Article 2 de 2 : il faut garder l’Université de Montréal sur la montagne

7 mars 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Suite de l’article «1420 Mont-Royal: le débat»

Le récupération des espaces permettant de construire le parc du troisième sommet est un esti de bon move. Mais c’est loin d’être à la hauteur de ce qu’on attend de notre grande Université et de son site exceptionnel. C’est tout le campus de l’Université qui doit devenir un parc et redevenir par le fait même un vrai campus - significatif à l’échelle de la ville comme le sont les grandes universités américaines et comme l’est - juste de l’autre côté du Mont-Royal - l’Université McGill.

Mc Gill - pour l'instant la seule université dont le campus nous élève et nous représente

McGill

Ce n’est pas en multipliant les opérations immobilières qu’on va y arriver ; c’est en reconnaissant et en corrigeant les erreurs du passé. La première c’est d’avoir nié la montagne ; la seconde c’est de ne pas avoir créé un vrai campus - capable de supporter une vie étudiante, une volonté commune, une âme.

On ne règle ni l’un ni l’autre de ces deux problèmes en casant un parc sur le dernier terrain non construit. On peut et on doit continuer de développer l’Université sur la montagne tout en faisant du Flanc Nord un parc/campus unique au monde. Je le dis sans effet de toge. Je pense sincèrement qu’il ne faut pas viser plus bas compte-tenu du potentiel de l’endroit. Par ailleurs, toutes les universités ont le devoir de montrer à la jeunesse (et à la face du monde) notre façon d’entrevoir l’avenir ; la science, la culture, les savoirs. Il ne sert à rien d’investir encore dans une université qui ne remplirait pas cette mission et il faut investir beaucoup plus dans une université qui y parviendrait. Parce que dès lors qu’elle y arrive, l’université n’est plus simplement une boîte où on donne des cours, c’est la première constituante de la ville - bien avant une place des festivals, un parc nature à l’extrémité de l’île, une piste de course, un casino ou un musée.

Cambridge

Cambridge

Arizona University

Arizona University

Columbia

Columbia University

Oxford

Oxford

Standford University ; les places publiques des universités américaines sont souvent les places les plus importantes des villes où elles se trouvent. C'est toute la population qui s'identifie à ces espaces où plus métaphoriquement qui célèbre le pacte avec la paix et la science que les universités signent en leur nom. Standford - les places publiques des universités américaines sont souvent les places les plus importantes des villes où elles se trouvent. C’est toute la population qui s’identifie à ces espaces ou, plus métaphoriquement, qui célèbre le pacte avec la paix et la science que les universités signent en leur nom.

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Comment y arriver  ? Je propose les principes suivants.

1) L’université doit rester sur la montagne. Toute l’Université. Unie, significative, humaine, citoyenne et verte. La tabarnak d’idée d’en mettre un boutte à Laval est tout juste bonne à alimenter un autre épisode d’Elvis Gratton. Celle de la développer sur autre campus (à la gare de triage) n’est pas bonne non plus - quoiqu’on puisse comprendre à la fois la Ville et l’Université de chercher un motif et du financement pour combler ce grand trou dans notre ville - mais il faut qu’elles cherchent ailleurs - et d’ailleurs il faut les supporter et les aider.

2) Il ne faut pas vendre le 1420. On ne vend pas sa mère. Point final. Les congrégations religieuses  sont les ancêtres québécois de nos maisons d’enseignement. Mes yeux se mouillent quand je pense aux efforts surhumains qu’elles ont fait pour tirer le peuple vers le haut autrement qu’en les menant à l’église. Partout au Québec, les immenses couvents qui dominent les villes et les villages, pourtant pauvres, nous disent quelque chose sur l’ambition humaniste de nos ancêtres. Nous savons tous que Dieu est mort (Nietzsche) - mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.  L’ambition de la Maison-mère de la Congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, sa position sur la montagne; la noblesse de ses traits, sa préservation exceptionnelle  en font un exemple remarquable de cet héritage. Y mettre des condos de luxe ? Vraiment ?

