme à peu près partout au Québec se résume en deux phrases : 1) ousqu’on va parker les chars 2) combien de temps qui faut marcher entre le char pis la porte.

Vous trouvez que j’exagère ? C’est que vous regardez le campus tel qu’il est et que vous vous dites qu’il n’est pas si pire, alors que pour comprendre la pleine ampleur de l’outrage qui y a été commis il faut comparer l’actuel avec ce qu’il aurait pu être. Permettez-moi une longue démonstration qui fait un petit détour par l’histoire.

L’Université dans la montagne

Ernest Cormier avait prévu bâtir sur le Flanc Nord un temple de la connaissance dans un écrin de verdure. La science encapsulée dans son édifice de brique blonde devait briller au soleil et se détacher de la forêt verte et sombre qui l’entourait. Aucun symbole ne pouvait être plus fort pour cette société sortie du bois que la magnificence de l’immeuble s’élevant dans la forêt.

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L’acte de domination de la nature se justifiait par l’urgence de singulariser la connaissance comme l’outil de transformation de notre société (les premiers plans ont été esquissés à la fin des années 20 !!!). En échange de cette insensibilité à l’environnement immédiat, Cormier proposait un contraste et une ambition architecturale exceptionnelle.

Ce plan ne pouvait être bon que pour un seul bâtiment. Au fur et à mesure où l’Université s’est développée et s’est mise à multiplier les constructions, l’écrin de nature  a rétréci comme une peau de chagrin.

Le terrain de l,Université est délimité par la ligne bleue : le reste appartient au cimetière. Le point bleu indique l'emplacement du sommet du mont Outremont (le deuxième plus élevé des trois monts qui composent l'arrondissement historique et naturel du Mont-Royal ; le plus haut étant le Mont-Royal et le troisième Westmount). Le cercle rouge indique l'emplacement du futur pavillon Lassonde 2.

Le terrain de l'Université est délimité par la ligne bleue : le reste appartient au cimetière. Le point bleu indique l'emplacement du sommet du mont Outremont. Le cercle rouge indique l'emplacement du futur pavillon Lassonde 2 dont la construction est déjà prévue.

On voit qu’il reste des bouts de verdure significatifs - dont le boisé qui longe la rue Édouard-Montpetit et qui accentue l’impression d’une large conservation. Mais cette impression est fausse. Dès qu’on monte dans la montagne, voici ce qu’on voit.

On est sur le flanc du Montroyal - mais on pourrait être dans la banlieue de Victo - y'a aucune différence.

On est sur le flanc du Mont-Royal - mais on pourrait être dans un parc industriel - y'a aucune différence.

À l'université de Montréal on sait qu'il y a des étudiants dans l'université puisqu'il y a des chars dehors

À l'université de Montréal on sait qu'il y a des étudiants dans l'université puisqu'il y a des chars dehors ; mais celui qui voit un étudiant dehors - même en été - se gagne un repas pour deux au buffet-restaurant « les amis de l'asphalte - danseuses sexy ».

Arrière 2 de 2. C'est sur cette photo de l'arrière de l'Université que le génie particulier des aménagistes québécois apparaît de la façon la plus frappante. Le lien avec le cimetière historique a été travaillé avec la plus grande finesse. D'abord, une frange de 20 mètres de forêt a été préservée pour conserver le concept initial de Cathédrale dans son écrin de verdure. La beauté imposante de l'avant du campus laisse place à l'arrière à un charme intime. Les alcoves dessinées par les plantations de chênes et d'érables rappellent le calme et le recueillement du cimetière tout proche. Les anges de bronze qui semblent veiller sur le site endormi ont été placé dans les jardins de l'arrière semblent vieller autant sur les morts tout proches que sur les étudiants dans l'avenir desquels la nation a mis tant d'espoir.

L'arrière rectiligne et déboisé - conçu pour les chars... encore

Vue aérienne de la section ouest de l'Université de Montréal. Pour vous aider à comprendre le plan; c'est facile: tout ce qui est en vert est en dehors du campus. Pour ce qui est du campus lui-même - bâti sur le principe bien connu de mets-en-du-béton-mon-Léon, celui qui trouve arbre remarquable se gagne un repas au buffet « Les amis de l'asphalte; danseuses sexy»

Vue aérienne de la section ouest de l'Université de Montréal. Pour vous aider à comprendre le plan, c'est facile : tout ce qui est en vert est en-dehors du campus. Pour ce qui est du campus lui-même - il a été bâti sur le principe bien connu de mets-en-du-béton-mon-Léon.

Qui a dit qu'il n'y avait pas de place publique - regardez-moi cette beauté de zone de rencontre pour les étudiants !

Qui a dit qu'il n'y avait pas de place publique - regardez-moi cette beauté de zone de rencontre pour les étudiants !

Chemin boisé de l'Université de Montréal. On remarque que le chemin qui mène vers le sommet a permis de protéger et de mettre en valeur les eaux de ruissellement qui créent ça et là des étangs au bord desquels certains professeurs n'hésitent pas à donner leur cour en été.

Chemin boisé de l'Université de Montréal cheminant vers le sommet ? Remarquez le sapin majestueux sur la droite - a dû coûter un gros 5 chez Home dépôt - ou alors ils en donnaient un gratuit à tout consommateur achetant plus de mille tonnes de béton par jour pendant deux semaines.

