Suite de l’article «1420 Mont-Royal: le débat»
Le récupération des espaces permettant de construire le parc du troisième sommet est un esti de bon move. Mais c’est loin d’être à la hauteur de ce qu’on attend de notre grande Université et de son site exceptionnel. C’est tout le campus de l’Université qui doit devenir un parc et redevenir par le fait même un vrai campus - significatif à l’échelle de la ville comme le sont les grandes universités américaines et comme l’est - juste de l’autre côté du Mont-Royal - l’Université McGill.

McGill
Ce n’est pas en multipliant les opérations immobilières qu’on va y arriver ; c’est en reconnaissant et en corrigeant les erreurs du passé. La première c’est d’avoir nié la montagne ; la seconde c’est de ne pas avoir créé un vrai campus - capable de supporter une vie étudiante, une volonté commune, une âme.
On ne règle ni l’un ni l’autre de ces deux problèmes en casant un parc sur le dernier terrain non construit. On peut et on doit continuer de développer l’Université sur la montagne tout en faisant du Flanc Nord un parc/campus unique au monde. Je le dis sans effet de toge. Je pense sincèrement qu’il ne faut pas viser plus bas compte-tenu du potentiel de l’endroit. Par ailleurs, toutes les universités ont le devoir de montrer à la jeunesse (et à la face du monde) notre façon d’entrevoir l’avenir ; la science, la culture, les savoirs. Il ne sert à rien d’investir encore dans une université qui ne remplirait pas cette mission et il faut investir beaucoup plus dans une université qui y parviendrait. Parce que dès lors qu’elle y arrive, l’université n’est plus simplement une boîte où on donne des cours, c’est la première constituante de la ville - bien avant une place des festivals, un parc nature à l’extrémité de l’île, une piste de course, un casino ou un musée.

Cambridge

Arizona University

Columbia University

Oxford
Standford - les places publiques des universités américaines sont souvent les places les plus importantes des villes où elles se trouvent. C’est toute la population qui s’identifie à ces espaces ou, plus métaphoriquement, qui célèbre le pacte avec la paix et la science que les universités signent en leur nom.
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Comment y arriver ? Je propose les principes suivants.
1) L’université doit rester sur la montagne. Toute l’Université. Unie, significative, humaine, citoyenne et verte. La tabarnak d’idée d’en mettre un boutte à Laval est tout juste bonne à alimenter un autre épisode d’Elvis Gratton. Celle de la développer sur autre campus (à la gare de triage) n’est pas bonne non plus - quoiqu’on puisse comprendre à la fois la Ville et l’Université de chercher un motif et du financement pour combler ce grand trou dans notre ville - mais il faut qu’elles cherchent ailleurs - et d’ailleurs il faut les supporter et les aider.
2) Il ne faut pas vendre le 1420. On ne vend pas sa mère. Point final. Les congrégations religieuses sont les ancêtres québécois de nos maisons d’enseignement. Mes yeux se mouillent quand je pense aux efforts surhumains qu’elles ont fait pour tirer le peuple vers le haut autrement qu’en les menant à l’église. Partout au Québec, les immenses couvents qui dominent les villes et les villages, pourtant pauvres, nous disent quelque chose sur l’ambition humaniste de nos ancêtres. Nous savons tous que Dieu est mort (Nietzsche) - mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. L’ambition de la Maison-mère de la Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, sa position sur la montagne; la noblesse de ses traits, sa préservation exceptionnelle en font un exemple remarquable de cet héritage. Y mettre des condos de luxe ? Vraiment ?
3) Il ne suffit pas de construire le très nécessaire parc du troisième sommet pour mettre le flanc nord en valeur. Il faut aussi construire un lien significatif entre les quartiers d’en-bas et le parc d’en-haut. Ce fameux lien c’est la «coulée verte» dont les aménagistes qui s’intéressent au Mont-Royal rêvent depuis des années. Cette coulée verte pourrait recevoir un chemin - comme le chemin Olmstead sur le Mont-Royal - qui serpenterait jusqu’au sommet en côtoyant des boisés, des étangs, des affleurements rocheux et des promontoires.
Pour préserver et aménager cette coulée verte, il faut arrêter le projet de Lassonde 2 qui reste à l’agenda de l’Université - même dans l’hypothèse où elle ouvrirait un second campus. On comprend, dans les circonstances, que le projet de déménagement n’est pas assorti d’un projet de mise en valeur du Mont-Royal ; il n’y a pas de vision du flanc nord, il y a juste une recherche de nouveaux développements immobiliers. Ce qu’il faut c’est justement le contraire : un projet de préservation qui identifie les plus beaux potentiels naturels, qui les préserve et qui s’en sert pour magnifier et humaniser l’Université.

