Le projet de construction de condominiums sur le site de l’ex collège Marianopolis sur les flancs du Mont-Royal, a réussi, comme tous les projets sur la montagne, à déclencher une foire d’empoigne typique de Montréal sans que nous tirions les conclusions qui s’imposent.

Pour ne pas que ça se reproduise dans 6 mois ou un an (avec tous les projets semblables prévus sur les flancs du Mont-Royal), il est donc important d’y revenir.
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Le projet à l’étude (comme celui de la ferme sous les Noyers un peu plus au sud et quelques années auparavant) ratatine et appauvrit notre patrimoine collectif en remplaçant un ancien collège à flanc de montagne – avec tout ce que cela suppose de signification historique, d’ouverture à la communauté et d’ambiance champêtre - par une empilade de condos.
Voici les photos avant et après (bizarre, avec le Mont-Royal, au contraire des publicité de perte de poids, la photo«avant» est toujours mieux que la photo «après»).

La machine à fric projetée à la place
Il est bien évident que la construction de ce projet sera une autre étape de notre appauvrissement collectif pour la simple raison que la vie qui régnait en ce lieu était plus belle que celle qui va la remplacer.
Adieu la nature un peu bordélique qui entoure un collège; ses clôtures pleines de trous, les chemins du désir qui coupent à travers la pelouse pour piquer au plus vite tantôt vers la ville, tantôt vers la montagne. Au revoir aussi les enfants nerveux en septembre; libérés en juin; le collège endormi de juillet; les concerts en soirée de mai. Bonjour la pelouse, les éclairages, les dispositifs de sécurité, les clôtures bien solides, les sages plates-bandes qui encadrent les entrées de stationnement et la lumière bleutée des écrans plasma derrière les rideaux.
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Est-il possible de mieux protéger le Mont-Royal avec un plan ?
Ma réponse est non. Le projet qui a été soumis par le promoteur tient compte de l’ensemble des dimensions à protéger (patrimoines bâtis, écologie, boisés de grande valeur, arbres remarquables, vues, faune, paysage, réseau hydrique, archéologie, etc.).
Mais il change l’esprit du lieu. Or, on ne peut pas protéger l’esprit d’un lieu avec un plan. Un plan permet de protéger des artefacts concrets (un boisé; des arbres remarquables; un ruisseau, un édifice patrimonial). mais un plan ne peut pas protéger l’esprit d’un lieu.
Pour protéger l’esprit de ce lieu, il aurait fallu un texte presque poétique – difficilement défendable d’un point de vue légal. J’en propose un en quatre points.
a) il faut que la nature soit suffisamment présente pour que le site change au rythme des saisons; que la petite faune du Mont-Royal puisse y être croisée; que les arbres remarquables semblent être les véritables propriétaires de l’espace;
b) il faut que les boisés dominent le bâti en sorte que celui-ci donne l’impression de s’être marié à la nature et non pas de l’avoir réduite et domestiquée;
c) il faut que le passage dans un corridor vert reste possible de part en part du terrain; il faut que ce passage soit aménagé en sorte qu’un marcheur puisse en l’empruntant sentir le ressourcement de la nature et une vague impression d’évasion – comme avec n’importe quel chemin de traverse;
d) il faut que les nouvelles constructions rappellent l’histoire de ce lieu; que les matériaux et les formes disent quelque chose au passant sur ce qui a existé en cet endroit et son pourtour. Il faut surtout reconduire cette belle qualité des édifices victoriens, si nombreux aux alentours, de faire valoir la richesse à travers la finesse de l’œuvre et non, comme il est devenu de mise, à travers l’arrogance de la taille.
Une façon plus succincte d’exprimer la même chose serait de dire qu’il est impossible de marier les impératifs de profitabilité avec ceux de protection d’un site de cette valeur. Ou alors d’affirmer haut et fort que la construction de condos suppose un rapport à la nature complètement inverse à celui de forêt urbaine voulue sur le Mont-Royal.
Comme aucune de ces formulations n’est raisonnable; j’en propose une dernière: moratoire de vente de terrains institutionnels dans l’arrondissement naturel et historique du Mont-Royal.
Ça c’est plus clair , non?
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