Patrick Lagacé s’émeut ce matin de l’immobilisme de Montréal (l’article). Il n’est pas le premier à le faire ; «Montréal-ville-immobile-et-sclérosée» est un des thèmes favoris de La Presse. Ce n’est pas faux. Mais ce qui m’embête, ce sont les solutions proposées : retour du Grand Prix, concours de grands projets, priorité donnée aux projets touristiques (comme le quartier des spectacles), etc. etc.
Pour moi l’intérêt d’une ville réside dans la qualité des relations humaines qui se tissent dans les interactions au quotidien. J’ai habité 4 ans à Paris sans jamais mettre le nez dans un musée (o.k. j’en suis pas fier), sans jamais assister à un festival ni à une course de chars. Et pourtant, je me suis abreuvé 10 heures par jour d’une vie publique que je n’oublierai jamais.
Cette vie était construite à partir de la riche interaction des humains sur les grandes places publiques, dans les magnifiques parcs, dans les dédales de rues commerçantes d’une richesse incomparable et aussi (et surtout) dans les quartiers résidentiels. Et c’est la même chose à Montréal. Notre qualité de vie a bien peu à voir avec le grand prix. Elle dépend du plaisir d’être au contact des autres dans mille et une petites relations dont l’immense majorité se situent dans la routine quotidienne d’un quartier : la rencontre d’un ami dans un marché public, la discussion avec le réparateur de vélo, la rencontre inopportune du clochard du coin de la rue qui nous fait chier mais qui nous fait réfléchir; la fête de quartier organisée par un urluberlu sympathique (comme ce formidable fou qui organise un cinéma en plein air tous les mercredis dans le quartier Centre sud), la manif machin truc à 20 sous zéro, la rencontre des parents de l’école, le deux heures de torture à regarder la partie de baseball du neveu, le cirque déambulatoire qui acompagne la recherche d’un café au lait le samedi matin, le théâtre d’amateur dans le parc auquel la voisine participe (qui va lui dire d’arrêter immédiatement le théâtre !!), le plaisir de voir les enfants dans la pataugeoire du parc Lafontaine, la vente de garage, la corvée de ruelle verte, la vente trottoir, le commerce qui dure et qui crée des liens, etc, etc.
Cette vie publique passe sous le radar des journalistes parce qu’elle ne crée pas de nouvelle. Pourtant, c’est elle qui a) détermine la qualité de vie qui compte et b) fournit le terreau à partir duquel les grands événements, les grands créateurs, les grands mouvements sont générés. C’est en voulant impressionner les voisins, puis les clients du bar local qu’est né le clan Dion; c’est pour amuser un quartier de Baie Saint-Paul qu’est né le Cirque du soleil ; c’est pour faire le jar auprès des voisins qu’est né le ski-doo de Bombardier; c’est pour élever le niveau culturel des enfants dans les parcs qu’est née la «Roulotte», c’est pour soigner les enfants du voisinage qu’est né l’Hôpital Sainte-Justine, c’est pour courser contre les gens de son patelin qu’est né Gilles Villeneuve……
Pour moi, la lente sclérose de notre ville s’explique par la petite sclérose de la vie de nos quartiers. Quand je décrivais plus haut les milles interactions qui créent la vie de quartier; vous avez sans doute eu le malaise d’avoir l’impression de lire la description d’une vie qui est presque caricaturale tant elle est riche d’événements à la fois simples et significatifs. Nos vies sont beaucoup plus plates que ça. Le repli individualiste (qui inclut le repli sur la cellule familiale) nous frappe depuis vingt ans et étouffe à la base l’envie de faire des petites choses ensemble qui donneront des grandes choses un jour.
Notre programme pour le Plateau (patience, on le révèle en septembre) tente de recoudre des petits bouts de cette vie de quartier qui n’est rien de moins que le laboratoire de recherche et développement des grands événements.

































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