Ce matin, à l’aube, j’ai aperçu une poignée de commerçants armés de piques et de fourches s’en allant attaquer un moulin à vent. Semblerait que le maire du moulin propage le choléra dans l’île.
M’est avis que le temps est venu de préciser une chose ou deux.
Voici donc deux articles sur la question du stationnement
Article 1 de 2 : le maire Ferrandez veut notre mort à tous ;
Article 2 de 2 : la guerre consiste à tirer sur les ennemis – pas dans ses pieds.
Article 1 : le maire Ferrandez veut notre mort à tous
Certains commerçants sont en colère. Fair enough. Certains s’inquiètent plus qu’ils ne sont en colère et voudraient être écoutés et pris en considération : fair enough. Mais ce serait bien qu’ils soient en colère et inquiets pour les bonnes raisons.
Ce n’est pas avec la stratégie «à soir on fait peur au monde» de monsieur Dépatie que vous allez avoir les bonnes raisons. Quant à l’autre partie de la stratégie «à soir on fait peur à Ferrandez» ; elle révèle sa mauvaise lecture de la situation. Luc Ferrandez exprime les souhaits de toute une partie de la population qui a voté pour lui. Je doute que les commerçants aient envie d’aller à l’encontre de toute une partie de la population.
Dans cette section, je vais donc expliquer clairement la vision de cette partie de la population et préciser en particulier les éléments qui concernent le stationnement. Après lecture de ceci, votre colère sera considérée comme légitime.
La situation actuelle
Le problème de stationnement n’est pas lié aux projets de Ferrandez. Il est lié à une situation qui se dégrade lentement. Regardez par la fenêtre ; écoutez vos clients. Il y a un problème de stationnement maintenant. Il y a un problème d’accès maintenant. L’administration en place n’a encore pourtant rien fait – ou si peu. Pratiquement aucune mesure importante de stationnement et d’apaisement n’a été implantée. Il reste encore un peu de place pour vos clients – oui ; mais vous voyez bien que ça empire à chaque année ? Vous voyez bien que dans 5 ans, il ne restera plus une traître place – même sur les rues résidentielles. Et il n’y a pas que le stationnement. Il n’y a pratiquement pas une journée où les ponts et les autoroutes qui entourent la ville ne sont pas bloqués - même le soir. Partir des banlieues pour sortir en ville est une activité en diminution et va continuer de diminuer. Un producteur de spectacle me racontait que ses clients louaient le St-Denis pour 2 mois il y a quelques années ; maintenant ils le prennent pour deux semaines et font ensuite une tournée dans les banlieues.
Les relations entre la ville et la banlieue changent ; les conditions de la mobilité changent ; l’envie et le besoin que les gens ont de sortir de chez eux changent. Tout cela pointe dans une direction : la décroissance de la force d’attraction du commerce sur rue. Vous pouvez poser autant d’affiches que vous voulez pour dénoncer ce phénomène – il est là pour rester et s’aggraver.
La disponibilité du stationnement et la prospérité
· Sur la rue St-Hubert (dans Rosemont) un grand nombre de maisons sur les rues adjacentes on été détruites dans les années 70 pour créer des places de stationnement. Ça n’a eu aucun effet sur l’achalandage et la rue a périclité pendant 30 ans. Elle remonte depuis dix ans alors que le stationnement est de plus en plus difficile.
· Sur les parties de la rue St-Laurent et Av du parc qui en arrachent, il y a beaucoup de places disponibles – et le stationnement n’est qu’à 2$. Ça ne génère pas de la prospérité pour autant.
· Il y a des commerces de la rue St-Denis qui ont toujours vécu au milieu d’une grande rareté de stationnement – et qui se sont agrandis récemment – tant la clientèle est nombreuse (Renaud Bray, Courir, Barouf et Zone). Je pourrais aussi nommer St-Hubert qui a doublé son nombre de tables sans que son stationnement augmente d’une seule place.
· Les quartiers les plus courus du monde sont des quartiers où il n’y a pratiquement aucune place de stationnement (SOHO à New-York, Le Marais à Paris, Notting Hill à Londres etc.). Vous trouvez que nous ne sommes pas à la hauteur de ces quartiers : think again.
Je ne voudrais pas prétendre pour autant que le commerce sur rue est facile et que le stationnement n’a aucun impact sur la clientèle. D’abord, je n’ignore pas combien il doit être usant de se faire dire par un client sur deux «j’aime bien votre commerce – si seulement il y avait du stationnement je viendrais plus souvent». À la longue ça doit être pénible.
Je sais aussi que bien des commerces vont finir par crever si l’accès diminue et le stationnement se fait de plus en plus rare. Pour certains de ces commerces, c’est une cause perdue – mis ils sont rares (à preuve, ces nombreux commerces de matelas qui ont commencé à réapparaître ces dernières années après avoir disparu pendant une décennie). De façon moins dramatique, certains commerces ne vont pas pouvoir développer leur plein potentiel. Je pense par exemple à un gym qui aurait le potentiel pour attirer du monde des quartiers avoisinants et dont la croissance dépend des places de stationnement. Un autre exemple semblable mais encore plus grave : l’école de danse Louise Lapierre dont on voit des tonnes de mamans sortir pour aller faire des achats pendant les cours de leurs gamines. Les difficultés de stationnement font mal à cette école, c’est un fait.