Il ne s’agit plus d’une université dans la montagne. La nature n’impose pas sur le site, comme dans le plan de Cormier, son profil, sa domination tranquille, son pouvoir apaisant, son potentiel de découverte et d’évasion. Il n’y a plus de contraste ; les bâtiments  ont progressivement bouffé l’écrin. Par ailleurs, il ne reste plus qu’une possibilité d’accès au sommet : la pente de ski (sur laquelle on ne peut de toute manière rien construire).

Mais justement, la volonté acharnée de l’Université de Montréal de tout détruire a fini par déclencher une réaction de la ville qui s’avère une porte de sortie honorable pour tout le monde. Je m’explique :

Ça fait longtemps que le service des grands parcs et le bureau du Mont-Royal voient le flanc nord se dégrader et ils ont agi. Patiemment et depuis des années, la ville a exercé une pression constante sur chaque propriétaire institutionnel pour exiger des concessions volontaires de terrain (ce qu’on a appelé le pacte patrimonial). Elle  a aussi instauré un régime de protection très strict de la montagne en collaboration avec le gouvernement du Québec (ce qu’on a appelé l’Arrondissement historique et naturel du Mont-Royal), ce qui lui a donné la marge de manœuvre pour exiger des concessions majeures des propriétaires en échange de tout changement.

Comme l’Université a beaucoup construit et qu’elle exige un changement de zonage sur un édifice patrimonial (le 1420), des concessions importantes ont été faites. Si on ajoute à ces concessions celles du cimetière voisin qui a lui aussi construit une horreur sans nom (les nouveaux mausolées de Brossard-en-ville), voici ce que ça donne.

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Le cimetière cède pour 99 ans la zone cerclée de bleu et l'Université (pour 50 ans je crois) la zone en rouge. Les deux ensembles deviennent le parc du 3ième sommet. Le dessus du réservoir Bellingham (en mauve) devient un parc dédié aux sports et le trait orange représente le chemin de ceinture qui permettra d'accéder au sommet mais qui fera aussi le tour de la montagne.

M’as t’dire - c’est pas pire. On préserve les derniers terrains ; on reboise le stationnement illégal de la Polytechnique, on redécouvre le sommet, on  construit un chemin pour y avoir accès.

En conclusion de cette section, je considère donc qu’il faut dire OUI à la vente du 1420 et au développement d’un second campus pour les raisons suivantes :

  • la création du parc du troisième sommet
  • la préservation intégrale du 1420 et de ses alentours
  • l’urgence d’envoyer les administrateurs de l’Université de Montréal sur le bord de la track et de les éloigner le plus vite possible d’un joyau dont ils ne comprennent rien.

Deuxième section : NON , il faut que l’Université reste sur la montagne - on s’apprête à commettre une erreur historique

Suite demain.


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Du 29 janvier au 4 février

6 février 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Les premières rencontres des comités aviseurs

On a commencé à rencontrer les comités aviseurs récemment formés sur le verdissement, le bruit, l’apaisement de la circulation, la cohabitation entre résidents et commerçants. D’autres sont en formation comme le champ des possibles, le stationnement, l’aménagement. Je rappelle que les comités aviseurs ne sont pas des comités consultatifs ou de réflexion stratégique. Ils ont pour mission l’implantation la plus rapide possible des 150 points de la plate-forme. Ce sont des comités opérationnels qui doivent faire avancer les projets avant qu’ils soient soumis pour validation et réalisation à la fonction publique.

Les premières rencontres ont déjà permis de dégager des pistes de solutions concrètes pouvant être implantées rapidement. Ce ne sont que des rencontres préliminaires parce que la première vraie rencontre va se faire avec la directrice de l’arrondissement et le directeur concerné.

J’en profite pour dire qu’on a vraiment une administration en or. Il faut se mettre à leur place : on leur arrive avec une avalanche de projets (et quand je dis avalanche, vous avez pas idée de ce qui s’en vient - c’est vraiment big/stie - mais non je n’en ferai pas la liste sur mon blogue - même les singes apprennent) et en plus on veut que ce soit des citoyens qui en définissent les premières étapes. On exige des réponses à tout, on voudrait que tout soit implanté avant Pâques. Je serais directeur, je me dirais « les nouveaux vont se calmer - la dernière administration nous avait fait le même coup - ils vont comprendre que ça marche pas d’même icitte ». Mais pas du tout ! Ils avancent au pas de course ; sont ouverts à toutes les idées ; sont même enthousiastes !!! Des fois je me demande si c’est pas une ruse… Juste pour nous fatiguer… Une sorte de « rope a dope » du style « amènes-en, amènes-en, tu vas bien finir par te casser la gueule ». Si j’évoque cette hypothèse loufoque, c’est pour cacher un drame. Le drame est le suivant : si la fonction publique est vraiment aussi ouverte que nous en donne l’exemple de l’équipe du Plateau, comment ça se fait que les projets ont progressé si lentement dans les années passées ?  Grosse question pour laquelle on aura une grosse réponse si 25% de ce qu’on a sur la planche à dessin finit par se matérialiser.

