Archive pour l'auteur

Vive la France - Vive le Portugal

24 juin 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

En cette belle journée de repos de la St-Jean - alors que les bruits de la rue reprennent mollement après la pluie - je trouve enfin le temps d’écrire ce que je voulais dire à nos cousins français depuis une semaine : ne vous en faites donc pas tant.

Votre équipe a été pourrie; les dissensions qui l’habitent ont été exposées au regard du monde; ses défauts se sont avérés plus que de simples travers ou lacunes - ce furent des éléments destructeurs, immobilisant son talent, éliminant son énergie, révélant l’individualisme borné de ceux qui croient au «je» jusqu’à la lie  - au détriment du «nous» même dans les moments sacrés. Et puis, il y a cette sourde assurance-dégoût que la machine à peopolisation qu’est devenue votre télé, réhabilite dans quelques jours ou dans quelques semaines les goujats qui vous ont humilié  - tant il est vrai qu’en France la popularité médiatique est toujours la plus importante des valeurs.

Mais tout cela, n’est rien - ou mieux encore -  n’est que le côté négatif de biens des qualités qui vous font briller en d’autres circonstances. Vous êtes un peuple génial dont la surprenante  hystérie n’efface pas la valeur. Les anglais et les italiens sont aussi mauvais que vous cette année ; les Espagnols l’ont été depuis toujours, les allemands n’impressionnent pas. Tous ces peuples choisiront de régler leurs lacunes différemment: les italiens en tentant de justifier, les anglais en cherchant un prochain succès réparateur, les Espagnols en mettant les projecteurs sur les autres cancres. Vous, à votre bonne habitude, vous claquez les portes, cassez la vaisselle, déchirez votre chemise. Est-ce pire ? Il me semble que le premier psychologue venu dirait au contraire que c’est plus sain.

Vous vous sentez nuls de n’avoir marqué qu’un seul but - comme si la position en fonds de baril était une expérience typiquement française. Vous avez donc oublié l’innommable équipe américaine de basket à Athènes en 2004 . Rossée par Porto  Rico, la Lituanie et l’Argentine, elle n’avait tiré des américains moyens qu’un vague haussement d’épaules. Ce n’est pas d’être nul qui est une expérience typiquement française: c’est d’y trouver tant de déception.

Vous pensez que la zizanie des bleus est typique de votre société, ses clans, leur mutuelle exclusion ? J’aime mieux vos problèmes que de constater combien facilement d’autres grandes nations les ont évités en s’assurant que le blanc domine outrageusement leur alignement alors que la couleur remplit leurs rues.

Le seul défaut que je vous reconnaisse est d’être trop durs envers vous-mêmes et donc envers les autres. Alors si Raymond, Patrice ou Nicolas, vous sentez que vous avez besoin de repos, il me fait plaisir, en tant que maire de l’arrondissement le Plateau Mont-Royal de vous inviter à rejoindre les dizaines de milliers de vos concitoyens qui ont aussi quitté la France - parfois momentanément - pour venir goûter une Amérique française moins articulée peut-être, moins développée souvent, mais aussi plus prompte au pardon - et donc plus confortable. Sans l’avoir vérifié, je suis certain que la «Vache qui pète» vous offrira le café et «le Barouf » l’apéro. Et moi j’irai vous chercher à l’aéroport.

Et maintenant… Força Portugual !!!!

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C’est pas moi, c’est lui.

24 juin 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Une dame m’apostrophe dans la rue. Elle tente d’être gentille avec moi mais elle est vraiment stressée - on sent le sens de l’urgence et de l’indignation. Elle me dit «monsieur le maire (en passant y’a jamais autant de monde qui m’a appelé monsieur), je reçois de la famille de Québec en fin de semaine et avec toutes vos décisions, y’a plus une seule place pour se stationner».  Madame, que je lui réponds, regardez autour de vous et indiquez-moi une seule décision que nous avons prise qui élimine du stationnement dans le quartier (pour être tout à fait honnête, il y en a quelques unes : nous avons autorisé 11 terrasses sur chaussée (donc élimination pendant la période estivale de 22 places de stationnement); nous avons retiré 36 places de stationnement dans le parc Laurier (et en avons recréé 28 autour du parc) et nous avons éliminé environ 30 dans le parc Lahaie . En tout donc,  60 places éliminées sur 45 000 places dans le quartier). Mais dans le coin où nous étions aucune place n’a été retirée. La dame a réfléchit un moment et est arrivée à la conclusion que nous n’avions retiré aucune place. Cette femme était intelligente; elle était entourée par une mer de voitures garées gratuitement dans la rue et elle était persuadée que le problème trouvait son origine dans les décisions des méchants-élus-qui-cherchent-à-éliminer-les autos ;(( !!!@#?&!!!!! Toutes les autos. Qui n’arrêteront pas tant qu’il en restera une seule. La dernière on la mangera dans une réunion du parti tenue dans les catacombes.

La vérité, c’est que dans ce quartier, deux restaurants viennent d’ouvrir et qu’ils attirent environ 70 automobilistes chacun. Voilà où les places sont passées. La vérité, c’est que personne n’est un ennemi plus acharné de l’auto et de l’automobiliste que l’autre automobiliste. C’est lui qui vole les places disponibles; c’est lui qui ralentit le trafic; c’est lui qui se gare n’importe comment, qui s’arrête pour faire descendre quelqu’un , qui se gare en double, c’est lui, lui ,lui.

Pas moi.

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Les seigneurs de l’île

18 mai 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

J’ai fait pas mal de vélo dans les Alpes et les Pyrénées. Outre la beauté époustouflante des routes, une chose m’a frappé. À chaque fois que je croisais un crack qui avait le vélo de l’année, un suit dernier cri , un casque à 300 piasses pis des souliers pas encore disponibles en vente au détail mais qu’il avait pu se procurer parce qu’il connaît le représentant de Time… c’était un Québécois. Va savoir pourquoi. Les Allemands, les Américains, les Français, les Espagnols, les Néerlandais, les Italiens étaient pas tout nus mais ils n’avaient pas la superbe des Québécois.

La plus part du temps, le suit et la qualité du vélo ne sont pas de vaines décorations – les gars et les filles qui les portent opèrent en masse. Vraiment, il règne au Québec une ambiance à nulle autre pareille où la performance en vélo fascine et motive des milliers de citoyens. Contrairement aux autres sports, ce ne sont pas seulement les ptits jeunes (qui ont encore un avenir) qui s’investissent dans l’entraînement intensif, mais aussi tout un peuple de mononcs qui se donnent à fond juste pour dire à leurs chums qu’ils ont roulé à 38 Km/h une journée de vent épouvantable et en tirant le peloton – oui monsieur.

À Montréal, le circuit Gilles Villeneuve est le quartier général de tout ce beau monde. C’est un équipement dont peu de villes disposent. À deux pas du centre-ville c’est le plus beau hub de cyclisme de performance qu’on puisse imaginer. La dernière fois que je m’y suis pointé j’ai vu toute l’équipe de McGill – vêtue de rouge, comme il se doit travailler fort pour suivre un peloton de six rigolos qui devaient avoir deux fois leur âge. Les gars en avant ont toffé 3 tours sans donner un mètre. La fois d’avant j’ai essayé de suivre des jeunes filles dans la vingtaine ; j‘ai lâché après deux tours. Je les ai revues, arrêtées, un peu plus tard et je leur ai demandé ce qu’elles mangeaient. Une p’tite vite m’a répondu « c’est plutôt ce que tu manges qui devrait t’inquiéter ». Mouin….

Tout ça pour dire qu’il se développe sur le circuit Gilles Villeneuve un mini culture sympathique et unique à Montréal.

Les dirigeants de la Société du Parc Jean Drapeau (SPJD) ont décidé – sans mandat pour le faire – que l’accès à leur stationnement réservé et gratuit avait plus d’importance que le développement de cette culture sportive naissante.