Notre stratégie ne consiste pas à dire qu’il n’y a pas de problèmes de stationnement et qu’il n’y a aucun lien entre stationnement et chiffre d’affaires. Elle consiste à dire que le lien n’est pas automatique et que là où il l’est, on est déjà dans le brun. Par contre, nous pouvons encore travailler sur une activité commerciale plus dynamique, plus adaptée et sur des solutions de stationnement plus intelligentes.
Résidents, commerçants et visiteurs unis ?
La base de notre stratégie est d’attirer des consommateurs et des visiteurs – même dans un contexte de stationnement difficile. En bref, il s’agit de faire du quartier une destination unique au Québec, au Canada, en Amérique du nord et dans le monde. C’est t’y pas beau ça? Pas un Walt Dysney. Pas un décor urbain pour que quelques commerces de pacotilles et une multitude de bars puissent faire des affaires. Un vrai quartier : humain, vivant, plein de monde, vert, fleuri, convivial, propre, sécuritaire, digne de son passé et tourné vers l’avenir. Si le nombre de familles continue de diminuer ; si le nombre d’exclus continue d’augmenter, si le nombre de lofts de production pour artistes continue de chuter : nous allons échouer. Une grande partie des commerçants vont faire plein de fric s’ils acceptent de comprendre que cet argent ne peut pas être généré par les touristes de Repentigny qui viennent uniquement en char et qui espèrent trouver une place gratuite sur la rue – ou, au pire, sur la rue résidentielle à côté. En d’autres mots la gang qui laissent des messages sur tous les blogues médiatiques pour dire «ben moi c’est fini, j’irai plus sur le Plateau s’il faut que je paye 6$ pour me garer – est perdue pour vous de toutes manières».
La part de votre clientèle qui va augmenter ce sont les 10 000 résidents de plus que nous comptons attirer ; c’est celle qui vient en transport en commun ; celle qui accepte de payer pour se garer ; celle qui vient en vélo ; celle qui reste toute la journée ; celle qui voyage ; celle qui ne vient pas pour faire des achats mais qui finit par acheter quelque chose quand même. À propos de celle qui vient en transport en commun - elle va exploser : ouvrez la presse du samedi et regardez combien d’unités de condos sont en construction partout à Montréal sur les abords des stations de métros. Ce qu’il faut trouver, c’est une valeur ajoutée assez forte pour qu’ils choisissent nos rues pour venir faire leurs achats.
Cette vision ne règle pas tout. Il faut aussi trouver des places de stationnement pour ceux et celles qui vont continuer de vouloir venir en voiture – par exemple les mamans de l’école de danse.
Le parcojour
On ne peut pas accrocher des voitures dans les arbres. Si on veut faire de la place pour certains visiteurs ; il faut que d’autres abandonnent leur voiture. Il n’est pas normal que la demoiselle de 19 ans qui travaille chez Jean Coutu se gare devant chez moi – à 40 mètres de la rue Mont-Royal – toute la journée et coupe une place de stationnement à une dizaine de clientes de l’école de danse ou de l’Aubainerie. Elle doit trouver un autre moyen de se déplacer. Pour l’aider à changer d’idée, il faut que nous facturions ces places. C’est comme ça que nous en sommes venus à penser au parcojour.
Le parcojour permet à n’importe qui de se garer sur une rue à condition de défrayer un tarif fixe par jour. Pour les résidents, c’est le coût de la vignette, pour les visiteurs occasionnels, c’est un ticket qui peut varier de 5 à 7$ tandis que pour les visiteurs qui viennent tous les jours, c’est une vignette qui revient à 3$ à 6$ par jour. Pour les visiteurs des résidents c’est 1$ et pour les bénévoles des OBNL c’est gratuit.
Avec le parco-jour on espère décourager 25% des utilisateurs actuels (surtout des travailleurs) – pour qu’il reste de la place pour les résidents et les consommateurs. Est-ce que le consommateur ou le travailleur dans votre commerce va être content de payer 5$ par jour alors qu’en ce moment c’est gratuit ? NON. Est-ce que certains consommateurs vont préférer payer 5$ pour avoir la paix pendant 24 heures, et trouver une place : OUI.
Ce qu’il est important de comprendre c’est que le parcojour a été développé en grande partie pour les commerçants. Vous allez voir dans la seconde partie.
Le parking sur rue à 3$
Avec la possibilité de se garer pour 24 heures pour un montant fixe de 5, 6 ou 7$ (en parcojour), les seuls utilisateurs qui vont choisir de se garer sur des zones de parcomètres à 3$ sont des gens qui font des arrêts rapides. C’est la raison pour laquelle nous proposons un tarif élevé. Il faut qu’il y ait de la place et du roulement sur les rues commerciales. Tu vas chercher les fameuses brochettes de Latina ; t’en a pour 30 minutes ; ça te coûte 1.50$ tu repars. La même place devrait être occupée 15 fois dans la journée – au minimum.
Voilà notre vision. Ah oui, j’ai oublié de vous parler de notre envie - à travers tout ça - de dynamiter les autos et de faire rôtir les conducteurs. Mais comme d’autres en parlent abondamment je me suis permis cette omission.
Suite dans l’article 2 de 2 : la guerre consiste à tirer sur les ennemis





























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