3) Il ne suffit pas de construire le très nécessaire parc du troisième sommet pour mettre le flanc nord en valeur. Il faut aussi construire un lien significatif entre les quartiers d’en-bas et le parc d’en-haut. Ce fameux lien c’est la «coulée verte» dont les aménagistes qui s’intéressent au Mont-Royal rêvent depuis des années. Cette coulée verte pourrait recevoir un chemin - comme le chemin Olmstead sur le Mont-Royal - qui serpenterait jusqu’au sommet en côtoyant des boisés, des étangs, des affleurements rocheux et des promontoires.

Pour préserver et aménager cette coulée verte, il faut arrêter le projet de Lassonde 2 qui reste à l’agenda de l’Université - même dans l’hypothèse où elle ouvrirait un second campus. On comprend, dans les circonstances, que le projet de déménagement n’est pas assorti d’un projet de mise en valeur du Mont-Royal ; il n’y a pas de vision du flanc nord, il y a juste une recherche de nouveaux développements immobiliers. Ce qu’il faut c’est justement le contraire : un projet de préservation qui identifie les plus beaux potentiels naturels, qui les préserve et qui s’en sert pour magnifier et humaniser l’Université.

Le cercle rouge indique l'emplacement du bâtiment à construire - le Lassonde 2. Les deux barres bleues délimite la zone à préserver et à mettre en valeur: la coulée verte.

Le cercle rouge indique l'emplacement du bâtiment à construire - le Lassonde 2. Les deux barres bleues délimitent la zone à préserver et à mettre en valeur : la coulée verte. Il est clair que le projet de coulée verte ne peut pas être significatif si on construit un immeuble en plein milieu.

4) Même en préservant la coulée verte, il reste bien assez de place pour construire les 50 000 ou même 70 000 mètres carrés nécessaires au développement de l’université (même si le chiffre me semble exagéré). En fait, pour développer une université qui soit vivante et qui génère une vraie vie de quartier, il manque des édifices au campus actuel. Le plan avancé par le syndicat des professeurs et monsieur Marsan (pour peu qu’ils abandonnent leur projet de construire un énorme bâtiment dans la coulée verte) me semble une bonne base de départ pour construire un campus vivant et convivial. Il faut que les bâtiments descendent en bas, sur Edouard-Montpetit, autour de la station de métro ou dans certains espaces moins importants comme autour des résidences étudiantes (tout en préservant le boisé entre les deux). L’idée de piétoniser la rue Louis-Colin pour faire un lien avec les HEC me semble géniale. L’idée de détruire quelques vilains blocs appartements sur Édouard-Montpetit à l’ouest de Louis-Colin pour construire des petits pavillons ouverts sur la rue est aussi prometteuse.

Il faut ajouter des résidences étudiantes, implanter quelques commerces, une librairie, quelques cafés, une épicerie ; il faut donner pignon sur rue aux associations étudiantes plutôt que de les enfermer dans une bâtisse. Peut-être y a-t-il un besoin pour une autre garderie - elle aussi ouverte sur la rue et accueillant les résidents des alentours.  Il faut surtout penser à construire à échelle humaine ; à faire un réseau de bâtisses qui laisse de l’espace pour des lieux de rencontre, des chemins piétons, des terrasses et toute la quincaillerie nécessaire à la vie.

L'université du Bosphore en Turquie : les petits personnages qu'on voit dans l'herbe sont des étudiants. Il semblerait que cet élément de décoration était back order quand l'Université de Montréal a fait ses plans

L'université du Bosphore en Turquie : les petits personnages qu'on voit dans l'herbe sont des étudiants. Excellent exemple de ce qui pourrait être fait autour de la station de métro.


Université de Toronto. Pas une merveille mais quand même un exemple d'un truc qu'il est impossible de trouver à l'Université de Montréal : un bâtiment qui ouvre sur une cour autour de laquelle il est organisé  - avec des grands portes fenêtres qu'on imagine ouvertes en été.