S’appuyant sur des arguments humiliants pour ceux qui ont eu la répugnante tâche de les écrire (il faut bien gagner sa vie), ils s’autoproclament les propriétaires des îles et s’arrogent le droit exclusif de passage et de stationnement gratuit au détriment de la population qu’ils ont été mandatés pour servir. Cette appropriation de l’île a pris la forme d’une décision d’expulsion des cyclistes de performance ou, ce qui revient au même, une proposition pour les confiner à des entraînements de 5h à 7h00 le matin et autour du bassin de 12h30 à 15h00.

Bien entendu ce n’est pas comme cela qu’ils présentent les choses. Amusons-nous à analyser la couverture de leurs mensonges :

Mensonge premier : la sécurité. Il est vrai que le vélo d’entraînement est un peu dangereux – les gars roulent en peloton à des vitesses impressionnantes. S’ils se font dépasser par une fille, ils tentent par tous les moyens de reprendre la tête (en la perdant) et deviennent dangereux. Mais la SPJD se fout éperdument de la sécurité. Si elle s’y intéressait, elle ne proposerait pas d’envoyer des milliers de cyclistes tourner en rond autour d’un bassin carré. Les angles y sont à 90 degrés : de qui se moque-t-on ? Elle aurait aussi pu mettre en œuvre des moyens simples de diminuer les accidents – notamment en gérant les intersections et en ségrégant les usages (soit physiquement soit avec un système d’horaires). Mais il est de notoriété publique qu’elle cherchait justement à faire la démonstration inverse. Finalement, les 21 accidents s’étant produits (pour 500 000 cyclistes) servent leur besoin d’appropriation.

Mensonge deuxième : les livraisons. Franchement !!! Des villes entières concentrent les livraisons pendant certaines heures mais la SPJD ne serait pas capable de gérer la fourniture de 3 revels et de deux chips au ketchup à la plage Doré : vite un docteur en logistique !!!

Mensonge troisième : le montage et le démontage des estrades. C’est un travail en deux temps : amener le matériel, et le monter. Le montage ne nuit pas aux cyclistes : il se fait sur le bord de la piste. Le transport du matériel, oui. Mais il peut être fait sur quelques jours et pendant des heures précises : le matin par exemple et jusqu’à midi s’il le faut : la plupart des cyclistes arrive en après-midi.

Mensonge principal : la circulation des automobilistes. Il y a quatre grandes sources de circulation : le bassin d’entraînement ; le casino ; la plage ; et le stationnement des propriétaires autoproclamés de l’île. Passons-les en revue.

  • Le bassin d’entraînement (+ ou - 60 voitures par jour). Ce sont des athlètes et ils sont tout-à-fait ouverts à la recherche d’une solution pour que d’autres athlètes puissent s’entraîner. En passant par le pont du Cosmos et le chemin du Canal Lemoyne – plutôt que par le pont de la Concorde ils ne seraient jamais en contact avec les cyclistes.

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  • Le casino : il n’y a aucun croisement entre le circuit Gilles Villeneuve et les accès automobiles au Casino. Il est possible de circuler sur le circuit quand on quitte le stationnement du Casino, mais c’est accessoire. Il suffirait d’une toute petite barrière pour l’empêcher sans aucun désavantage pour les automobilistes (outre le fait qu’ils seraient privés de se promener en voiture sur le circuit).

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  • La plage. Il est possible d’isoler complètement les voitures qui se rendent et qui reviennent de la plage du circuit Gilles Villeneuve justement en les faisant passer par la route autour du bassin.

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Il y a un seul groupe d’automobilistes qui est en concurrence incontournable avec les cyclistes et ce sont les employés de la Société du Parc Jean Drapeau. dd


Solutions

La première chose à faire est de tarifer le stationnement des administrateurs de la SPJD au coût du marché - disons à 200$ par mois en été et beaucoup moins en hiver (en été le tarif dissuasif s’explique par le fait que la marche vers le métro est d’environ 10 minutes donc tout à fait possible. En hiver, ces dix minutes sont plus pénibles et les voitures ne gênent pas).

Avec les revenus (estimés à 180 000 $ net par an), il faudrait organiser et encadrer le circuit comme un vrai site d’entraînement. À  l’époque du vélodrome, les frères Van den Eynde donnaient accès à la piste au grand public (autrement plus dangereuse que le circuit) après avoir donné quelques conseils et en exerçant un peu de surveillance. On pourrait faire la même chose sur l’île Notre-Dame.

Il reste l’épineux problème de la circulation des employés de la SPJD sur la piste. Est-ce un vrai problème ? Le matin ce n’en n’est pas un ; les employés arrivent bien avant les vélos. Le soir, il faudrait un système de feux intelligents où les automobilistes seraient avertis que la voie est libre (elle l’est très souvent). Évidemment il faudrait  attendre quand elle ne l’est pas ; mais on attend pour le train ; on attend pour la congestion ; pourquoi ne faudrait-il pas attendre pour faire passer des vélos ?

Actions

Monsieur De Sousa, responsable des parcs et madame Worth, responsable des sports et loisirs devraient former un petit comité de travail duquel bien sûr serait exclue la SPJD puisqu’elle a un intérêt évident dans l’affaire. Ce sont deux personnes intelligentes et axées sur les résultats. Avant septembre ils auront trouvé, s’ils s’y mettent, une solution qui donnera tout l’avantage aux vélos pour qui c’est un site aussi naturel qu’idéal et qui imposera quelques contraintes aux employés et diriegeants de la SPI.  En procédant rapidement, ils réussiront aussi à protéger quelques vies humaines. En effet, en admettant que le ridicule tue, on doit conclure que  des vies sont en danger.

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Turcot: same old, same old.

24 avril 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

En 2001, au plus fort de la lutte contre la construction de l’autoroute Notre-Dame en tranchée, le ministre des transports Chevrette – qui ne venait jamais en ville sans son appareil photo (il y a tant de choses à voir) est remplacé par Serge Ménard dont une des premières décisions sera d’inviter les opposants au projet à lui parler de leurs résistances.

À cette rencontre que j’avais la charge d’organiser, monsieur Ménard invite le responsable de la planification des travaux du MTQ pour la région de Montréal, monsieur X dont je tais le nom par sollicitude pour sa famille. Le monsieur prend la parole avec l’assurance de quelqu’un qui représente le gros bon sens. Il  nous explique pour commencer que sa vie est un enfer tant il est souvent pris dans les bouchons. Je lui demande pourquoi il ne prend pas les transports en commun ; il me répond qu’il n’aime pas (pas qu’ils sont inadéquats dans sa ville ou que les horaires correspondent mal aux siens, ou qu’il les prend parfois quand son horaire le permet et que le trajet s’y prête – non, juste je n’aime pas). Je lui demande pourquoi son ministère n’a pas fait de travaux sur le potentiel de développement des quartiers Hochelaga-Maisoneuve et Centre-Sud en considérant une ouverture sur le fleuve ; il me répond que son ministère s’occupe du transport, pas de l’habitation. Je lui signale que le port à un endroit précis est trop étroit pour être utilisé à des fins portuaires  et qu’on pourrait étendre le quartier jusqu’à la rive si on évite la construction en tranchée ; il me répond qu’il ne s’occupe pas des questions portuaires. Dans l’ascenseur, devant notre acharnement et notre détresse de voir que rien n’a été pensé pour défendre et mettre la ville en valeur, il me dit sur le ton d’une consolation – devant 5 témoins – vous savez, la ville, c’est surtout pour les étudiants et les immigrants. C’était le directeur de la planification pour Montréal. Il est toujours à l’embauche du Ministère très haut dans l’appareil.

Abasourdi, je n’ai pas répliqué. Dieu soit loué j’aurais fait la grande erreur de dire des choses que j’aurais regrettées par la suite (comme le fait que selon moi le MTQ a toujours été dirigé par des attardés sociaux que seul le fantasme d’une retraite prochaine dans une roulotte en Floride garde en poste au mépris de la douleur que génèrent, dans l’intervalle,  les horreurs qu’ils construisent aux quatre coins de la province).