La police

Une grosse rencontre avec le commandant Bélanger et le sergent Bergeron m’a fait comprendre que le rôle d’un policier est exactement l’inverse de celui d’un politicien. Les deux gars m’expliquent avec force détails que certaines tentes ne sont pas ancrées au sol dans les ventes trottoirs (quelqu’un pourrait avoir le réflexe de les lancer sur la foule), qu’ils manquent d’agents de sécurité à chaque coin de rue (si jamais un camion de pompiers veut passer il faut écarter la foule), qu’il y a des risques d’émeutes sur St-Laurent lors de l’événement du Grand Prix (ça s’est effectivement passé en 2008), que des types fauchés et bruyants boivent dans le parc des Compagnons de St-Laurent (sur Mont-Royal), pissent contre les arbres et jettent leurs bouteilles de bière dans le sable des terrains de jeu - et j’en passe. Je les écoutais et je me disais « ‘cout’donc chose - on est pas à Moscou ou Medellìn - ce que vous décrivez peut se produire (une fois sur 10 ou 100 ou 1000) mais on va pas se comporter comme si c’était notre seule préoccupation - sans ça ousquié le fun ». Mais relisez la phrase : à la question « est-ce qu’on doit se comporter comme si c’était notre seule préoccupation » il faut absolument que le maire réponde « non » et il faut absolument que la police réponde « oui ».

Conflit en perspective ? Non. On va suivre la plupart des recommandations de la police et on va même leur donner plus d’outils pour travailler (notamment des nouveaux règlements). De leur côté, je pense qu’ils vont comprendre qu’on ne va pas appliquer chacune de leurs recommandations.

Le maire m’appelle au rapport

Y’a m’sieur Tremblay qui était pas content de moi au conseil municipal. C’est rare que monsieur Tremblay nomme quelqu’un par son nom dans les débats. Le vlà-t’y pas qui m’interpelle pour une conférence de presse à laquelle j’ai participé dans l’après-midi avec les groupes du quartier pour des revendications sur le logement social. Il me dit : « Monsieur Ferrandez, venez me voir à la place de vous plaindre dans les medias » . Et moi de lui répondre « yes sir ! ». Franchement, le gars a raison. J’hésitais à participer à cette conférence de presse (de revendication) parce que les fonctionnaires responsables du logement ont été extrêmement professionnels et ouverts avec nous à venir jusqu’à date. Une conférence de presse fait moins avancer les choses qu’une rencontre avec le service d’habitation et certainement encore beaucoup moins qu’une rencontre avec le maire. En termes de moyens de pression, les gars du Comité de logement et du Frapru sont tellement old school que c’en est sympathique. Pour eux, c’est manif/chaînes de lettres/interpellations dans les medias/et tutti quanti. Eux ils s’en calvincent des stratégies de lobby et de communication raffinées. Ce sont les Obélix des mouvements communautaires. Comme le gros personnage à culotte rayée, ils ne comprennent pas les plans complexes d’Astérix pour s’emparer de la garnison. Mais d’un autre côté où en serait le village gaulois sans Obélix ? Astérix je l’aime bien c’est sûr ; mais je l’aime surtout parce qu’il est l’ami d’Obélix.

En plus il faut dire que la ville l’a cherchée, cette conférence de presse. On peut pas nier que le plus grand terrain disponible pour du logement a été cédé par le comité exécutif à un promoteur privé - un mois avant l’élection et que Fotopulos s’est contentée de faire savoir aux groupes du quartier, par l’entremise de son attaché politique, « qu’on veut pas de ghetto de pôvres direct en face des condos ».

La vérité, on l’a su plus tard, c’est que le terrain est tellement contaminé que le service d’habitation n’a jamais cru possible de construire du logement social ou coopératif à cet endroit-là. Mais l’inexpugnable Robert Manninghem (Atelier Habitation) nous dit : commençons par voir avant de dire non. Il y a des solutions pour les terrains contaminés et celle qu’on propose est sans doute la même que celle qui va être utilisée par le promoteur privé : donnez-nous notre chance.

Ça fait que j’ai bien hâte de me rapporter au grand boss pour jaser de tout ça : m’est avis qu’il y a juste du bon qui peut sortir de ce meeting-là.

Les bleus

Vous l’avez peut-être vu dans les medias : les bleus sont venus au bureau, monsieur Parent en tête, me narguer pour la politique de déneigement. Le bonhomme Parent a été génial. Quand je lui ai dit qu’il se trompait et que nous faisions du déneigement la fin de semaine (même la nuit) et que c’était juste du chargement qu’on ne faisait pas sur les rues résidentielles, et uniquement si le contexte le permettait, le gars a pas tourné autour du pot pendant 15 minutes pour cacher son erreur. Il a juste dit « Ah bon ? ». Parle-moi de ça : pas de niaisage. Il s’est trompé, il le reconnaît - fin de l’épisode. Ensuite on a pu jaser un peu de l’avenir. Pas trop, avec tous les kodaks qu’il y avait là. Mais j’ai quand même eu le temps de lui dire qu’on s’enlignait pour faire plus confiance à nos travailleurs dans le futur et moins aux contracteurs privés.  C’est un risque à prendre. Je ne sais pas si ça va marcher. Personnellement, je ne pense pas qu’on peut être motivé à ramasser le recyclage et vider les poubelles publiques semaine après semaine et rester motivé. Si c’est le privé qui le fait, ce ne sont pas des jobs assurées et les gars font ça pour quelques années et après passent à autre chose. Dans le public, il est possible que tu fasses ça toute ta vie. Moi je ne serais pas capable - du moins pour certaines jobs. Ramasser les vidanges d’une bande de cochons qui jettent leur p’tit sacs Jean Coutu débordants dans la ruelle (pis le propriétaire de chien qui en rajoute en empilant un p’tit sac dégoûtant tous les jours sous prétexte qu’il y a un début d’empilade qui ressemble à une décharge - donc autorisation implicite d’en rajouter), je pourrais pas. Il me semble que j’aurais envie de crisser mon camp après avoir écrit « gang de porcs » sur les portes du quartier. Je le dis tout haut : si des employés arrivent à se mobiliser pour ce genre de travail jour après jour - ils ont des qualités que je n’ai pas. Et si leurs contremaîtres réussissent à les garder productifs et heureux - eux aussi méritent une fière chandelle.