Université de Toronto. Pas une merveille mais quand même un exemple d'un truc impossible à trouver à l'Université de Montréal : un bâtiment qui ouvre sur une cour autour de laquelle il est organisé - avec des grands portes fenêtres qu'on imagine ouvertes en été. Tout-à-fait réalisable sur Édouard-Montpetit.

Bien entendu, ce plan sera moins cher que celui qui consiste à vouloir déménager sur un autre site qu’il faudra d’abord décontaminer, où il faudra construire des égouts et un réseau d’aqueducs, des routes et des trottoirs, et où il faudra, ne pas l’oublier, planter un petit sapin.

5) Il faut revoir le rapport entre architecture et nature différemment. La nature doit envahir l’université de façon intime et systématique. Elle doit s’infiltrer jusque aux parois et contours des bâtiments qui doivent par ailleurs s’ouvrir sur elle.

Duke University - Oubliez les bâtiments de pierre grise : ce qui est intéressant ici c'est la nature comme élément unificateur. Parfois boisé, parfois jardin, parfois allée, elle domine et unit l'ensemble qui s'y perd et s'y marie.

Duke University - Oubliez les bâtiments de pierre grise : ce qui est intéressant ici c'est la nature comme élément unificateur. Parfois boisé, parfois jardin, parfois allée, elle domine et unit l'ensemble qui s'y perd et s'y marie.

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Notre-Dame - une université complètement différente de l'UdeM : il ne s'agit pas de les comparer. Mais notez que le stationnement est confiné à une extrémité et que tout le réseau de chemins est piéton, ce qui confère automatiquement une échelle humaine à l'ensemble pourtant majestueux.

Manille University

Petronas University à Manille : le mariage entre architecture moderne et milieu naturel est donc possible ? Vous remarquerez que la jeunesse des arbres indique qu’ils viennent d’être plantés ; un concept étranger à l’Université de Montréal.

Pour ce faire évidemment il faut diminuer d’un minimum de 50% le stationnement sur la montagne (rappelons que l’Université est assise sur trois stations de métro) et de 75% l’espace asphalté. Vous pensez que c’est impossible ? Regardez ce petit bout de l’université de Glasgow.

Je montre une photo de ce square d'une université anglaise juste pour illustrer la difficulté de protéger des espaces verts. On comprends que sur un terrain plat juste en face de l'entrée d'une université ça prend une après-midi pour construire un stationnement. Comment ces gens là ont ils résisté à la tentation pendant des siècles. On ne parle ps ici du courage ou de l'obstination d'un individu; on parle d'un pacte social que tout le monde accepte depuis des lustres.
On comprend que sur un terrain plat juste en face de l’entrée d’une université ça prend une après-midi pour construire un stationnement. Comment ces gens-là ont-ils résisté à la tentation pendant des siècles ? On ne parle pas ici du courage ou de l’obstination d’un individu ; on parle d’un pacte social que tout le monde accepte depuis des lustres. En échange de quoi ? En échange de la beauté et de la valeur symbolique des lieux.

Chacun des espaces dont nous nous sommes moqués dans la première partie peut être réinventé avec cette nouvelle vision.

À l'université de Montréal on sait qu'il y a des étudiants dans l'université puisqu'il y a des chars dehors

Cet endroit est une des plus belles terrasses de Montréal - par beau temps on y voit les Laurentides

Mexico University pourrait peut-être servir de référence pour la terrasse de l'Université de Montréal

Mexico University pourrait peut-être servir de référence pour la terrasse de l'Université de Montréal

Chemin boisé de l'Université de Montréal. On remarque que le chemin qui mène vers le sommet a permis de protéger et de mettre en valeur les eaux de ruissellement qui créent ça et là des étangs au bord desquels certains professeurs n'hésitent pas à donner leur cour en été.

Ici tout est possible : chemin boisé où les arbres sont sculptés par les vents qui soufflent à cet endroit ; alcôves de verdure protégées par des arbres ; clairières en terrasse liées par des escaliers ; foisonnement de graminées qui envahissent l'espace jusqu'à venir frôler les bâtiments...