Maintenant, je réalise qu’ils ne sont pour rien dans l’œuvre de destruction qu’ils imposent partout où ils passent. Je réalise que ce n’est pas parce qu’ils n’ont aucune compréhension du territoire qu’ils sont si malfaisants ; c’est parce qu’ils n’ont aucune compréhension du territoire qu’ils sont choisis.

Disons les choses comme elles le sont, la dernière chose que veulent les ministres d’un gouvernement provincial ce serait un ministère du Transport qui aurait la faiblesse d’écouter le milieu. Pensez à combien se chiffreraient les demandes d’un tel ministère. Des gens qui auraient des yeux pour voir et des oreilles pour entendre auraient sans doute la faiblesse de proposer des routes qui passent dans l’arrière-pays au lieu de détruire les berges du fleuve ; des routes qui contournent des villages ayant un intérêt patrimonial ou architectural ; un échangeur qui permettrait de réinventer toute une partie de la ville. Toutes ces propositions nous obligeraient rapidement à conclure :

1) Que nous n’investissons pas assez dans la construction de nos routes ou que nous construisons trop de routes (entendu que la construction d’une route devrait nécessairement inclure la préservation et la mise en valeur du milieu qu’elle traverse et la maximisation des transports actifs et collectifs).

2) Que la seule façon de se doter de ce type d’infrastructures est d’en faire payer le coût complet aux automobilistes.

3) Que la plupart des automobilistes (donc la quasi totalité des Québécois) est bien assez mature et civilisée pour comprendre ça surtout si on lui dresse la liste des lieux qui pourraient être préservés et mis en valeur.

4) Que les automobilistes montréalais ont les moyens de se payer des routes exceptionnelles – parce qu’ils sont nombreux. Et des échangeurs exceptionnels aussi. 4 million de passages par jour sur l’île à 2$ par passage x 365 jours ça rapporte 3 milliards par an. Un échangeur est bon pour un minimum de 40 ans. À 4 milliards de dollars, un échangeur de qualité ne représenterait que 3% des revenus des péages pour cette période. Ajoutons les coûts de maintenance on monte à 4%. Il reste bien assez d’argent pour financer d’autres projets majeurs, des tramways, des réseaux cyclables, un fonds de lutte contre la pollution, et, s’il reste du change, envoyer un bouquet de fleurs de condoléances à la ministre Boulet.

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Ubisoft

27 mars 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Madame Hamelin - une parisienne élégante et légèrement inquiète  - a débarqué de Paris dans nos modestes bureaux cette semaine pour venir discuter du plan long terme de développement de sa compagnie - Ubisoft. Je m’attendais une rencontre de courtoisie et quelques échanges prospectifs sur l’avenir de l’entreprise. Nope. L’entreprise (qui compte 1800 employés sur le Plateau et espère croître jusqu’à 3000 dans les prochaines années) évalue plusieurs options à mettre en oeuvre à la fin de son bail en 2013. La décision doit être prise maintenant. Genre, vraiment maintenant. Partiront-ils dans les vastes usines Chabanel avec leurs deux stations de train de banlieue et la disponibilité du stationnement aux alentours ou resteront-ils dans notre vétuste Plateau.

Les désavantages du Plateau sont nombreux. Le coût du pied carré y est plus élevé; le stationnement est rare; le bel édifice dans lequel ils logent ne suffit plus et il est possible qu’ils doivent séparer leurs effectifs sur deux sites.

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Ils s’inquiètent aussi de l’immobilisme du développement dans le quartier - notamment dans le vaste champs à l’arrière et sur les rues industrielles avoisinantes.

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J’ai tenté de faire comprendre à dame Hamelin que notre village s’enorgueillit de leur présence mais aussi qu’ils s’enorgueilliront de leur présence dans notre village dans les années à venir - pour peu qu’ils y restent. Je lui ai parlé de notre vision du quartier - qui consiste essentiellement à remettre en cause chaque centimètre de non-lieu; mais dans la frugalité. Je lui ai parlé de réseau vert; de bio-diversité; de ruelles et de rues plus propres, plus conviviales, plus fleuries;  des mini places publiques que nous multiplieront; des marchés publics en développement; du changement de tout sans rien remettre en cause que la médiocrité, le désamour de l’espace public, l’omniprésence de la voiture, la singulière habitude des habitants du Plateau de considérer la rue comme une décharge à ciel ouvert et quelques autres détails sur le point de changer. Je lui ai surtout dit que la qualité de vie est constituée de plusieurs couches allant de l’espace presque privé (les cours, les balcons, les ruelles) à l’espace de voisinage (les places, les marchés, les écoles, les rues commerciales, les églises)  aux grands espaces publics (les grands parcs, les grandes instituions, les grandes places). Que le Plateau, à l’inverse des grandes villes européennes, pouvait magnifiquement développer les deux premières couches et qu’il peinait pour la troisième. Dès lors, le charme ne se jette pas sur le visiteur lorsqu’il arrive tout juste. Mais en restant sans bouger au coin d’une rue, un jour de printemps, on comprend tout à coup que c’est un quartier unique. Et on le comprendra mieux dans quatre ans.

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Voilà. La dame est repartie un brin déçue. En Europe, les villes développent leur personnalité par la troisième couche et elle s’attendait que je lui parle des projets concrets qui modifieront les espaces immobiles du quartier Saint-Viateur est.

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Elle s’attendait à constater un souffle porté par plusieurs millions d’investissement. Elle s’inquiétait aussi beaucoup de notre incapacité à négocier des passages par dessus la voie ferrée - notamment vers le métro Rosemont. Nous avons dû benoîtement lui avouer qu’en Amérique , un maire - même celui de la grande ville - ne pouvait pas influencer facilement une entreprise canadienne sise à Calgary. Ici, ces choses là prennent du temps - ce qui est certainement surprenant pour un européen. Pour ce qui est des millions d’investissement, nous en mettrons bien quelques uns - mais dans une approche progressive de réhabilitation de la vie de quartier; de consolidation des espaces pour les artistes et de reconquête de la nature sur les espaces gris - pas dans des plans de transformation massive des lieux.

La décision va se prendre sur la base de dizaine de considérants que nous ne maîtrisons pas. Laissons madame Hamelin porter notre message à ses patrons et qu’ils choisissent en leur âme et conscience. Prions quand même que l’échelle humaine, la convivialité et le charme subtil l’emporte sur toute autre considération. Oh, elle revient en juin. D’ici-là il faut au moins que la question épineuse du passage par dessus la voie ferrée soit réglé ou en voie de l’être. Il faut aussi avoir fait sensiblement avancer notre vision de ré-humanisation et re-naturalisation du secteur St-Viateur Est. Finalement, en juin, ça serait le fun qu’on songe a se ramasser un peu…simonak.

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Le temps passe

20 mars 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Je sais que je n’écris plus ou presque. L’écriture sert à sensibiliser. Or il me semble que la sensibilisation touche à sa fin pour les enjeux qui concernent la vie de quartier. Tout le monde sait qu’on a besoin de plus de vert et moins d’autos ; de plus d’enfants qui dessinent sur les trottoirs, de plus de fermiers dans nos rues vendant leurs produits le dimanche, de plus de moments d’évasion dans la ville, de plus d’étudiants cassés mais heureux (même s’ils ne le réalisent pas toujours), de plus de personnes âgées se mêlant à la foule, de plus de commerces abordables pour les mères et les pères qui ne sont pas encore partis. Le temps de l’action est arrivé et l’action prend du temps à préparer. Alors voilà je travaille et j’ai pas le temps de bloguer.

Ah oui ; j’ai quand même pris le temps d’écrire deux articles sur l’Université de Montréal parce que je n’arrive pas à comprendre la petitesse des gestionnaires qui se laissent arrêter par les défis dont la résolution fonde  les grandes villes. Messieurs les agents immobiliers de l’Université de Montréal comprenez donc une fois pour  toutes que votre Université (la nôtre aussi) a moins besoin d’espace que de grandeur.  La gestion immobilière dont vous vous rendez coupables n’est qu’un jouet pour les désœuvrés. Mais au passage, vous pillez les patrimoines historique et écologique de la ville. Bon, j’espère que vous avez bien lu - nous aurons le plaisir de nous rencontrer à la prochaine table de concertation du Mont-Royal. Venez nombreux, il serait bête que je déverse tout mon désarroi sur un seul.

