La rue Saint-Viateur vient de faire l’objet de travaux majeurs de voirie. Les trottoirs ont été entièrement repensés et reconstruits. Bravo pour les efforts de verdissement (les arbres n’ont pas encore été plantés mais des fosses bien construites sont prêtes à les accueillir et on aperçoit que le trottoir est ouvert sur près de 45 cm pour laisser pousser l’herbe – assez cool !).

L’endroit est nettement plus beau après qu’avant. J’aime particulièrement l’élargissement devant l’entrée de l’usine qui donne de l’importance à ce qui pourrait un jour devenir un portique. Cet endroit devient tout à coup un lieu confortable pour jaser devant la porte d’entrée alors que les trottoirs typiques de ces quartiers ont été pensés comme des vilains petits corridors d’évacuation des esclaves.

J’aime aussi la très grande section de trottoir élargie sur la photo ; on peut facilement imaginer un commerce mettant à profit cette section pour aménager une terrasse.

Mais avez vous remarqué que les élargissements de trottoirs laissent intacte la largeur de la rue. Ce sont les stationnements qui ont disparu – pas l’espace de rue.


Ça, c’est la grande surprise; le grand détournement des mesures d’apaisement en quelque chose qui y ressemble mais qui n’en n’est pas. La grosse supercherie.
Ces bouts de trottoirs ne permettent pas de réduire le volume ou la vitesse de circulation; ils ne permettent pas par conséquent de réduire le bruit; et surtout, ils ne permettent pas de changer l’esprit et le statut du lieu. La rue règne en maître.
Mis à part les quelques saillies exposées, les trottoirs sont d’ailleurs reconstruits à l’identique sur la quasi totalité du parcours.

C’est la même chose sur la rue Gilford où on est en train de refaire à grands frais les coins de rues sans appliquer le principe des saillies de trottoir pourtant largement vantés dans le PDU.

Pourquoi avoir pris tant de notre temps et de notre énergie; pourquoi avoir monopoliser tant de bénévoles et investi dans d’argent dans les relations publiques si c’était pour laisser de côté les principes d’apaisement au moment où on procède aux reconstructions?
Ce ratage suscite la colère pour deux raisons. D’abord, parce que c’est une utilisation insignifiante et déraisonnable de fonds publics. La modification d’un trottoir comme celui de la rue Saint-Viateur coûte aisément 200 000$, soit 200 années de paiement des taxes d’un logement moyen sur le Plateau.
J’aimerais arrêter 5 payeurs de taxe sur la rue et leur demander s’ils sont satisfaits de constater qu’une vie complète de paiement de taxe pour chacun d’entre eux a servi à construire ce trottoir. Y en a-t-il un seul qui dirait : oui, je suis fier et heureux que ma contribution financière ait permis de construire ça !
Deuxio, et c’est ce qui me met vraiment hors de moi, c’est que le ratage était voulu. Les projets portent en leur sein le refus d’atteindre l’objectif proclamé de réduction de la circulation. Ce qu’on a voulu faire, c’est faire comme si. Comme si on mettait en œuvre une des mesures du plan des déplacements tout en s’assurant en sous main qu’il n’en n’est rien. Que des fonctionnaires formés et engagés pour faciliter la fluidité aient proposé l’immobilisation des objectifs même de l’apaisement, on peut comprendre. Mais comment accepter la même chose de l’élu responsable.
Alors monsieur Labrecque, je vous accuse. Je vous accuse d’avoir utilisé le temps de centaines de citoyens qui ont participé de bonne foi au PDU; je vous accuse d’utiliser les fonds publics sans vous soucier des résultats réels; je vous accuse de proclamer des objectifs en tête même de votre plan d’action tout en abandonnant la responsabilité de mettre en œuvre des mesures correspondantes.
Vous trouvez dure cette accusation; c’est la première de trois et les autres sont plus sévères.
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