Ceci étant dit, en règle générale, je crois à la fonction publique. Mon père travaillait à la ville (technicien en arpentage) ; il a pu élever quatre enfants, acheter une maison, nous donner une bonne éducation et il bénéficie maintenant d’une retraite honorable. Je suis la preuve vivante qu’une bonne job syndiquée a des impacts positifs sur toute une famille et donc sur toute la société. Mais surtout, je pense que ça coûte moins cher. Le privé fait pas de cadeau. Particulièrement dans la construction. Alors s’il est possible de motiver les bleus à faire de la bonne ouvrage, tout le monde va être gagnant en leur en confiant plus.

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La grange à Vincent

2 février 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Mercredi passé, le comité consultatif en urbanisme a émis un avis défavorable à la démolition du restaurant Sous-marins chez Vincent. Le propriétaire peut faire appel au Conseil d’Arrondissement; ce serait alors les élus du Plateau qui devraient prendre la décision.

Je ne vous ai pas communiqué l’information jusqu’à maintenant parce qu’il fallait donner le temps au Secrétaire de l’arrondissement de communiquer avec les principaux intéressés.

J’ai été surpris de la décision du comité. Je croyais qu’il ne ferait que reporter la décision - question de négocier un meilleur projet de la part du promoteur. D’ailleurs, le promoteur s’était empressé de soumettre un meilleur projet. Il occupait toujours 100% du lot et il contenait toujours les mêmes boîtes à habiter, mais il était sensiblement plus beau; plus élancé; plus travaillé. Les membres du comité ont plutôt choisi de faire valoir leur opposition sur la base d’un article du règlement qui dit que la démolition peut être arrêtée si les membres considèrent que l’intérêt public n’a pas été pris en compte. C’est une décision courageuse - très courageuse. Les membres du CCU sont bénévoles et ils auraient pu considérer que la décision était trop lourde de conséquences. Après tout, le projet respectait le règlement et le service d’urbanisme a émis un avis favorable. Ça prend une méchante paire de couilles pour arrêter un projet et de mettre en péril des intérêts économiques sur la base d’une perception de perte. C’est une perception réelle et fondée mais, il faut l’avouer presqu’abstraite. On dit que ça prend un village pour éduquer un enfant. Cette semaine nous avons eu la preuve que ça prend des gens éduqués pour sauver un village.

La grande question maintenant: astheure kess qu’on fait.

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Protéger l’immatériel ?

22 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

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Le restaurant Sous-marins chez Vincent vient d’être vendu à un promoteur pour une petite fortune. Le bâtiment qui est prévu à la place est un exemple typique de ce que la spéculation peut faire à un quartier : une boîte sans aucun charme et aucune recherche architecturale abritera des appartements de 800pi carrés qui ne pourront attirer que des célibataires sans enfants. Pour ajouter à la banalisation, on propose au rez-de-chaussée rien de moins qu’un Strarbuck.

Le plus drôle peut-être, c’est que sur l’image du projet qui nous a été envoyée à l’arrondissement, l’affiche est en anglais seulement: «Starbuck coffee».

Le gros tact.

Dire que je ne suis pas sympathique au projet, c’est peu dire. Mais voilà, le promoteur n’y est pour rien. À part le manque de sensibilité, il propose un projet à première vue  conforme au règlement d’urbanisme. La hauteur semble réglo; les coins de rue permettent, selon les règlements d’urbanisme, une occupation du lot à 100 % sans dégagement sur la rue. Et rien ne l’oblige à vendre autre chose que des appartements de 800 pi carrés. Et rien ne l’empêche non plus de proposer une chaîne américaine de café - après tout Mont-Royal a bien son Second Cup.

Par ailleurs, l’arrondissement n’a pas les ressources pour acheter le terrain qui s’est négocié pour un prix hallucinant.

Kess qu’on fait ?

La seule chose qu’on peut faire, c’est refuser la démolition. Si on fait ça, on prive le vendeur d’un profit légitime. Ça fait je sais pas combien de temps que le proprio trime dans son bouiboui; c’est tant mieux pour lui si son commerce a pris une telle valeur. Le gars a le droit à sa retraite. On ne peut arrêter ce projet juste par la haine de la spéculation; de l’uniformisation, de la banalisation, du manque de sensibilité et la colère face à cet aveuglement collectif qui nous fait foncer toujours plus rapidement dans un monde américanisé de consommation vide de sens, de saveur, d’histoire et de profondeur.