Donc disais-je, le temps de l’écriture achève, ou du moins a pris la seconde place derrière celui de l’action. Parlons d’action.

Je suis surpris par le nouveau métier que je découvre. Tout est si facile. La fonction publique est excellente ; le financement relativement disponible ; les lois et les règlements sont justifiés et solides. La division de la ville en arrondissements, loin de compliquer la prise de décisions, nous permet d’agir rapidement et de façon structurante sur plusieurs enjeux cruciaux. Dès lors, vous demandez-vous - comment se fait-il que l’action prenne tant de temps à se concrétiser. À mon avis c’est fort simple : il faut des décennies de discussions publiques avant que tous les élus, les fonctionnaires, les législateurs et  les journalistes acceptent l’idée selon laquelle la demi-mesure ne suffit plus. Et nous - PAF - on se fait élire juste à ce moment béni. Tout le monde ayant réalisé qu’on ne règle rien en contournant tout - la société est prête à appliquer et accepter les vrais changements. À ce moment tout devient possible. Tout… à condition d’accepter qu’il va y avoir de la résistance. Eh oui. C’est la dernière étape ; accepter d’être décrié par une meute de scribes qui proclamaient hier qu’il est minuit moins cinq et qui diront demain que toute action qui n’est pas insignifiante à force d’être mesurée n’est rien d’autre qu’une lubie radicale. Ces scribes sévissent bien sûr dans les journaux mais on en trouve partout où l’intérêt individuel trace les contours de ce qui est jugé possible et de ce qui est considéré comme une hérésie. Les plus mous sont souvent les politiciens. Confondant l’envie d’être élus avec celle d’être aimés, ils hésitent à passer par le chemin emprunté par Lévesque - celui qui l’amena à 16% de popularité au moment où il fondait le Québec d’aujourd’hui. Dieu soit loué, il n’y en a pas autour de moi. Je suis entouré de vrais soldats.

Bon, foin de philosophie et de gribouillage  - mes amitiés dans vos maisons.

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Article 2 de 2 : il faut garder l’Université de Montréal sur la montagne

7 mars 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Suite de l’article «1420 Mont-Royal: le débat»

Le récupération des espaces permettant de construire le parc du troisième sommet est un esti de bon move. Mais c’est loin d’être à la hauteur de ce qu’on attend de notre grande Université et de son site exceptionnel. C’est tout le campus de l’Université qui doit devenir un parc et redevenir par le fait même un vrai campus - significatif à l’échelle de la ville comme le sont les grandes universités américaines et comme l’est - juste de l’autre côté du Mont-Royal - l’Université McGill.

Mc Gill - pour l'instant la seule université dont le campus nous élève et nous représente

McGill

Ce n’est pas en multipliant les opérations immobilières qu’on va y arriver ; c’est en reconnaissant et en corrigeant les erreurs du passé. La première c’est d’avoir nié la montagne ; la seconde c’est de ne pas avoir créé un vrai campus - capable de supporter une vie étudiante, une volonté commune, une âme.

On ne règle ni l’un ni l’autre de ces deux problèmes en casant un parc sur le dernier terrain non construit. On peut et on doit continuer de développer l’Université sur la montagne tout en faisant du Flanc Nord un parc/campus unique au monde. Je le dis sans effet de toge. Je pense sincèrement qu’il ne faut pas viser plus bas compte-tenu du potentiel de l’endroit. Par ailleurs, toutes les universités ont le devoir de montrer à la jeunesse (et à la face du monde) notre façon d’entrevoir l’avenir ; la science, la culture, les savoirs. Il ne sert à rien d’investir encore dans une université qui ne remplirait pas cette mission et il faut investir beaucoup plus dans une université qui y parviendrait. Parce que dès lors qu’elle y arrive, l’université n’est plus simplement une boîte où on donne des cours, c’est la première constituante de la ville - bien avant une place des festivals, un parc nature à l’extrémité de l’île, une piste de course, un casino ou un musée.

Cambridge

Cambridge

Arizona University

Arizona University

Columbia

Columbia University

Oxford

Oxford

Standford University ; les places publiques des universités américaines sont souvent les places les plus importantes des villes où elles se trouvent. C'est toute la population qui s'identifie à ces espaces où plus métaphoriquement qui célèbre le pacte avec la paix et la science que les universités signent en leur nom. Standford - les places publiques des universités américaines sont souvent les places les plus importantes des villes où elles se trouvent. C’est toute la population qui s’identifie à ces espaces ou, plus métaphoriquement, qui célèbre le pacte avec la paix et la science que les universités signent en leur nom.

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Comment y arriver  ? Je propose les principes suivants.

1) L’université doit rester sur la montagne. Toute l’Université. Unie, significative, humaine, citoyenne et verte. La tabarnak d’idée d’en mettre un boutte à Laval est tout juste bonne à alimenter un autre épisode d’Elvis Gratton. Celle de la développer sur autre campus (à la gare de triage) n’est pas bonne non plus - quoiqu’on puisse comprendre à la fois la Ville et l’Université de chercher un motif et du financement pour combler ce grand trou dans notre ville - mais il faut qu’elles cherchent ailleurs - et d’ailleurs il faut les supporter et les aider.

2) Il ne faut pas vendre le 1420. On ne vend pas sa mère. Point final. Les congrégations religieuses  sont les ancêtres québécois de nos maisons d’enseignement. Mes yeux se mouillent quand je pense aux efforts surhumains qu’elles ont fait pour tirer le peuple vers le haut autrement qu’en les menant à l’église. Partout au Québec, les immenses couvents qui dominent les villes et les villages, pourtant pauvres, nous disent quelque chose sur l’ambition humaniste de nos ancêtres. Nous savons tous que Dieu est mort (Nietzsche) - mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.  L’ambition de la Maison-mère de la Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, sa position sur la montagne; la noblesse de ses traits, sa préservation exceptionnelle  en font un exemple remarquable de cet héritage. Y mettre des condos de luxe ? Vraiment ?

3) Il ne suffit pas de construire le très nécessaire parc du troisième sommet pour mettre le flanc nord en valeur. Il faut aussi construire un lien significatif entre les quartiers d’en-bas et le parc d’en-haut. Ce fameux lien c’est la «coulée verte» dont les aménagistes qui s’intéressent au Mont-Royal rêvent depuis des années. Cette coulée verte pourrait recevoir un chemin - comme le chemin Olmstead sur le Mont-Royal - qui serpenterait jusqu’au sommet en côtoyant des boisés, des étangs, des affleurements rocheux et des promontoires.

Pour préserver et aménager cette coulée verte, il faut arrêter le projet de Lassonde 2 qui reste à l’agenda de l’Université - même dans l’hypothèse où elle ouvrirait un second campus. On comprend, dans les circonstances, que le projet de déménagement n’est pas assorti d’un projet de mise en valeur du Mont-Royal ; il n’y a pas de vision du flanc nord, il y a juste une recherche de nouveaux développements immobiliers. Ce qu’il faut c’est justement le contraire : un projet de préservation qui identifie les plus beaux potentiels naturels, qui les préserve et qui s’en sert pour magnifier et humaniser l’Université.

Le cercle rouge indique l'emplacement du bâtiment à construire - le Lassonde 2. Les deux barres bleues délimite la zone à préserver et à mettre en valeur: la coulée verte.

Le cercle rouge indique l'emplacement du bâtiment à construire - le Lassonde 2. Les deux barres bleues délimitent la zone à préserver et à mettre en valeur : la coulée verte. Il est clair que le projet de coulée verte ne peut pas être significatif si on construit un immeuble en plein milieu.