Il va sans dire que ce chemin des amoureux doit disparaître. Il pourrait être remplacé comme le proposait Jean Décarie, il y a de cela bien longtemps (et par Ernest Cormier avant lui), par des bâtiments dont les toits seraient des terrasses vertes et les espaces les séparant des chemins qui montent vers le sommet.

Il va sans dire que ce chemin des amoureux doit disparaître. Il pourrait être remplacé comme le proposait Jean Décarie, il y a de cela bien longtemps (et Ernest Cormier avant lui), par des bâtiments dont les toits seraient des terrasses vertes et les espaces les séparant des chemins qui montent vers le sommet.

Cape town university 2 : oubliez le pic rocheux mais notez comme l'esprit de la progression vers le sommet s'inscrit dans ce passage étroit où on a envie d'aller marcher (par exemple après avoir reçu sa note de math à l'examen final).
Cape Town University  : oubliez le pic rocheux - imaginez à la place la tour du bâtiment principal. Notez la création d’un espace à échelle humaine dans un site grandiose. Contrairement à ce que semblent avoir pensé les aménagistes de l’Université de Montréal, les piétons ne sont pas réfractaires à l’effort - ils le sont au « no man’s land ».

Cormier avait prévu, au pied de la tour, un hémicycle extérieur qui aurait pu recevoir, par exemple, les plaques commémoratives des étudiants et professeurs émérites. Puis vinrent les barbares qui ont choisi d'y mettre plutôt du stationnement. Cet espace protégé du vent serait idéal pour disposer des chaises libres sur un sol gazonné; les bustes des grans hommes et des femmes remarquables tout autour veillant sur les travaux des étudiants - sur leurs amours aussi.
Cormier avait prévu, au pied de la tour, un hémicycle extérieur qui aurait pu recevoir, par exemple, les plaques commémoratives des étudiants et professeurs émérites. Puis vinrent les barbares qui ont choisi d’y mettre plutôt du stationnement. Cet espace protégé du vent serait idéal pour disposer des chaises libres sur un sol gazonné ; les bustes des grands hommes et des femmes remarquables tout autour veillant sur les travaux des étudiants - sur leurs amours aussi.

J’arrête ici parce que ce n’est pas mon arrondissement ;)) Je n’ai pas eu le temps de développer les aspects financiers et la faisabilité technique. Rien d’insurmontable à première vue. Si on veut  repenser cette université à demi-morte qui réussit de moins en moins à laisser des souvenirs à ceux qui l’ont fréquentée  ; si on veut préserver et mettre en valeur le Flanc Nord; si on veut se doter d’un parc/campus qui envoie au monde le message de nos valeurs collectives - il faut reporter la vente du 1420 de quelques mois ne serait-ce que pour donner le temps à ceux qui ont une vision différente de développer une alternative significative au regard de l’histoire.

Categorie: Réflexions
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  1. GC dit :

    Va expliquer ça à l’Hôtel-de-ville astheure!

  2. Richard Ryan dit :

    Quoi dire de plus… tu m’étonneras toujours ! Situation complexe, que tu nous vulgariser. Merci !

  3. Claude dit :

    Luc, il est rassurant qu’un maire fasse preuve de tant de clairvoyance. Ta démonstration est très éloquente. Merci!
    Il faudra voir où campent les élus d’Outremont ainsi que ceux de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. Je ne doute pas que certains d’entre-eux couchent avec le syndicat du béton. Et, à Outremont, le bon sens pourrait être aveuglé voire acheté par les promoteurs du développement de la gare de triage.
    Et l’administration de l’Université? De ce qu’elle a démontré au fil des dernières années (destruction d’un boisé pour les HEC et la construction de l’horrible stationnement de l’avenue Lous-Colin notamment), il me semble qu’on ne peut espérer de belles choses de cette bande de ploucs.

  4. GC dit :

    Il y a de l’espoir dans la vie. Du côté de mon Alma Mater (Université de Sherbrooke), l’ancien recteur a éliminé de nombreuses places de stationnement au coeur du campus pour remplacer le bitume par du verdissement:

    http://www.usherbrooke.ca/udes/journal/affiche/2008-2009-vol-2/no18/actualite/?tx_igttnewsshared%5Btt_news%5D=4561

    Je ne suis pas vraiment le genre à lancer des fleurs à l’administration de l’UdeS, mais pour ce coup là… je lève mon chapeau.

