J’ai fait pas mal de vélo dans les Alpes et les Pyrénées. Outre la beauté époustouflante des routes, une chose m’a frappé. À chaque fois que je croisais un crack qui avait le vélo de l’année, un suit dernier cri , un casque à 300 piasses pis des souliers pas encore disponibles en vente au détail mais qu’il avait pu se procurer parce qu’il connaît le représentant de Time… c’était un Québécois. Va savoir pourquoi. Les Allemands, les Américains, les Français, les Espagnols, les Néerlandais, les Italiens étaient pas tout nus mais ils n’avaient pas la superbe des Québécois.
La plus part du temps, le suit et la qualité du vélo ne sont pas de vaines décorations – les gars et les filles qui les portent opèrent en masse. Vraiment, il règne au Québec une ambiance à nulle autre pareille où la performance en vélo fascine et motive des milliers de citoyens. Contrairement aux autres sports, ce ne sont pas seulement les ptits jeunes (qui ont encore un avenir) qui s’investissent dans l’entraînement intensif, mais aussi tout un peuple de mononcs qui se donnent à fond juste pour dire à leurs chums qu’ils ont roulé à 38 Km/h une journée de vent épouvantable et en tirant le peloton – oui monsieur.
À Montréal, le circuit Gilles Villeneuve est le quartier général de tout ce beau monde. C’est un équipement dont peu de villes disposent. À deux pas du centre-ville c’est le plus beau hub de cyclisme de performance qu’on puisse imaginer. La dernière fois que je m’y suis pointé j’ai vu toute l’équipe de McGill – vêtue de rouge, comme il se doit – travailler fort pour suivre un peloton de six rigolos qui devaient avoir deux fois leur âge. Les gars en avant ont toffé 3 tours sans donner un mètre. La fois d’avant j’ai essayé de suivre des jeunes filles dans la vingtaine ; j‘ai lâché après deux tours. Je les ai revues, arrêtées, un peu plus tard et je leur ai demandé ce qu’elles mangeaient. Une p’tite vite m’a répondu « c’est plutôt ce que tu manges qui devrait t’inquiéter ». Mouin….
Tout ça pour dire qu’il se développe sur le circuit Gilles Villeneuve un mini culture sympathique et unique à Montréal.
Les dirigeants de la Société du Parc Jean Drapeau (SPJD) ont décidé – sans mandat pour le faire – que l’accès à leur stationnement réservé et gratuit avait plus d’importance que le développement de cette culture sportive naissante.
S’appuyant sur des arguments humiliants pour ceux qui ont eu la répugnante tâche de les écrire (il faut bien gagner sa vie), ils s’autoproclament les propriétaires des îles et s’arrogent le droit exclusif de passage et de stationnement gratuit au détriment de la population qu’ils ont été mandatés pour servir. Cette appropriation de l’île a pris la forme d’une décision d’expulsion des cyclistes de performance ou, ce qui revient au même, une proposition pour les confiner à des entraînements de 5h à 7h00 le matin et autour du bassin de 12h30 à 15h00.
Bien entendu ce n’est pas comme cela qu’ils présentent les choses. Amusons-nous à analyser la couverture de leurs mensonges :
Mensonge premier : la sécurité. Il est vrai que le vélo d’entraînement est un peu dangereux – les gars roulent en peloton à des vitesses impressionnantes. S’ils se font dépasser par une fille, ils tentent par tous les moyens de reprendre la tête (en la perdant) et deviennent dangereux. Mais la SPJD se fout éperdument de la sécurité. Si elle s’y intéressait, elle ne proposerait pas d’envoyer des milliers de cyclistes tourner en rond autour d’un bassin carré. Les angles y sont à 90 degrés : de qui se moque-t-on ? Elle aurait aussi pu mettre en œuvre des moyens simples de diminuer les accidents – notamment en gérant les intersections et en ségrégant les usages (soit physiquement soit avec un système d’horaires). Mais il est de notoriété publique qu’elle cherchait justement à faire la démonstration inverse. Finalement, les 21 accidents s’étant produits (pour 500 000 cyclistes) servent leur besoin d’appropriation.
Mensonge deuxième : les livraisons. Franchement !!! Des villes entières concentrent les livraisons pendant certaines heures mais la SPJD ne serait pas capable de gérer la fourniture de 3 revels et de deux chips au ketchup à la plage Doré : vite un docteur en logistique !!!
Mensonge troisième : le montage et le démontage des estrades. C’est un travail en deux temps : amener le matériel, et le monter. Le montage ne nuit pas aux cyclistes : il se fait sur le bord de la piste. Le transport du matériel, oui. Mais il peut être fait sur quelques jours et pendant des heures précises : le matin par exemple – et jusqu’à midi s’il le faut : la plupart des cyclistes arrive en après-midi.
Mensonge principal : la circulation des automobilistes. Il y a quatre grandes sources de circulation : le bassin d’entraînement ; le casino ; la plage ; et le stationnement des propriétaires autoproclamés de l’île. Passons-les en revue.
- Le bassin d’entraînement (+ ou - 60 voitures par jour). Ce sont des athlètes et ils sont tout-à-fait ouverts à la recherche d’une solution pour que d’autres athlètes puissent s’entraîner. En passant par le pont du Cosmos et le chemin du Canal Lemoyne – plutôt que par le pont de la Concorde – ils ne seraient jamais en contact avec les cyclistes.