4) Même en préservant la coulée verte, il reste bien assez de place pour construire les 50 000 ou même 70 000 mètres carrés nécessaires au développement de l’université (même si le chiffre me semble exagéré). En fait, pour développer une université qui soit vivante et qui génère une vraie vie de quartier, il manque des édifices au campus actuel. Le plan avancé par le syndicat des professeurs et monsieur Marsan (pour peu qu’ils abandonnent leur projet de construire un énorme bâtiment dans la coulée verte) me semble une bonne base de départ pour construire un campus vivant et convivial. Il faut que les bâtiments descendent en bas, sur Edouard-Montpetit, autour de la station de métro ou dans certains espaces moins importants comme autour des résidences étudiantes (tout en préservant le boisé entre les deux). L’idée de piétoniser la rue Louis-Colin pour faire un lien avec les HEC me semble géniale. L’idée de détruire quelques vilains blocs appartements sur Édouard-Montpetit à l’ouest de Louis-Colin pour construire des petits pavillons ouverts sur la rue est aussi prometteuse.

Il faut ajouter des résidences étudiantes, implanter quelques commerces, une librairie, quelques cafés, une épicerie ; il faut donner pignon sur rue aux associations étudiantes plutôt que de les enfermer dans une bâtisse. Peut-être y a-t-il un besoin pour une autre garderie - elle aussi ouverte sur la rue et accueillant les résidents des alentours.  Il faut surtout penser à construire à échelle humaine ; à faire un réseau de bâtisses qui laisse de l’espace pour des lieux de rencontre, des chemins piétons, des terrasses et toute la quincaillerie nécessaire à la vie.

L'université du Bosphore en Turquie : les petits personnages qu'on voit dans l'herbe sont des étudiants. Il semblerait que cet élément de décoration était back order quand l'Université de Montréal a fait ses plans

L'université du Bosphore en Turquie : les petits personnages qu'on voit dans l'herbe sont des étudiants. Excellent exemple de ce qui pourrait être fait autour de la station de métro.


Université de Toronto. Pas une merveille mais quand même un exemple d'un truc qu'il est impossible de trouver à l'Université de Montréal : un bâtiment qui ouvre sur une cour autour de laquelle il est organisé  - avec des grands portes fenêtres qu'on imagine ouvertes en été.

Université de Toronto. Pas une merveille mais quand même un exemple d'un truc impossible à trouver à l'Université de Montréal : un bâtiment qui ouvre sur une cour autour de laquelle il est organisé - avec des grands portes fenêtres qu'on imagine ouvertes en été. Tout-à-fait réalisable sur Édouard-Montpetit.

Bien entendu, ce plan sera moins cher que celui qui consiste à vouloir déménager sur un autre site qu’il faudra d’abord décontaminer, où il faudra construire des égouts et un réseau d’aqueducs, des routes et des trottoirs, et où il faudra, ne pas l’oublier, planter un petit sapin.

5) Il faut revoir le rapport entre architecture et nature différemment. La nature doit envahir l’université de façon intime et systématique. Elle doit s’infiltrer jusque aux parois et contours des bâtiments qui doivent par ailleurs s’ouvrir sur elle.

Duke University - Oubliez les bâtiments de pierre grise : ce qui est intéressant ici c'est la nature comme élément unificateur. Parfois boisé, parfois jardin, parfois allée, elle domine et unit l'ensemble qui s'y perd et s'y marie.

Duke University - Oubliez les bâtiments de pierre grise : ce qui est intéressant ici c'est la nature comme élément unificateur. Parfois boisé, parfois jardin, parfois allée, elle domine et unit l'ensemble qui s'y perd et s'y marie.

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Notre-Dame - une université complètement différente de l'UdeM : il ne s'agit pas de les comparer. Mais notez que le stationnement est confiné à une extrémité et que tout le réseau de chemins est piéton, ce qui confère automatiquement une échelle humaine à l'ensemble pourtant majestueux.

Manille University

Petronas University à Manille : le mariage entre architecture moderne et milieu naturel est donc possible ? Vous remarquerez que la jeunesse des arbres indique qu’ils viennent d’être plantés ; un concept étranger à l’Université de Montréal.

Pour ce faire évidemment il faut diminuer d’un minimum de 50% le stationnement sur la montagne (rappelons que l’Université est assise sur trois stations de métro) et de 75% l’espace asphalté. Vous pensez que c’est impossible ? Regardez ce petit bout de l’université de Glasgow.

Je montre une photo de ce square d'une université anglaise juste pour illustrer la difficulté de protéger des espaces verts. On comprends que sur un terrain plat juste en face de l'entrée d'une université ça prend une après-midi pour construire un stationnement. Comment ces gens là ont ils résisté à la tentation pendant des siècles. On ne parle ps ici du courage ou de l'obstination d'un individu; on parle d'un pacte social que tout le monde accepte depuis des lustres.
On comprend que sur un terrain plat juste en face de l’entrée d’une université ça prend une après-midi pour construire un stationnement. Comment ces gens-là ont-ils résisté à la tentation pendant des siècles ? On ne parle pas ici du courage ou de l’obstination d’un individu ; on parle d’un pacte social que tout le monde accepte depuis des lustres. En échange de quoi ? En échange de la beauté et de la valeur symbolique des lieux.

Chacun des espaces dont nous nous sommes moqués dans la première partie peut être réinventé avec cette nouvelle vision.

À l'université de Montréal on sait qu'il y a des étudiants dans l'université puisqu'il y a des chars dehors

Cet endroit est une des plus belles terrasses de Montréal - par beau temps on y voit les Laurentides

Mexico University pourrait peut-être servir de référence pour la terrasse de l'Université de Montréal

Mexico University pourrait peut-être servir de référence pour la terrasse de l'Université de Montréal

Chemin boisé de l'Université de Montréal. On remarque que le chemin qui mène vers le sommet a permis de protéger et de mettre en valeur les eaux de ruissellement qui créent ça et là des étangs au bord desquels certains professeurs n'hésitent pas à donner leur cour en été.

Ici tout est possible : chemin boisé où les arbres sont sculptés par les vents qui soufflent à cet endroit ; alcôves de verdure protégées par des arbres ; clairières en terrasse liées par des escaliers ; foisonnement de graminées qui envahissent l'espace jusqu'à venir frôler les bâtiments...

Il va sans dire que ce chemin des amoureux doit disparaître. Il pourrait être remplacé comme le proposait Jean Décarie, il y a de cela bien longtemps (et par Ernest Cormier avant lui), par des bâtiments dont les toits seraient des terrasses vertes et les espaces les séparant des chemins qui montent vers le sommet.

Il va sans dire que ce chemin des amoureux doit disparaître. Il pourrait être remplacé comme le proposait Jean Décarie, il y a de cela bien longtemps (et Ernest Cormier avant lui), par des bâtiments dont les toits seraient des terrasses vertes et les espaces les séparant des chemins qui montent vers le sommet.

Cape town university 2 : oubliez le pic rocheux mais notez comme l'esprit de la progression vers le sommet s'inscrit dans ce passage étroit où on a envie d'aller marcher (par exemple après avoir reçu sa note de math à l'examen final).
Cape Town University  : oubliez le pic rocheux - imaginez à la place la tour du bâtiment principal. Notez la création d’un espace à échelle humaine dans un site grandiose. Contrairement à ce que semblent avoir pensé les aménagistes de l’Université de Montréal, les piétons ne sont pas réfractaires à l’effort - ils le sont au « no man’s land ».

Cormier avait prévu, au pied de la tour, un hémicycle extérieur qui aurait pu recevoir, par exemple, les plaques commémoratives des étudiants et professeurs émérites. Puis vinrent les barbares qui ont choisi d'y mettre plutôt du stationnement. Cet espace protégé du vent serait idéal pour disposer des chaises libres sur un sol gazonné; les bustes des grans hommes et des femmes remarquables tout autour veillant sur les travaux des étudiants - sur leurs amours aussi.
Cormier avait prévu, au pied de la tour, un hémicycle extérieur qui aurait pu recevoir, par exemple, les plaques commémoratives des étudiants et professeurs émérites. Puis vinrent les barbares qui ont choisi d’y mettre plutôt du stationnement. Cet espace protégé du vent serait idéal pour disposer des chaises libres sur un sol gazonné ; les bustes des grands hommes et des femmes remarquables tout autour veillant sur les travaux des étudiants - sur leurs amours aussi.