    Évidemment, ils ont attendu mon départ pour faire les aménagements…

  5. Louis Mazerolle dit :

    Excellente réflexion M. Fernadez. Vous prouvez encore une fois votre excellente connaissance de Montréal, même en hors de votre arrondissement.
    Je suis d’accord avec votre idée que l’UdeMontréal devrait consolider son campus sur la montagne avec un aménagement à la hauteur de ce que devrait être une telle université. De toute façon, je ne vois pas comment, avec des centaines de millions dans le rouge, l’Université compte construire un si gros campus à Outremont, avec des principes d’aménagement qu’elle n’est même pas capable d’appliquer sur son campus existant. Elle semble vouloir éponger une partie de sa dette avec la vente du 1420 Mont-Royal, ce qui à mon avis est déloyal.
    Dans un autre ordre d’idée, à moins que je me trompe, des constructions comme le chemin de la rampe et le garage Louis-Colin ont gagné des prix d’architecture à leur début. Il est intéressant de voir comment ils sont aujourd’hui critiqués. Il ne faut pas oublier non plus que dans un passé récent, l’Université a éliminé un stationnement derrière le pavillon de la Faculté de l’aménagement pour y aménager un parc. D’ailleurs, les grands escaliers donnant à ce pavillon sont probablement l’un des meilleurs lieux de détente pour les étudiants lorsque la température le permet. Comme quoi parfois (et je dis bien parfois) le béton peut rendre des lieux intéressants.

  6. Capitaine Flam dit :

    Le béton de l’UdM peut aussi contribuer très positivement à l’élévation de la température, la preuve P7 de ce document présenté à l’OCPM:

    http://www2.ville.montreal.qc.ca/ocpm/pdf/P24/6a.pdf

    Noter par exemple le cluster de gradient de température de +17 degrés détectable au niveau de l’emplacement des stationnements. Donnée renforcée par la corrélation avec la diminution brutale de l’indice de verdissement NDVI dans ce secteur.

    Finalement, tout n’est qu’une question de critère ;))

  7. Louis Mazerolle dit :

    *M. Ferrandez. Mes excuses!

  8. Guillaume dit :

    J’ai été étudiant à l’Université de Montréal pendant plus de dix ans et j’ai un gros pincement en constatant à quelle point ça aurait pu être tellement plus agréable si l’aménagement avait été fait avec plus de vision. Je suis bien d’accord avec la grande majorité de vos points, mais vous avez oublié quelques petits coins où les rassemblement étudiants sont bien agréables… les mêmes photos prises au début septembre auraient montré pas mal plus d’étudiants ;-) (mais autant de voitures ;-( )

  9. Nima Machouf dit :

    Savais-tu que si Marc Renaud avait été nommé au poste de rectorat tel que le souhaitaient la communauté universitaire et les étudiantEs, il aurait bloqué le projet de vente du 1420?
    Mais c’est malheureusement Breton qui a remporté la coupe… copin de Lacroix, lui qui avait tenter de diriger l’implantation du CHUM à la gare de triage d’Outremont on dirait qu’il s’est trouvé un candidat de rechange. Il va vouloir vendre le 1420 pour enligner l’université sur la gare.
    J’ai fait mes études et 3 enfants à l’UdeM…. je fais presque partie des meubles!! et c’est vrai que malgré son emplacement de rêve, je n’ai jamais eu le moindre plaisir à sillonner le site, j’y ai rarement vu le flanc de la montagne !! Cette harmonie recherchée du début est absente de la vie universitaire. C’est maintenant avec tes explications que je réalise la gravité de la chose: l’UdeM a royalement transformé la montagne en festival de beton et de goudron… une autre affaire à changer… ça fini plus! Au secours!