Il reste que la rue Laurier mérite mieux que ça. C’est un des derniers coins du Plateau où il règne une ambiance de village. Le bâtiment qui est proposé ne respecte en rien cette ambiance. Chez Vincent, on s’entend, ce n’est pas un trésor architectural, mais c’est le rappel d’une époque où l’argent était plus rare et où une sortie de famille se résumait souvent à une marche jusqu’au Dairy Queen. La forme de la bâtisse est un rappel de notre enfance et son dégagement par rapport à la rue (tant à l’avant que sur le côté) crée une mini place publique. J’y ai moi-même tenu un party de trottoir pendant la campagne. Le commerce abrite aussi une faune en voie d’extinction: du monde ordinaire qui se commande une soupe poulet et nouilles.

Je déteste l’idée de voir disparaître tout ça. Est-ce que je me trompe ?

Qu’est-ce que vous pensez qu’on doit faire ?

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Mise au point 2

17 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Dans toute la saga sur le stationnement, j’ai reçu une dizaine de lettres de résidents du Plateau qui s’inquiétaient pour leur visite (où vont-ils se garer ?). Nous avons pu les rassurer en leur décrivant les mesures que nous allions mettre en place pour qu’ils ne soient pas pénalisés. Mais les lettres les plus agressives et les plus nombreuses sont venues de citoyens résidant à l’extérieur du Plateau qui m’ont écrit pour me dire qu’il ne viendraient plus magasiner ici s’ils n’arrivaient pas à se trouver une place de stationnement. C’est dommage.

Mais pas tant que ça et pas dans tous les cas.

Je ne veux pas avoir l’air intransigeant, indifférent ou méprisant en disant cela; je vais donc prendre le soin de m’expliquer comme il le faut. Je ne pense pas non plus avoir - pour cette question - une base de connaissances à toute épreuve qui me permettrait d’affirmer que j’ai raison; j’espère donc que vos commentaires pourront enrichir le débat. Voici ce que je pense.

1) Un certain nombre de commerces - surtout des bars - sont un véritable poids pour l’arrondissement. Ce ne sont pas tous les bars; seulement quelques uns. Si vous vous promenez un dimanche matin sur Saint-Laurent, vous allez croiser une dizaine de plaques de vomi, pas mal de bouteilles de bière brisées, énormément d’assiettes en carton dans lesquelles on sert de la pizza à 99 cents. Est-ce que la perte de certains établissements qui desservent cette clientèle serait une catastrophe pour nous ?

2) Un certain nombre de restaurants n’arrivent pas à diminuer les impacts qu’ils ont sur les résidents. Dans la ruelle entre St-Laurent et Clark, mais aussi dans celles derrière Duluth ou Avenue du Parc, nous avons constamment des plaintes pour la propreté au point où des cas de vermine sont souvent mentionnés. Le propriétaire des restaurants en question n’est pas sur place; le staff change aux deux mois. Très difficile de faire évoluer ces établissements. Dans d’autres cas, il s’agit de restaurants très huppés, mais qui refusent de considérer les résidents autour. Je ne donnerai pas de noms. Est-ce qu’on doit tout faire pour que ces restaurants, qui ont des prix exorbitants et des impacts majeurs sur les voisins, puissent assurer un prix minimum pour le stationnement ?

3) Un certain nombre de bars et de restaurants - toujours de la rue Saint-Laurent - sont des lieux de rassemblement privilégiés des gangs de rue. Lesquels ? Ne cherchez pas des trous mal famés; cherchez les beaux établissements où l’argent coule à flots. Il faut reconnaître que souvent le propriétaire de l’établissement n’y est pour rien - et qu’au contraire plusieurs font des efforts pour ne pas attirer cette clientèle. Est-ce qu’on aurait des remords à faire payer le tarif maximum pour le stationnement de ces clientèles ?

4) L’augmentation de l’achalandage sur les rues de quartier comme Mont-Royal, St-Viateur ou Laurier Est, par exemple, s’est traduite par une augmentation faramineuse du coût des loyers. Pour les petits commerces de quartier (nettoyeur, cordonnier, coiffeur) il est dorénavant impossible d’ouvrir une boutique (ceux qui sont là depuis longtemps ont plus de chance). Quand un 10e restaurant qui offre des petits-déjeuners ou du sushi ouvre sur Mont-Royal, dites-vous bien que l’intérêt pour les résidents du Plateau est tout à fait relatif. Il est vrai que si l’achalandage diminue, certains commerces vont fermer et les propriétaires (qui sont des grands groupes immobiliers) ne baisseront pas les prix. Ce ne sera pas le retour des cordonniers et des couturières du jour au lendemain. Les vitrines vont donc se couvrir de papier brun pendant longtemps et ça, personne ne le veut. Mais c’est peut-être juste un mauvais moment à passer pour qu’on retourne à des prix de loyers commerciaux plus raisonnables.