J’arrête ici parce que ce n’est pas mon arrondissement ;)) Je n’ai pas eu le temps de développer les aspects financiers et la faisabilité technique. Rien d’insurmontable à première vue. Si on veut  repenser cette université à demi-morte qui réussit de moins en moins à laisser des souvenirs à ceux qui l’ont fréquentée  ; si on veut préserver et mettre en valeur le Flanc Nord; si on veut se doter d’un parc/campus qui envoie au monde le message de nos valeurs collectives - il faut reporter la vente du 1420 de quelques mois ne serait-ce que pour donner le temps à ceux qui ont une vision différente de développer une alternative significative au regard de l’histoire.

Catégorie: Réflexions  | 13 commentaires

1420 Mont-Royal : le débat

4 mars 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Au dernier conseil de ville, l’opposition a réussi à reporter (pour combien de temps)  la vente de la Maison-mère de la Congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie sur le flanc nord du Mont-Royal.

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Rappelons que l’Université de Montréal tente à tout prix de vendre cette belle bâtisse à un promoteur privé qui veut y construire des condos pour mieux développer son second campus sur la gare de triage d’Outremont. Derrière ce projet, c’est tout l’enjeu du développement de l’Université sur la montagne qui se pose. L’université prétend qu’elle n’a plus la place pour se développer sur la montagne et/ou que les coûts de son développement y sont prohibitifs. En vendant cette bâtisse  - qu’elle dit trop chère à rénover - elle se donne un bon coussin financier pour lancer son projet de deuxième campus.

La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut ou pas vendre le 1420 ; c’est : « est-ce que l’Université doit se développer sur la montagne ou est-ce qu’il est temps qu’elle ouvre un second campus pour poursuivre sa croissance ».

La première réponse qui vient en tête c’est bien sûr que l’Université doit rester sur la montagne et que le 1420 doit rester un édifice d’enseignement. Il y a un fort consensus dans toutes les couches de population sur la non privatisation des espaces sur la montagne - surtout dans un édifice patrimonial et à plus forte raison dans une maison d’enseignement - et encore plus d’une maison située au cœur d’une université. S’il manque une couple de millions pour rénover ce n’est pas insurmontable (comme nous le verrons plus loin).

Il ne s’agit pas d’argent ; il s’agit de vision. Est-ce que oui ou non le déménagement de l’université va dans le sens de l’intérêt public.

Dans un premier temps je développe les arguments pour le oui et dans un deuxième les arguments pour le non. Je vous avertis c’est assez long.

Première section : OUI il faut que l’université déguédine de la montagne - pis ça presse

Dans les débats publics sur la montagne on laisse souvent croire que c’est la propriété privée qui détruit la montagne, et que de garder les édifices sous la responsabilité  des gestionnaires publics (universités, hôpitaux) ou religieux (couvents et maisons d’enseignement) en assure la protection et la mise en valeur. Dans le cas qui nous occupe, c’est tout le contraire. Il y a un immense danger à laisser l’Université continuer à se développer comme elle l’a fait jusqu’aujourd’hui et très peu de risque à vendre le 1420 ou d’autres édifices au privé.

Pour ce qui est de la vente du 1420 - réglons le cas rapidement : le service du patrimoine de la ville, celui d’urbanisme, le bureau du Mont-Royal, le service des grands parcs, bref toutes les unités qui travaillent sous madame Laperrière (la DG adjointe) ont fait un travail remarquable ; elles ont exigé une protection en béton de tous les éléments patrimoniaux, des vues, des boisés, des accès, de l’architecture, des matériaux, des formes, du patrimoine immatériel, etc. Le promoteur qui semble assis sur des sources financières intarissables a dit oui à tout. Il a promis d’enfouir les stationnements (ce que ne pourrait pas faire l’Université de Montréal), déplacer la zone de service, aménager un sentier en arrière pour permettre une circulation le long de son édifice dans le bois, préserver la chapelle et donner un accès public une fois par mois, préserver tous les artefacts qui ont de la valeur soit individuellement, soit cumulativement. Un meilleur dossier, ça n’existe pas.

À l’inverse, les gestionnaires d’immeubles de l’Université et surtout de la Polytechnique ont historiquement été d’infâmes besogneux incapables de faire la différence entre la montagne et la dump derrière leur ferme natale. La forêt qui entoure de moins en moins leur campus n’a jamais fait l’objet du moindre effort de mise en valeur - sauf au tout début (c’est à dire au moment de sa plantation). Depuis, la forêt avoisinante  a été utilisée pour construire  des stationnements sauvages ; parker des containers à vidanges, stocker du gravats, bâtir des entrepôts, aligner des murs aveugles et que sais-je encore. Pas l’ombre d’un début de compréhension de la valeur patrimoniale, symbolique, écologique et paysagère des lieux.

Il faut dire à la défense de ces ignorants malfaisants qu’ils ont exécuté leur méfaits à l’époque de la grande noirceur de l’aménagement au Québec (grosso modo entre 1608 et 2010). Le principe directeur qui a gouverné la réflexion sur la montagne comme à peu près partout au Québec se résume en deux phrases : 1) ousqu’on va parker les chars 2) combien de temps qui faut marcher entre le char pis la porte.

Vous trouvez que j’exagère ? C’est que vous regardez le campus tel qu’il est et que vous vous dites qu’il n’est pas si pire, alors que pour comprendre la pleine ampleur de l’outrage qui y a été commis il faut comparer l’actuel avec ce qu’il aurait pu être. Permettez-moi une longue démonstration qui fait un petit détour par l’histoire.

L’Université dans la montagne

Ernest Cormier avait prévu bâtir sur le Flanc Nord un temple de la connaissance dans un écrin de verdure. La science encapsulée dans son édifice de brique blonde devait briller au soleil et se détacher de la forêt verte et sombre qui l’entourait. Aucun symbole ne pouvait être plus fort pour cette société sortie du bois que la magnificence de l’immeuble s’élevant dans la forêt.

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L’acte de domination de la nature se justifiait par l’urgence de singulariser la connaissance comme l’outil de transformation de notre société (les premiers plans ont été esquissés à la fin des années 20 !!!). En échange de cette insensibilité à l’environnement immédiat, Cormier proposait un contraste et une ambition architecturale exceptionnelle.

Ce plan ne pouvait être bon que pour un seul bâtiment. Au fur et à mesure où l’Université s’est développée et s’est mise à multiplier les constructions, l’écrin de nature  a rétréci comme une peau de chagrin.

Le terrain de l,Université est délimité par la ligne bleue : le reste appartient au cimetière. Le point bleu indique l'emplacement du sommet du mont Outremont (le deuxième plus élevé des trois monts qui composent l'arrondissement historique et naturel du Mont-Royal ; le plus haut étant le Mont-Royal et le troisième Westmount). Le cercle rouge indique l'emplacement du futur pavillon Lassonde 2.

Le terrain de l'Université est délimité par la ligne bleue : le reste appartient au cimetière. Le point bleu indique l'emplacement du sommet du mont Outremont. Le cercle rouge indique l'emplacement du futur pavillon Lassonde 2 dont la construction est déjà prévue.

On voit qu’il reste des bouts de verdure significatifs - dont le boisé qui longe la rue Édouard-Montpetit et qui accentue l’impression d’une large conservation. Mais cette impression est fausse. Dès qu’on monte dans la montagne, voici ce qu’on voit.

On est sur le flanc du Montroyal - mais on pourrait être dans la banlieue de Victo - y'a aucune différence.

On est sur le flanc du Mont-Royal - mais on pourrait être dans un parc industriel - y'a aucune différence.

À l'université de Montréal on sait qu'il y a des étudiants dans l'université puisqu'il y a des chars dehors

À l'université de Montréal on sait qu'il y a des étudiants dans l'université puisqu'il y a des chars dehors ; mais celui qui voit un étudiant dehors - même en été - se gagne un repas pour deux au buffet-restaurant « les amis de l'asphalte - danseuses sexy ».