  10. ESP dit :

    Bonjour Luc,

    Tu as bien raison d’écorcher le campus de l’UdM pour son impardonnable négligence, son incapacité à articuler des espaces extérieurs dignes de la montagne qui le supporte. On cherche le plan directeur derrière cette enfilade de pavillons de plus en plus obèses. Est-ce qu’il faut attribuer cela au fait que les pavillons des facultés de l’Aménagement (Urbanisme, Architecture et Architecture de Paysage) et de Géographie, isolés du noyau principal, n’ont su insuffler une vision d’ensemble au campus qui a vu dans le temps se greffer au bâtiments originaux de Cormier, des pavillons dans une logique de remplissage, et de desserte automobile. Ironiquement la piètre qualité des espaces extérieurs des ajouts récents au campus sur la montagne donnent un bien mauvais exemple d’aménagement aux futurs ingénieurs de demain. La Baie James a eu des bienfaits considérables pour la société québécoise mais était-il nécessaire d’essayer de la reproduire sur le Mont-Royal? Pourtant le pavillon Lassonde a obtenu la première distinction LEED OR pour une institution d’enseignement au Québec. Comme quoi il y des améliorations à apporter dans la pratique LEED qui est beaucoup trop laxiste concernant l’implantation des projets et leur impact sur le paysage urbain. Mais surtout elle ne tient pas vraiment compte d’une planification urbaine plus large.

    D’ailleurs assez étrangement et tel que certains commentateurs avant moi l’ont relevé c’est dans cette enclave isolée que constituent le nouveau HEC et le pavillon de l’Aménagement que l’UdM offre se qui se rapproche le plus de l’esprit des nombreux exemples que tu cites dans tes observations. L’aménagement qui entoure cette enclave est aussi faut-il le rappeler le résultat d’un concours d’architecture, le seul à mon souvenir qui ait précédé l’agrandissement du Campus universitaire à travers les années. Si les projets issus de concours ne donnent pas toujours des résultats concluants, ils ont au moins l’avantage de permettre une réflexion. Au cours des vingt dernières années plusieurs étudiants en paysage et en urbanisme se sont d’ailleurs éreintés à essayer d’articuler une vision plus cohérente du campus universitaire. Pourquoi l’exercice n’a jamais été récupéré par les administrateurs de la vénérable institution? On préfère planifier à la pièce des pavillons qui veulent tous avaler le bœuf.

    Est-ce que l’UdM devrait se contenir sur un seul site? La question est, je crois, fort complexe. Ce qui dérange dans le débat actuel c’est de n’avoir aucune étude sérieuse de faisabilité de cette option afin de la comparer avantageusement ou non à l’option du deuxième campus. Un campus universitaire agrandi sur la seule montagne n’aurait-il pas pour effet de simplement anéantir les quelques maigres surfaces de boisé résiduelles? N’est-ce pas d’ailleurs pour cette raison que les Amis de la Montagne supportent la vente du 1420 Mont-Royal. Par ailleurs les contraintes d’espaces ne sont pas les seules raisons pour proposer l’agrandissement dans un deuxième campus. Suis-je dans l’erreur de croire que ce second campus ne regrouperait pas seulement des fonctions d’enseignement mais aussi beaucoup de centres de recherche distincts de l’Université. Est-ce que cette cohabitation doit primer sur l’unicité du campus? Et si oui, dans l’option de garder l’université sur la montagne, va-t-on aussi permettre une cohabitation sur site des centres de recherche avec l’Université?

    Avancer la faisabilité ou non d’une telle option dépasse largement l’analyse sommaire ou la suggestion de comparables. Les comparables illustrent néanmoins le chemin à parcourir pour rétablir la situation inacceptable du campus existant qu’il soit agrandi ou non sur la montagne.

    Ceci dit, dans plusieurs des références qui étayent ta réflexion les pavillons universitaires sont éparpillées sur plusieurs campus différents, jusqu’à cinq dans le cas de l’Université du Bosphore. Plusieurs des campus cités en exemple sont déployées sur des sites à topographie nulle, ce qui en simplifie évidemment la desserte. La dimension de certains de ces campus dépasse largement celle de l’UdM expliquant peut-être les principes plus généreux envers l’espace public. Et c’est sans parler de la question du climat qui est trop souvent oubliée dans l’aménagement des espaces extérieurs. Je crois que ce point est fondamental pour comprendre la dérive automobile qui s’est installée à l’UdM.