5) Avec l’interdiction de fumer à l’intérieur, les clients se rassemblent dehors devant la porte des bars, jusqu’aux petites heures. Personnellement je trouve ça sympathique. J’aime qu’il y ait du monde dehors, et en plus du monde qui parle. La sécurité d’une rue est proportionnelle au nombre de personnes qui y sont présentes. Plus il y a de monde, plus c’est sécuritaire. Mais c’est aussi plus convivial, plus chaleureux, plus humain. Le problème c’est pour les appartements du haut. En haut de Chez Baptiste par exemple, il y avait deux logements. On annonçait hier deux bureaux à louer  - sans doute parce que c’est invivable pour des locataires. Il y a plus de mille logements aux étages de la rue Mont-Royal; il est hors de question qu’on accepte l’idée qu’ils doivent tous partir parce que la rue est de plus en plus populaire.

6) Un certain nombre d’établissements sont la propriété de gens qui habitent à l’extérieur de l’arrondissement et dont la clientèle vient aussi de l’extérieur. Il est vrai que ces établissements paient des taxes et ont le droit à des services. Mais entre un commerce qui dépend pour sa survie de la disponibilité de 50 places de stationnement gratuites et un autre qui dépend de 50 marcheurs qui habitent autour et qui eux aussi paient des taxes, le choix est vite fait.

7) Le vrai problème de stationnement je le vois dans deux cas. Le premier ce sont les commerces de première nécessité qui sont fréquentés par des résidents qui ne peuvent pas tous se rendre à pied. L’épicerie par exemple. Pour ces commerces et pour ces gens, il faut trouver une solution. À noter que la solution n’est pas nécessairement la gratuité absolue, mais bon - peut-être que oui (ou la livraison en vélo ?).  Le second, ce sont ces commerces - et il y en a des centaines - dont la clientèle est double. En d’autres mots, la clientèle qui habite à l’extérieur arrondit les fins de mois et permet aux commerçants de durer. Je pense, par exemple, au très sympathique Fouvrac, à certains restaurants, à énormément de commerces sur la rue St-Denis, à Farfelu, à Fêtard, au magasin de bas dont j’ai oublié le nom, à des cafés comme Club social où la vieille bande d’italiens qui y traîne le jour (et qu’on ne veut pas perdre) habite ailleurs. Et Zen, le fleuriste, Renaud-Bray bien sûr, la Maison Dubeau, Croteau et j’en passe des douzaines. Pour ces cas-là, il faut réfléchir. J’ai tendance à croire qu’on peut augmenter le nombre de places payantes et qu’ils ne mourront pas. Zone par exemple sur St-Denis vient de s’agrandir alors qu’il est pratiquement impossible de trouver une place de stationnement gratuite aux alentours depuis une décennie. Renaud-Bray a explosé en volume et en croissance depuis l’époque de la vieille librairie Champigny - alors que le nombre de places de stationnement gratuites a évolué dans l’autre sens.

En conclusion, la prospérité économique et la qualité du mix commercial d’une rue ne dépendent pas systématiquement de l’augmentation de l’achalandage ni d’une offre gratuite de stationnement. Je pense que nous sommes devant un problème typique de gestion du changement. J’ajoute toutefois en finissant que je m’inquiète pour la rue St-Laurent. Plusieurs bars sont en difficulté et si la construction de nouveaux logements fléchit, j’ai peur pour certains commerces de meubles. Ça n’a rien à voir avec le stationnement mais s’il fallait que cette diminution de la prospérité se produise au même moment où on se met à facturer plus systématiquement les stationnements gratuits aux alentours, on paraîtrait mal. Ce qui, vous l’avez deviné, est une préoccupation et non un critère de décision.

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Mise au point 1

16 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Deux fois par jour je croise kekun qui me dit : monsieur le maire, de profession je suis plombier - tout mon stock est dans la valise de l’auto; la fin de semaine, je m’en sers pour déménager des sofas usagés; ma femme est infirmière de nuit à Mascouche, mon gars est un accidenté du travail, toutes les fins de semaines je vais voir ma vieille mère à St-Agapit - je suis sa seule visite de la semaine. Je voudrais faire tout ça en transport en commun mais je ne peux pas. Quelle est votre solution?

Bin ma solution, mon homme, c’est: «achète toi un char».

Je sais que sur ce blogue et sur d’autres qui abordent la question, il y a pas mal de gens (bien intentionnés) qui diraient  «ah bien pour les sofas, il y a Déménagement Myette qui fait les livraisons à vélo; pour les visites chez ta vieille mère y’a Communauto, pour ton gars accidenté y pourrait faire du télétravail pis pour ta femme infirmière - pourquoi elle demande pas un transfert à l’hôpital au coin de ta rue? Je respecte les conseils de ces blogeurs et c’est en tout respect que je leur signale combien ils sont à la fois précurseurs d’un monde meilleur et… atypiques. Peut-être que dans 20 ans, tout le monde sera rendu à leur niveau, mais pour l’instant même moi je ne le suis pas. Quand je vais faire du ski de fond la fin de semaine, je loue une voiture (pourtant il y en a au Mont-Royal du ski de fond et il y a des sorties de groupe en autobus, etc.). Mais je préfère louer un char. Quand je suis en retard à l’hôtel de ville, je prends un taxi (même si je sais qu’Alex y va en vélo 12 mois par année - oui, mais moi ça ne me tente pas, il faudrait que je m’achète un grand maudit coat noir comme lui et franchement j’ai pas envie - l’an prochain peut-être). Quand j’ai une fête de famille dans le grand nord  chez ma soeur (Rivières des Prairies), je demande à mon frère de passer me chercher. Si bien qu’en bout de ligne, j’utilise assez souvent une voiture.