Arrière 2 de 2. C'est sur cette photo de l'arrière de l'Université que le génie particulier des aménagistes québécois apparaît de la façon la plus frappante. Le lien avec le cimetière historique a été travaillé avec la plus grande finesse. D'abord, une frange de 20 mètres de forêt a été préservée pour conserver le concept initial de Cathédrale dans son écrin de verdure. La beauté imposante de l'avant du campus laisse place à l'arrière à un charme intime. Les alcoves dessinées par les plantations de chênes et d'érables rappellent le calme et le recueillement du cimetière tout proche. Les anges de bronze qui semblent veiller sur le site endormi ont été placé dans les jardins de l'arrière semblent vieller autant sur les morts tout proches que sur les étudiants dans l'avenir desquels la nation a mis tant d'espoir.

L'arrière rectiligne et déboisé - conçu pour les chars... encore

Vue aérienne de la section ouest de l'Université de Montréal. Pour vous aider à comprendre le plan; c'est facile: tout ce qui est en vert est en dehors du campus. Pour ce qui est du campus lui-même - bâti sur le principe bien connu de mets-en-du-béton-mon-Léon, celui qui trouve arbre remarquable se gagne un repas au buffet « Les amis de l'asphalte; danseuses sexy»

Vue aérienne de la section ouest de l'Université de Montréal. Pour vous aider à comprendre le plan, c'est facile : tout ce qui est en vert est en-dehors du campus. Pour ce qui est du campus lui-même - il a été bâti sur le principe bien connu de mets-en-du-béton-mon-Léon.

Qui a dit qu'il n'y avait pas de place publique - regardez-moi cette beauté de zone de rencontre pour les étudiants !

Qui a dit qu'il n'y avait pas de place publique - regardez-moi cette beauté de zone de rencontre pour les étudiants !

Chemin boisé de l'Université de Montréal. On remarque que le chemin qui mène vers le sommet a permis de protéger et de mettre en valeur les eaux de ruissellement qui créent ça et là des étangs au bord desquels certains professeurs n'hésitent pas à donner leur cour en été.

Chemin boisé de l'Université de Montréal cheminant vers le sommet ? Remarquez le sapin majestueux sur la droite - a dû coûter un gros 5 chez Home dépôt - ou alors ils en donnaient un gratuit à tout consommateur achetant plus de mille tonnes de béton par jour pendant deux semaines.

Il ne s’agit plus d’une université dans la montagne. La nature n’impose pas sur le site, comme dans le plan de Cormier, son profil, sa domination tranquille, son pouvoir apaisant, son potentiel de découverte et d’évasion. Il n’y a plus de contraste ; les bâtiments  ont progressivement bouffé l’écrin. Par ailleurs, il ne reste plus qu’une possibilité d’accès au sommet : la pente de ski (sur laquelle on ne peut de toute manière rien construire).

Mais justement, la volonté acharnée de l’Université de Montréal de tout détruire a fini par déclencher une réaction de la ville qui s’avère une porte de sortie honorable pour tout le monde. Je m’explique :

Ça fait longtemps que le service des grands parcs et le bureau du Mont-Royal voient le flanc nord se dégrader et ils ont agi. Patiemment et depuis des années, la ville a exercé une pression constante sur chaque propriétaire institutionnel pour exiger des concessions volontaires de terrain (ce qu’on a appelé le pacte patrimonial). Elle  a aussi instauré un régime de protection très strict de la montagne en collaboration avec le gouvernement du Québec (ce qu’on a appelé l’Arrondissement historique et naturel du Mont-Royal), ce qui lui a donné la marge de manœuvre pour exiger des concessions majeures des propriétaires en échange de tout changement.

Comme l’Université a beaucoup construit et qu’elle exige un changement de zonage sur un édifice patrimonial (le 1420), des concessions importantes ont été faites. Si on ajoute à ces concessions celles du cimetière voisin qui a lui aussi construit une horreur sans nom (les nouveaux mausolées de Brossard-en-ville), voici ce que ça donne.

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Le cimetière cède pour 99 ans la zone cerclée de bleu et l'Université (pour 50 ans je crois) la zone en rouge. Les deux ensembles deviennent le parc du 3ième sommet. Le dessus du réservoir Bellingham (en mauve) devient un parc dédié aux sports et le trait orange représente le chemin de ceinture qui permettra d'accéder au sommet mais qui fera aussi le tour de la montagne.

M’as t’dire - c’est pas pire. On préserve les derniers terrains ; on reboise le stationnement illégal de la Polytechnique, on redécouvre le sommet, on  construit un chemin pour y avoir accès.

En conclusion de cette section, je considère donc qu’il faut dire OUI à la vente du 1420 et au développement d’un second campus pour les raisons suivantes :

  • la création du parc du troisième sommet
  • la préservation intégrale du 1420 et de ses alentours
  • l’urgence d’envoyer les administrateurs de l’Université de Montréal sur le bord de la track et de les éloigner le plus vite possible d’un joyau dont ils ne comprennent rien.

Deuxième section : NON , il faut que l’Université reste sur la montagne - on s’apprête à commettre une erreur historique

Suite demain.


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Du 29 janvier au 4 février

6 février 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Les premières rencontres des comités aviseurs

On a commencé à rencontrer les comités aviseurs récemment formés sur le verdissement, le bruit, l’apaisement de la circulation, la cohabitation entre résidents et commerçants. D’autres sont en formation comme le champ des possibles, le stationnement, l’aménagement. Je rappelle que les comités aviseurs ne sont pas des comités consultatifs ou de réflexion stratégique. Ils ont pour mission l’implantation la plus rapide possible des 150 points de la plate-forme. Ce sont des comités opérationnels qui doivent faire avancer les projets avant qu’ils soient soumis pour validation et réalisation à la fonction publique.

Les premières rencontres ont déjà permis de dégager des pistes de solutions concrètes pouvant être implantées rapidement. Ce ne sont que des rencontres préliminaires parce que la première vraie rencontre va se faire avec la directrice de l’arrondissement et le directeur concerné.

J’en profite pour dire qu’on a vraiment une administration en or. Il faut se mettre à leur place : on leur arrive avec une avalanche de projets (et quand je dis avalanche, vous avez pas idée de ce qui s’en vient - c’est vraiment big/stie - mais non je n’en ferai pas la liste sur mon blogue - même les singes apprennent) et en plus on veut que ce soit des citoyens qui en définissent les premières étapes. On exige des réponses à tout, on voudrait que tout soit implanté avant Pâques. Je serais directeur, je me dirais « les nouveaux vont se calmer - la dernière administration nous avait fait le même coup - ils vont comprendre que ça marche pas d’même icitte ». Mais pas du tout ! Ils avancent au pas de course ; sont ouverts à toutes les idées ; sont même enthousiastes !!! Des fois je me demande si c’est pas une ruse… Juste pour nous fatiguer… Une sorte de « rope a dope » du style « amènes-en, amènes-en, tu vas bien finir par te casser la gueule ». Si j’évoque cette hypothèse loufoque, c’est pour cacher un drame. Le drame est le suivant : si la fonction publique est vraiment aussi ouverte que nous en donne l’exemple de l’équipe du Plateau, comment ça se fait que les projets ont progressé si lentement dans les années passées ?  Grosse question pour laquelle on aura une grosse réponse si 25% de ce qu’on a sur la planche à dessin finit par se matérialiser.