    Sous peu de latitudes l’espace extérieur est moins clément qu’au mois de janvier sur le sommet de la montagne côté ouest. L’Université McGill est d’ailleurs fort bien servie par sa situation géographique blottie sur les flans sud de la montagne, ses pavillons encerclant le parterre central s’ouvrant au sud jusqu’à la rue Sherbrooke. Le mois de mars actuel y est surement plus agréable qu’au pied de la tour de l’UdM.

    Ayant moi-même passé quatre ans dans le pavillon de l’Aménagement comme étudiant j’ai très peu de souvenirs du campus sur la Montagne, ayant eu très peu de cours dans ces pavillons. Je me souviens néanmoins que lorsqu’il fallait occasionnellement circuler sur l’esplanade supérieure, au panorama imprenable, c’était presque toujours au pas de course, luttant contre les forts vents qui balayaient presque systématiquement les lieux. La mer de stationnement n’avait certes rien pour réchauffer l’atmosphère. Et puisque l’année universitaire débutait en septembre pour se terminer début mai, les occasions d’expérimenter la douceur de la brise sous la canicule étaient presque nulles.

    Cette question du confort est primordiale pour développer des usages extérieurs sur un campus. Malheureusement, bien que le site de l’UdM offre des points de vue remarquables sur les Laurentides, il souffre de ces avantages. Exposé aux vents d’ouest, en période hivernale l’esplanade principale qui constitue la colonne vertébrale du campus est plus qu’hostile aux usagers piétons. De plus elle est située au nord ouest des pavillons. L’ombre projetée des pavillons de fort gabarit n’est pas négligeable jusqu’à une heure avancée en matinée. Ces mêmes pavillons isolées sur la montagne sont frappés directement par les vents d’ouest et concentrent en tourbillons les vents au niveau du sol. Une amélioration des aménagements extérieurs est possible mais devrait impérativement tenir compte de ces problématiques.

    En fait, il est possible qu’avec le temps, constatant les contraintes climatiques du site les décideurs aient préféré abdiquer, et qu’ils aient décidé de réduire l’espace extérieur à un stationnement le plus près possible des pavillons afin de raccourcir au minimum les intervalles piétons les menant à leur ‘’char’’. Il faut se souvenir qu’à l’époque des sixties, sacrifier l’espace urbain au profit de la voiture était un acte de modernisme. Il faut aussi comprendre que le métro est arrivé beaucoup trop tard au pied de la montagne, à la fin des années 80. Le mal était déjà fait.

    Ceci dit le statu quo est inacceptable ici. Ta réflexion partagée a ouvert un débat et espérons qu’elle saura ouvrir les oreilles et les yeux des gens imputables dans ce dossier. Il me semble que sur toutes ces décisions nous sommes si peu consultés sur le fond et trop souvent mis devant une forme planifiée et indiscutable.

    Cordialement

    Éric St-Pierre

  11. Monique Désy Proulx dit :

    Les sœurs de la Congrégation des Saints-Noms de Jésus et de Marie ont vu détruire leur formidable couvent de la rue Notre-Dame en 1972, dans Hochelaga-Maisonneuve. Et maintenant, on va les flouer avec cette vente honteuse du 1420 rue Mont-Royal. C’est notre histoire collective qui disparaît en lambeaux… Ça donne la nausée.

    Merci pour cette recherche fascinante et toutes ces photos de campus réussis.