Que ceux qui s’imaginent que nous voulons proscrire toutes les voitures tout le temps se le tiennent pour dit: ce n’est pas vrai. Pas mal des solutions qu’on va mettre en oeuvre pour le stationnement vont au contraire faciliter la vie des familles qui ont une voiture - pour la simple raison que nous constatons la difficulté pour beaucoup de familles de limiter leurs transports et, parallèlement, la très mauvaise efficacité des solutions alternatives dans bien des cas.

Par contre, si, comme le grand innocent qui travaille au central (allo Joël ;)), tu veux venir jouer à la balle dans le parc Lafontaine en SUV, attends-toi à payer. Si tu viens cruiser sur la main locale à la sortie de ton bureau un jeudi de 5 à 7 : pour sûr que ça va te coûter un ptit 2. Pis si tu profites en masse des 2 pour 1 à la terrasse; ça va sans doute t’en coûter 2 de petits 2. Même si t’es cheap-que-le-christ et que tu fais le tour quarante fois du pâté de maison pour te trouver une place gratuite.

Le principe est simple: nous allons mettre de la pression quand nous considérons qu’il y a des alternatives valables. Nous allons aussi travailler au développement de ces alternatives (comme la multiplication des voitures en auto-partage, l’augmentation substantielle de l’offre de transport en commun, la sécurisation des parcours piétons - leur embellissement aussi, la croissance du réseau cyclable). Mais pour la livraison des sofas sur une base quotidienne, les véhicules motorisés sont toujours recommandés pour la majorité (ce qui ne vous empêche pas de contacter Myette - qui by the way, n’est pas plus cher qu’une entreprise de déménagement classique).

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Grosse décision hier: piscine Laurier

12 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Ça fait un mois que j’essaie de décider l’inverse de ce que nous avons décidé aujourd’hui: donner suite au contrat de rénovation de la piscine Laurier.

C’est cher ; autour de 4 millions de dollars. J’aurais voulu ne pas dépasser 2. J’aime pas le look bling bling du projet. J’aime pas l’empreinte au sol avec son immense plage. Pour moi le parc Laurier, c’est un  parc modeste; presque intime. C’était tellement prolo il y a trente ans. Mon cousin habitait sur St-Hubert et ma grand-mère sur de Lanaudière. Il y avait un cinéma pour enfant  a b s o l u m e n t génial sur Laurier (là où le vidéo comme disent les gens de Québec). Et surtout, il y avait beaucoup de pauvreté. Il y avait beaucoup de bums dans la piscine. C’était intimidant de se baigner là. Enfin, moi je trouvais ça intimidant parce qu’on venait d’Ahuntsic. Je dis tout ça pour en arriver à dire que ce serait dommage de trop pimper le parc.

Mais bon, on a pas le choix, il faut refaire le système de filtration et pour ça il faut casser la plage; il faut aussi refaire la piscine elle-même; et puis tant qu’à faire on va construire une pataugeoire parce que maintenant les pataugeoires doivent être alimentées en eau filtrées et chlorées - donc près des piscines. Le parc est contaminé parce qu’il a été construit sur un ancien dépotoir; alors bien sûr la facture de décontamination est énorme.

Finalement, comme c’est un contrat qui a déjà été signé, son annulation nous aurait coûté 600 000$. Malgré tout on aurait pu économiser 1,2 million en faisant un plan plus modeste. Mais on n’aurait pas eu de pataugeoire. Quand tu vois le nombre d’enfants qui jouent dans le parc…une pataugeoire c’est peut-être pas un luxe.

Finalement, ce qui nous a décidé c’est que de perdre 600 000 pour sauver 1,2 millions c’est peut-être pas l’idée du siècle. Néanmoins on va revoir les plans: il faut que les vrais points focaux du parc restent ces arbres centenaires et majestueux et non pas une piscine au look Hilton.

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lendemain de crise

10 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

J’ai finalement rendu les armes sur l’article d’hier et je l’ai modifié substantiellement. J’ai notamment effacé toute la partie critique sur les medias.

Quelques amis proches, quelques fines mouches, quelques blogueurs m’ont fait comprendre que le ton humoristique ne se prête pas à la fonction de maire. On m’a aussi signifié que les attaques en règle des medias - toutes valables qu’elles soient - s’apparentent au passe temps bien connu qui consiste à cracher en l’air. C’est vraiment poche; voilà une autre petite liberté que je perds (après celle de passer sur la rouge quand je suis à pieds). Je renonce donc par ce billet à m’amuser de façon outrancière et badine à pourfendre la médiocrité en la caricaturant.

Je le fais parce que je me suis laissé convaincre qu’on aurait assez de troubles à instaurer les réformes que nous voulons mettre en oeuvre pour qu’en plus la moitié de notre temps soit consacré à défendre le ton que j’utilise dans mes billets.