La police

Une grosse rencontre avec le commandant Bélanger et le sergent Bergeron m’a fait comprendre que le rôle d’un policier est exactement l’inverse de celui d’un politicien. Les deux gars m’expliquent avec force détails que certaines tentes ne sont pas ancrées au sol dans les ventes trottoirs (quelqu’un pourrait avoir le réflexe de les lancer sur la foule), qu’ils manquent d’agents de sécurité à chaque coin de rue (si jamais un camion de pompiers veut passer il faut écarter la foule), qu’il y a des risques d’émeutes sur St-Laurent lors de l’événement du Grand Prix (ça s’est effectivement passé en 2008), que des types fauchés et bruyants boivent dans le parc des Compagnons de St-Laurent (sur Mont-Royal), pissent contre les arbres et jettent leurs bouteilles de bière dans le sable des terrains de jeu - et j’en passe. Je les écoutais et je me disais « ‘cout’donc chose - on est pas à Moscou ou Medellìn - ce que vous décrivez peut se produire (une fois sur 10 ou 100 ou 1000) mais on va pas se comporter comme si c’était notre seule préoccupation - sans ça ousquié le fun ». Mais relisez la phrase : à la question « est-ce qu’on doit se comporter comme si c’était notre seule préoccupation » il faut absolument que le maire réponde « non » et il faut absolument que la police réponde « oui ».

Conflit en perspective ? Non. On va suivre la plupart des recommandations de la police et on va même leur donner plus d’outils pour travailler (notamment des nouveaux règlements). De leur côté, je pense qu’ils vont comprendre qu’on ne va pas appliquer chacune de leurs recommandations.

Le maire m’appelle au rapport

Y’a m’sieur Tremblay qui était pas content de moi au conseil municipal. C’est rare que monsieur Tremblay nomme quelqu’un par son nom dans les débats. Le vlà-t’y pas qui m’interpelle pour une conférence de presse à laquelle j’ai participé dans l’après-midi avec les groupes du quartier pour des revendications sur le logement social. Il me dit : « Monsieur Ferrandez, venez me voir à la place de vous plaindre dans les medias » . Et moi de lui répondre « yes sir ! ». Franchement, le gars a raison. J’hésitais à participer à cette conférence de presse (de revendication) parce que les fonctionnaires responsables du logement ont été extrêmement professionnels et ouverts avec nous à venir jusqu’à date. Une conférence de presse fait moins avancer les choses qu’une rencontre avec le service d’habitation et certainement encore beaucoup moins qu’une rencontre avec le maire. En termes de moyens de pression, les gars du Comité de logement et du Frapru sont tellement old school que c’en est sympathique. Pour eux, c’est manif/chaînes de lettres/interpellations dans les medias/et tutti quanti. Eux ils s’en calvincent des stratégies de lobby et de communication raffinées. Ce sont les Obélix des mouvements communautaires. Comme le gros personnage à culotte rayée, ils ne comprennent pas les plans complexes d’Astérix pour s’emparer de la garnison. Mais d’un autre côté où en serait le village gaulois sans Obélix ? Astérix je l’aime bien c’est sûr ; mais je l’aime surtout parce qu’il est l’ami d’Obélix.

En plus il faut dire que la ville l’a cherchée, cette conférence de presse. On peut pas nier que le plus grand terrain disponible pour du logement a été cédé par le comité exécutif à un promoteur privé - un mois avant l’élection et que Fotopulos s’est contentée de faire savoir aux groupes du quartier, par l’entremise de son attaché politique, « qu’on veut pas de ghetto de pôvres direct en face des condos ».

La vérité, on l’a su plus tard, c’est que le terrain est tellement contaminé que le service d’habitation n’a jamais cru possible de construire du logement social ou coopératif à cet endroit-là. Mais l’inexpugnable Robert Manninghem (Atelier Habitation) nous dit : commençons par voir avant de dire non. Il y a des solutions pour les terrains contaminés et celle qu’on propose est sans doute la même que celle qui va être utilisée par le promoteur privé : donnez-nous notre chance.

Ça fait que j’ai bien hâte de me rapporter au grand boss pour jaser de tout ça : m’est avis qu’il y a juste du bon qui peut sortir de ce meeting-là.

Les bleus

Vous l’avez peut-être vu dans les medias : les bleus sont venus au bureau, monsieur Parent en tête, me narguer pour la politique de déneigement. Le bonhomme Parent a été génial. Quand je lui ai dit qu’il se trompait et que nous faisions du déneigement la fin de semaine (même la nuit) et que c’était juste du chargement qu’on ne faisait pas sur les rues résidentielles, et uniquement si le contexte le permettait, le gars a pas tourné autour du pot pendant 15 minutes pour cacher son erreur. Il a juste dit « Ah bon ? ». Parle-moi de ça : pas de niaisage. Il s’est trompé, il le reconnaît - fin de l’épisode. Ensuite on a pu jaser un peu de l’avenir. Pas trop, avec tous les kodaks qu’il y avait là. Mais j’ai quand même eu le temps de lui dire qu’on s’enlignait pour faire plus confiance à nos travailleurs dans le futur et moins aux contracteurs privés.  C’est un risque à prendre. Je ne sais pas si ça va marcher. Personnellement, je ne pense pas qu’on peut être motivé à ramasser le recyclage et vider les poubelles publiques semaine après semaine et rester motivé. Si c’est le privé qui le fait, ce ne sont pas des jobs assurées et les gars font ça pour quelques années et après passent à autre chose. Dans le public, il est possible que tu fasses ça toute ta vie. Moi je ne serais pas capable - du moins pour certaines jobs. Ramasser les vidanges d’une bande de cochons qui jettent leur p’tit sacs Jean Coutu débordants dans la ruelle (pis le propriétaire de chien qui en rajoute en empilant un p’tit sac dégoûtant tous les jours sous prétexte qu’il y a un début d’empilade qui ressemble à une décharge - donc autorisation implicite d’en rajouter), je pourrais pas. Il me semble que j’aurais envie de crisser mon camp après avoir écrit « gang de porcs » sur les portes du quartier. Je le dis tout haut : si des employés arrivent à se mobiliser pour ce genre de travail jour après jour - ils ont des qualités que je n’ai pas. Et si leurs contremaîtres réussissent à les garder productifs et heureux - eux aussi méritent une fière chandelle.

Ceci étant dit, en règle générale, je crois à la fonction publique. Mon père travaillait à la ville (technicien en arpentage) ; il a pu élever quatre enfants, acheter une maison, nous donner une bonne éducation et il bénéficie maintenant d’une retraite honorable. Je suis la preuve vivante qu’une bonne job syndiquée a des impacts positifs sur toute une famille et donc sur toute la société. Mais surtout, je pense que ça coûte moins cher. Le privé fait pas de cadeau. Particulièrement dans la construction. Alors s’il est possible de motiver les bleus à faire de la bonne ouvrage, tout le monde va être gagnant en leur en confiant plus.

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La grange à Vincent

2 février 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Mercredi passé, le comité consultatif en urbanisme a émis un avis défavorable à la démolition du restaurant Sous-marins chez Vincent. Le propriétaire peut faire appel au Conseil d’Arrondissement; ce serait alors les élus du Plateau qui devraient prendre la décision.

Je ne vous ai pas communiqué l’information jusqu’à maintenant parce qu’il fallait donner le temps au Secrétaire de l’arrondissement de communiquer avec les principaux intéressés.

J’ai été surpris de la décision du comité. Je croyais qu’il ne ferait que reporter la décision - question de négocier un meilleur projet de la part du promoteur. D’ailleurs, le promoteur s’était empressé de soumettre un meilleur projet. Il occupait toujours 100% du lot et il contenait toujours les mêmes boîtes à habiter, mais il était sensiblement plus beau; plus élancé; plus travaillé. Les membres du comité ont plutôt choisi de faire valoir leur opposition sur la base d’un article du règlement qui dit que la démolition peut être arrêtée si les membres considèrent que l’intérêt public n’a pas été pris en compte. C’est une décision courageuse - très courageuse. Les membres du CCU sont bénévoles et ils auraient pu considérer que la décision était trop lourde de conséquences. Après tout, le projet respectait le règlement et le service d’urbanisme a émis un avis favorable. Ça prend une méchante paire de couilles pour arrêter un projet et de mettre en péril des intérêts économiques sur la base d’une perception de perte. C’est une perception réelle et fondée mais, il faut l’avouer presqu’abstraite. On dit que ça prend un village pour éduquer un enfant. Cette semaine nous avons eu la preuve que ça prend des gens éduqués pour sauver un village.

La grande question maintenant: astheure kess qu’on fait.

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