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Vive la France - Vive le Portugal

24 juin 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

En cette belle journée de repos de la St-Jean - alors que les bruits de la rue reprennent mollement après la pluie - je trouve enfin le temps d’écrire ce que je voulais dire à nos cousins français depuis une semaine : ne vous en faites donc pas tant.

Votre équipe a été pourrie; les dissensions qui l’habitent ont été exposées au regard du monde; ses défauts se sont avérés plus que de simples travers ou lacunes - ce furent des éléments destructeurs, immobilisant son talent, éliminant son énergie, révélant l’individualisme borné de ceux qui croient au «je» jusqu’à la lie  - au détriment du «nous» même dans les moments sacrés. Et puis, il y a cette sourde assurance-dégoût que la machine à peopolisation qu’est devenue votre télé, réhabilite dans quelques jours ou dans quelques semaines les goujats qui vous ont humilié  - tant il est vrai qu’en France la popularité médiatique est toujours la plus importante des valeurs.

Mais tout cela, n’est rien - ou mieux encore -  n’est que le côté négatif de biens des qualités qui vous font briller en d’autres circonstances. Vous êtes un peuple génial dont la surprenante  hystérie n’efface pas la valeur. Les anglais et les italiens sont aussi mauvais que vous cette année ; les Espagnols l’ont été depuis toujours, les allemands n’impressionnent pas. Tous ces peuples choisiront de régler leurs lacunes différemment: les italiens en tentant de justifier, les anglais en cherchant un prochain succès réparateur, les Espagnols en mettant les projecteurs sur les autres cancres. Vous, à votre bonne habitude, vous claquez les portes, cassez la vaisselle, déchirez votre chemise. Est-ce pire ? Il me semble que le premier psychologue venu dirait au contraire que c’est plus sain.

Vous vous sentez nuls de n’avoir marqué qu’un seul but - comme si la position en fonds de baril était une expérience typiquement française. Vous avez donc oublié l’innommable équipe américaine de basket à Athènes en 2004 . Rossée par Porto  Rico, la Lituanie et l’Argentine, elle n’avait tiré des américains moyens qu’un vague haussement d’épaules. Ce n’est pas d’être nul qui est une expérience typiquement française: c’est d’y trouver tant de déception.

Vous pensez que la zizanie des bleus est typique de votre société, ses clans, leur mutuelle exclusion ? J’aime mieux vos problèmes que de constater combien facilement d’autres grandes nations les ont évités en s’assurant que le blanc domine outrageusement leur alignement alors que la couleur remplit leurs rues.

Le seul défaut que je vous reconnaisse est d’être trop durs envers vous-mêmes et donc envers les autres. Alors si Raymond, Patrice ou Nicolas, vous sentez que vous avez besoin de repos, il me fait plaisir, en tant que maire de l’arrondissement le Plateau Mont-Royal de vous inviter à rejoindre les dizaines de milliers de vos concitoyens qui ont aussi quitté la France - parfois momentanément - pour venir goûter une Amérique française moins articulée peut-être, moins développée souvent, mais aussi plus prompte au pardon - et donc plus confortable. Sans l’avoir vérifié, je suis certain que la «Vache qui pète» vous offrira le café et «le Barouf » l’apéro. Et moi j’irai vous chercher à l’aéroport.

Et maintenant… Força Portugual !!!!

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C’est pas moi, c’est lui.

24 juin 2010 | Auteur: Luc Ferrandez

Une dame m’apostrophe dans la rue. Elle tente d’être gentille avec moi mais elle est vraiment stressée - on sent le sens de l’urgence et de l’indignation. Elle me dit «monsieur le maire (en passant y’a jamais autant de monde qui m’a appelé monsieur), je reçois de la famille de Québec en fin de semaine et avec toutes vos décisions, y’a plus une seule place pour se stationner».  Madame, que je lui réponds, regardez autour de vous et indiquez-moi une seule décision que nous avons prise qui élimine du stationnement dans le quartier (pour être tout à fait honnête, il y en a quelques unes : nous avons autorisé 11 terrasses sur chaussée (donc élimination pendant la période estivale de 22 places de stationnement); nous avons retiré 36 places de stationnement dans le parc Laurier (et en avons recréé 28 autour du parc) et nous avons éliminé environ 30 dans le parc Lahaie . En tout donc,  60 places éliminées sur 45 000 places dans le quartier). Mais dans le coin où nous étions aucune place n’a été retirée. La dame a réfléchit un moment et est arrivée à la conclusion que nous n’avions retiré aucune place. Cette femme était intelligente; elle était entourée par une mer de voitures garées gratuitement dans la rue et elle était persuadée que le problème trouvait son origine dans les décisions des méchants-élus-qui-cherchent-à-éliminer-les autos ;(( !!!@#?&!!!!! Toutes les autos. Qui n’arrêteront pas tant qu’il en restera une seule. La dernière on la mangera dans une réunion du parti tenue dans les catacombes.

La vérité, c’est que dans ce quartier, deux restaurants viennent d’ouvrir et qu’ils attirent environ 70 automobilistes chacun. Voilà où les places sont passées. La vérité, c’est que personne n’est un ennemi plus acharné de l’auto et de l’automobiliste que l’autre automobiliste. C’est lui qui vole les places disponibles; c’est lui qui ralentit le trafic; c’est lui qui se gare n’importe comment, qui s’arrête pour faire descendre quelqu’un , qui se gare en double, c’est lui, lui ,lui.

Pas moi.

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