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Le casino : il n’y a aucun croisement entre le circuit Gilles Villeneuve et les accès automobiles au Casino. Il est possible de circuler sur le circuit quand on quitte le stationnement du Casino, mais c’est accessoire. Il suffirait d’une toute petite barrière pour l’empêcher – sans aucun désavantage pour les automobilistes (outre le fait qu’ils seraient privés de se promener en voiture sur le circuit).

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La plage. Il est possible d’isoler complètement les voitures qui se rendent et qui reviennent de la plage du circuit Gilles Villeneuve – justement en les faisant passer par la route autour du bassin.

Il y a un seul groupe d’automobilistes qui est en concurrence incontournable avec les cyclistes et ce sont les employés de la Société du Parc Jean Drapeau. 
Solutions
La première chose à faire est de tarifer le stationnement des administrateurs de la SPJD au coût du marché - disons à 200$ par mois en été et beaucoup moins en hiver (en été le tarif dissuasif s’explique par le fait que la marche vers le métro est d’environ 10 minutes – donc tout à fait possible. En hiver, ces dix minutes sont plus pénibles et les voitures ne gênent pas).
Avec les revenus (estimés à 180 000 $ net par an), il faudrait organiser et encadrer le circuit comme un vrai site d’entraînement. À l’époque du vélodrome, les frères Van den Eynde donnaient accès à la piste au grand public (autrement plus dangereuse que le circuit) après avoir donné quelques conseils et en exerçant un peu de surveillance. On pourrait faire la même chose sur l’île Notre-Dame.
Il reste l’épineux problème de la circulation des employés de la SPJD sur la piste. Est-ce un vrai problème ? Le matin ce n’en n’est pas un ; les employés arrivent bien avant les vélos. Le soir, il faudrait un système de feux intelligents où les automobilistes seraient avertis que la voie est libre (elle l’est très souvent). Évidemment il faudrait attendre quand elle ne l’est pas ; mais on attend pour le train ; on attend pour la congestion ; pourquoi ne faudrait-il pas attendre pour faire passer des vélos ?
Actions
Monsieur De Sousa, responsable des parcs et madame Worth, responsable des sports et loisirs devraient former un petit comité de travail – duquel bien sûr serait exclue la SPJD puisqu’elle a un intérêt évident dans l’affaire. Ce sont deux personnes intelligentes et axées sur les résultats. Avant septembre ils auront trouvé, s’ils s’y mettent, une solution qui donnera tout l’avantage aux vélos – pour qui c’est un site aussi naturel qu’idéal – et qui imposera quelques contraintes aux employés et diriegeants de la SPI. En procédant rapidement, ils réussiront aussi à protéger quelques vies humaines. En effet, en admettant que le ridicule tue, on doit conclure que des vies sont en danger.

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