    Monique D Proulx

  12. Annie-Claudine dit :

    J’aimerais raconter une petite anecdote.
    J’ai étudié en théologie plusieurs années à l’UdeM. À l’époque de l’achat du bâtiment par l’université, nous venions d’apprendre que peut-être que nos nouveaux locaux de théologie seraient au 1420 alors on est allé scèner mine de rien voir de quoi ça avait l’air. L’étage prévu était encore habité par les sœurs mais heureusement, il est une loi non-écrite dans les couvents comme quoi on ne se retourne pas quand on entend marcher derrière soi. Par chance les sœurs allaient du même sens que nous ce qui fait qu’on a pu se faufiler assez loin avant de se faire attraper par une sœur qui nous prit à revers. Cette petite bouncer était tout sauf commode et nous fûmes éjectés manu-militari, tel Satan de l’eau bénite.
    Le sort voulu par contre que nous soyons remis dans les mains d’une autre religieuse qui s’avéra des plus charmantes. Voyant notre curiosité pour tout ce qui touchait sa maison-mère elle nous entretint longuement sur l’histoire de son couvent et de toute l’affection qu’elle en avait. Elle affirma que partir leur coûtait beaucoup et les attristaient énormément. Elle nous parla de la vente, du besoin qu’elles avaient d’argent, surtout pour assurer les soins aux plus âgées d’entre elles. Pourtant, parmi les offres d’achats, elles avaient choisi la moins avantageuse. Elles ont fait ce choix parce qu’elles croient que l’enseignement est ce qu’il y a de plus précieux et à ce titre, elles étaient fières de se sacrifier pour l’Université de Montréal.
    Je ne sais pas pour vous mais moi, j’ai été très impressionné qu’une communauté dans le besoin refuse des millions pour honorer un principe qui lui tient à cœur. Je ne croyais pas que dans notre beau capitalisme sauvage actuel cette noblesse d’âme puisse exister encore … du moins, devant une telle pelleté de cash (… et une montagne de couches de vielles à changer.) J’avoue que jusqu’ à un certain point, cela m’a redonné confiance en l’humanité.
    Quand j’ai su que l’Université s’apprêtait à vendre le bâtiment pour en faire des cristi de condos … vraiment, j’ai eu mal au cœur. Comment ne pas y voir une trahison de la pire espèce. Un manque de respect, un vil crachat sur un noble sacrifice. Les religieuses tant qu’à faire auraient dû le vendre pour ça dès le départ. Leur vieilles fesses s’en porteraient beaucoup mieux et l’université, pas plus mal. Comme on dit, donne à manger à un cochon, y viendra chier sur ton perron.
    Je n’ai jamais revu sœur Monique. J’espère juste que la nouvelle ne l’a pas achevée, elle et sa noblesse d’un autre temps. Pour ma part, ça a tout remis au point de départ. Confiance en l’humanité : zéro.
    On n’a pas beaucoup parlé de l’importance du sacrifice des sœurs du couvent Mont-Jésus-Marie, c’est pourquoi je laisse ce commentaire. Faire un peu mémoire de ces femmes extraordinaire. Si leur misère n’aura pas servi à ce pourquoi elles l’avait consenti, au moins que le déshonneur de l’UdeM n’enlève rien à la beauté et à la grandeur de leur geste.

    Merci pour ces deux articles éclairants. C’est vrai que ça prendrait peu pour changer beaucoup.

  13. Marie Saint-Arnaud dit :

    Merci M. Fernandez pour cette analyse très créative, éloquente et convaincante.
    (Parenthèse toutefois concernant notre belle langue française: était-il nécessaire de parler d’un “esti de bon move” au sujet du Parc du 3e sommet? Ceci ne me semble pas faire partie d’un langage très approprié pour un maire d’arrondissement, ni très éloquent pour l’avenir de la langue française à Montréal!…)
    Quoiqu’il en soit… Je fais partie du Comité citoyens Gare de Triage d’Outremont, un groupe de citoyens qui essaie de convaincre l’Université de Montréal, la Ville de Montréal et l’arrondissement d’Outreont de respecter les recommandations du rapport de l’OCPM sur le projet de Campus Outremont, de proposer un projet plus moderne et plus emballant (piétonnier, à échelle humaine) pour le site de la gare de triage et d’adopter les principes de démocratie participative qui sont prévus à la Politique de la Ville à cet effet. Malheureusement, nous nous sommes constamment butés à la sourde oreille et à la mauvais volonté de tous les principaux intervenants dans ce dossier (élus et gestionnaires). Nous avons besoin de politiciens visionnaires comme vous.

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