Mea culpa. On s’est bien amusé quand même le temps que ça a duré. ;))

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L’hérésie du stationnement

9 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Nous venons d’essuyer une autre petite tempête médiatique (une vingtaine d’entrevues medias et journaux) sur la très délicate question du stationnement (quand je dis nous, il s’agit surtout de Josée Duplessis et de Alex Norris à qui a été confiée cette grosse commande). C’est la deuxième fois que je me fais avoir en donnant une information à des journalistes sur un programme à venir alors que le programme n’est pas prêt.

Je ne suis pas certain que les effets soient si destructeurs. Certes nous avons été pris au dépourvu les deux fois et n’avons pas pu expliquer les subtilités de nos propositions, mais d’un autre côté ça a eu le mérite d’annoncer assez clairement le sens des changements que nous voulons faire. Pour plus de précisions sur la question de stationnement voici quand même quelques détails importants de notre vision.

  • Nous voulons instaurer une vignette blanche pour certains visiteurs qui restent garés toute la journée dans le quartier. Plusieurs parce qu’ils y travaillent; d’autres parce qu’ils ont pris l’habitude de venir en voiture jusqu’à certaines stations de métro et de se garer pour se rendre ensuite en métro au centre-ville. Parfois ce sont des firmes de location de voitures qui laissent les véhiculent dans la rue toute la journée; d’autre fois encore, ce sont les étudiants - comme ceux de l’école des métiers de la construction - qui y sont de 7 heures le matin à 23 heures le soir (à raison de 2 shifts par jour).
  • Dans bien des cas, ces gens veulent une vignette. Ils nous l’ont demandé sans relâche pendant la campagne. Les commerçants surtout, soit pour leur propre voiture; soit pour garer une camionnette de livraison par exemple.
  • Il n’est pas normal que quelqu’un qui vient en métro et en autobus doive payer une CAM; qu’un résident doive payer une taxe foncière ou une vignette mais qu’un visiteur permanent et fréquent ne paie rien.
  • Nous ne voulons pas pénaliser les commerçants - et surtout pas les commerçants qui sont vitaux pour le quartier. Nous allons prendre soin de moduler les vignettes pour permettre à quelqu’un de s’arrêter deux heures sans payer pour faire ses achats. Ou alors ce seront des zones de parcomètres qui permettront de faire des arrêts courts et pas chers. Par contre, il est tout à fait normal que quelqu’un qui vient passer 4 heures dans un bar et dépenser 100$ paie pour son séjour sur le Plateau (même si pour certains tenanciers de bars il est normal que la bière soit deux fois plus chère sur le Plateau  MAIS IL FAUT ABSOLUMENT QUE LE STATIONNEMENT SOIT GRATUIT!)
  • Nous ne voulons surtout pas pénaliser les résidents, au contraire : certaines zones de vignettes rouges ont été sur-vendues: il y a moins de places que le nombre de détenteurs de vignettes et nous voulons rectifier ce problème.
  • Nous voulons trouver une solution pour les résidents qui louent des voitures à l’occasion ; en leur fournissant un carton à gratter (ils grattent le mois et le jour) qu’ils mettent dans leur pare-brise les jours où ils ont besoin de se garer dans la zone de vignette.
  • Les mêmes cartons à gratter pourraient être vendus (2$? - je ne sais pas - je dis ça juste pour illustrer le fait que ça ne serait pas très cher) en paquet que les résidents pourraient donner à leur visiteurs occasionnels.
  • Il est aussi question de parcomètres sur certaines rues qui sont à la fois commerciales et résidentielles qui pourraient être gratuits pour les résidents et payants pour les visiteurs.
  • On peut aussi imaginer des parcomètres dont les deux premières heures seraient gratuites pour faire des achats pour les rues moins achalandées où il n’est pas nécessaire de générer un taux de roulement des véhicules;
  • On pourrait peut-être avoir une vignette qui permettrait aux résidents de se garer aussi sur les zones des vignettes de visiteurs (par exemple pour un résident qui fait des achats à l’autre bout du quartier).

Toutes ces propositions vont être débattues; réfléchies sous-pesés, complétées et au bout du compte la situation sera bien plus équitable pour tout le monde que le free for all actuel où c’est le même cochon de payeur de taxes qui paie pour tout le monde.

Nous prendrons le temps de  discuter des propositions finales dans le cadres de forums - sans doute plus élaborés que celui du déneigement puisqu’on doit s’attendre à plus de réactions.

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Lhasa

6 janvier 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Lhasa, comme Dédé  est morte beaucoup trop jeune. Il faudra faire de nouvelles places publiques pour que la pierre nous rappelle tous ces êtres géniaux et fragiles qui ont vécu parmi nous.

La présence de Lhasa dans notre quartier était un honneur. À la suite d’une enfance bohème à travers les États-Unis et le Mexique, Lhasa s’est installée à Montréal et y a trouvé une ville qui lui ressemblait, qui la stimulait et qu’elle chérissait.

Décrite comme « citoyenne du monde, une citoyenne de la musique », Lhasa était attachée à la diversité, à la tolérance et au dynamisme culturel qui caractérisent le Plateau. Sa contribution à l’enrichissement de cette dynamique aura marqué les deux dernières décennies et lui survivra.


« N’importe où dans le monde, ce ne sera jamais comme à Montréal », disait-elle. « Je me sens tellement chanceuse de vivre ici ».
Nous, nous étions chanceux de l’avoir.

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