Le cercle rouge indique l'emplacement du bâtiment à construire - le Lassonde 2. Les deux barres bleues délimitent la zone à préserver et à mettre en valeur : la coulée verte. Il est clair que le projet de coulée verte ne peut pas être significatif si on construit un immeuble en plein milieu.
4) Même en préservant la coulée verte, il reste bien assez de place pour construire les 50 000 ou même 70 000 mètres carrés nécessaires au développement de l’université (même si le chiffre me semble exagéré). En fait, pour développer une université qui soit vivante et qui génère une vraie vie de quartier, il manque des édifices au campus actuel. Le plan avancé par le syndicat des professeurs et monsieur Marsan (pour peu qu’ils abandonnent leur projet de construire un énorme bâtiment dans la coulée verte) me semble une bonne base de départ pour construire un campus vivant et convivial. Il faut que les bâtiments descendent en bas, sur Edouard-Montpetit, autour de la station de métro ou dans certains espaces moins importants comme autour des résidences étudiantes (tout en préservant le boisé entre les deux). L’idée de piétoniser la rue Louis-Colin pour faire un lien avec les HEC me semble géniale. L’idée de détruire quelques vilains blocs appartements sur Édouard-Montpetit à l’ouest de Louis-Colin pour construire des petits pavillons ouverts sur la rue est aussi prometteuse.
Il faut ajouter des résidences étudiantes, implanter quelques commerces, une librairie, quelques cafés, une épicerie ; il faut donner pignon sur rue aux associations étudiantes plutôt que de les enfermer dans une bâtisse. Peut-être y a-t-il un besoin pour une autre garderie - elle aussi ouverte sur la rue et accueillant les résidents des alentours. Il faut surtout penser à construire à échelle humaine ; à faire un réseau de bâtisses qui laisse de l’espace pour des lieux de rencontre, des chemins piétons, des terrasses et toute la quincaillerie nécessaire à la vie.

L'université du Bosphore en Turquie : les petits personnages qu'on voit dans l'herbe sont des étudiants. Excellent exemple de ce qui pourrait être fait autour de la station de métro.

Université de Toronto. Pas une merveille mais quand même un exemple d'un truc impossible à trouver à l'Université de Montréal : un bâtiment qui ouvre sur une cour autour de laquelle il est organisé - avec des grands portes fenêtres qu'on imagine ouvertes en été. Tout-à-fait réalisable sur Édouard-Montpetit.
Bien entendu, ce plan sera moins cher que celui qui consiste à vouloir déménager sur un autre site qu’il faudra d’abord décontaminer, où il faudra construire des égouts et un réseau d’aqueducs, des routes et des trottoirs, et où il faudra, ne pas l’oublier, planter un petit sapin.
5) Il faut revoir le rapport entre architecture et nature différemment. La nature doit envahir l’université de façon intime et systématique. Elle doit s’infiltrer jusque aux parois et contours des bâtiments qui doivent par ailleurs s’ouvrir sur elle.

Duke University - Oubliez les bâtiments de pierre grise : ce qui est intéressant ici c'est la nature comme élément unificateur. Parfois boisé, parfois jardin, parfois allée, elle domine et unit l'ensemble qui s'y perd et s'y marie.

Notre-Dame - une université complètement différente de l'UdeM : il ne s'agit pas de les comparer. Mais notez que le stationnement est confiné à une extrémité et que tout le réseau de chemins est piéton, ce qui confère automatiquement une échelle humaine à l'ensemble pourtant majestueux.

- Petronas University à Manille : le mariage entre architecture moderne et milieu naturel est donc possible ? Vous remarquerez que la jeunesse des arbres indique qu’ils viennent d’être plantés ; un concept étranger à l’Université de Montréal.
Pour ce faire évidemment il faut diminuer d’un minimum de 50% le stationnement sur la montagne (rappelons que l’Université est assise sur trois stations de métro) et de 75% l’espace asphalté. Vous pensez que c’est impossible ? Regardez ce petit bout de l’université de Glasgow.

Chacun des espaces dont nous nous sommes moqués dans la première partie peut être réinventé avec cette nouvelle vision.

Cet endroit est une des plus belles terrasses de Montréal - par beau temps on y voit les Laurentides

Mexico University pourrait peut-être servir de référence pour la terrasse de l'Université de Montréal

Ici tout est possible : chemin boisé où les arbres sont sculptés par les vents qui soufflent à cet endroit ; alcôves de verdure protégées par des arbres ; clairières en terrasse liées par des escaliers ; foisonnement de graminées qui envahissent l'espace jusqu'à venir frôler les bâtiments...

Il va sans dire que ce chemin des amoureux doit disparaître. Il pourrait être remplacé comme le proposait Jean Décarie, il y a de cela bien longtemps (et Ernest Cormier avant lui), par des bâtiments dont les toits seraient des terrasses vertes et les espaces les séparant des chemins qui montent vers le sommet.

- Cape Town University : oubliez le pic rocheux - imaginez à la place la tour du bâtiment principal. Notez la création d’un espace à échelle humaine dans un site grandiose. Contrairement à ce que semblent avoir pensé les aménagistes de l’Université de Montréal, les piétons ne sont pas réfractaires à l’effort - ils le sont au « no man’s land ».

- Cormier avait prévu, au pied de la tour, un hémicycle extérieur qui aurait pu recevoir, par exemple, les plaques commémoratives des étudiants et professeurs émérites. Puis vinrent les barbares qui ont choisi d’y mettre plutôt du stationnement. Cet espace protégé du vent serait idéal pour disposer des chaises libres sur un sol gazonné ; les bustes des grands hommes et des femmes remarquables tout autour veillant sur les travaux des étudiants - sur leurs amours aussi.
J’arrête ici parce que ce n’est pas mon arrondissement ;)) Je n’ai pas eu le temps de développer les aspects financiers et la faisabilité technique. Rien d’insurmontable à première vue. Si on veut repenser cette université à demi-morte qui réussit de moins en moins à laisser des souvenirs à ceux qui l’ont fréquentée ; si on veut préserver et mettre en valeur le Flanc Nord; si on veut se doter d’un parc/campus qui envoie au monde le message de nos valeurs collectives - il faut reporter la vente du 1420 de quelques mois ne serait-ce que pour donner le temps à ceux qui ont une vision différente de développer une alternative significative au regard de l’histoire.










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